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un bout du monde , dit

Publié le 11 août 2009 par Lironjeremy
un bout du monde , dit C'est-à-dire que pour moi toute peinture véritable est icône, mise à plat de la réalité tangible d’un visage transfiguré en une face muette qui vous sonde et vous dévisage, creusant tout ce qu’il y a d’énigme en vous. Et une des questions qui m’ont préoccupé a été celle de la représentation : comment représenter, c’est-à-dire comment aborder, dire, l’objet le plus humble dans sa pure présence. Enorme problème que se sont posés Morandi, Giacometti, Ponge et quelques autres avec une acuité saisissante.Comment dire quelques bouteilles posées là, comment dire le creux des orbites accolé à l’arrête du nez lesquels sont continus de l’arrière du crâne et du monde, comment dire totalement une chose, une poignée de porte ou un cageot ? Bouteilles et figures sont aspirées vers le haut tout en étant fermement tenues au sol, tournées de lumière purementou réduits à des os, comme si on les touchaient de très loin avec les yeux. Chez Ponge, les objets sont tournés, tâtés, convoquent l’infime comme le plus vaste, les paroles qui le recouvre s’ajustent sans fin pour cerner celui qui toujours échappe. C’est, entre autre, que les objets sont pris dans l’univers, et le plus petit tracé appelle sa contrepartie de vide. Arrive un moment où chaque molécule de l’objet observé semble flotter dans la figure qu’elle compose toute à la fois solidaire du corps qu’elle négocie et tributaire de la totalité qui l’entoure. Les choses en deviennent proprement vertigineuses, prises dans un état de grâce entre dissolution et apparition compacte, leur réalité est innommable. Paradoxe de la figure dressant ce qu’on ne peut se figurer : l’infigurable réalité du monde. Alors quelques tableaux parce que « Devant un sujet qui nous paraît tout à coup immense et compliqué, il me semble bon d’utiliser, et éventuellement de fabriquer, pour le saisir, des instruments à notre mesure » dira Koltes. Le même confiait dans le même entretient « Pour ma part, j’ai seulement envie de raconter bien, un jour, avec les mots les plus simples, la chose la plus importante que je connaisse et qui soit racontable, un désir, une émotion, un lieu, de la lumière et des bruits, n’importe quoi qui soit un bout de notre monde et qui appartienne à tous. » Un bout de notre monde tel qu’il se donne à nous par nos moyens dérisoires et fiers, la parole, l’image.

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