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Le lobby français de la grande distribution

Publié le 11 août 2009 par Nemo
S'il y a bien une chose qui m'a frappé en arrivant en Angleterre, c'est le relatif retard du pays en matière de centres commerciaux.
Il y a de quoi sourire lorsque l'amalgame fréquent est fait à travers le monde entre Anglais et Américains dans la mesure où les points de dissemblance sont tout de même nombreux.
Point de "malls" aux dimensions surhumaines, néo-centres villes à la sauce US, le Royaume-Uni est farouchement protecteur de ses villes et villages et de ses petits commerces.
Encore une démonstration que la Perfide Albion n'est pas le chantre de la dérégulation exacerbée que l'on voudrait nous faire croire. Si les gouvernants se sont montrés fortement atlantistes, le peuple lui est beaucoup moins enclin à se soumettre à l'influence nord-américaine.
La déchéance de Tony Blair en est une belle illustration.
L'Anglais n'est pas un ersatz d'Américain...il se plaît même à croire le contraire en général. Certes, sur le terrain macro-économique, une certaine convergence est démontrable mais autant - si ce n'est moins - qu'à l'égard des voisins européens.
Bref, le Français fraîchement débarqué que je fus, s'est agacé - à tort ou à raison - de ne pas trouver aisément la panoplie de grandes surfaces - généralistes ou spécialistes - à laquelle j'avais été habitué en France. Castorama, Leroy Merlin, Carrefour, Auchan, Leclerc, Grands Centres Commerciaux, etc... Il n'est pas d'ailleurs pas inintéressant de relever l'ironie qu'il y a à constater à quel point la France est plus proche du modèle américain que ne peut l'être le Royaume-Uni.
Les Anglais semblent encore résister à l'invasion des grandes surfaces. Le débat qui avait embrasé la France il y a plus de 30 ans est toujours vif outre-manche. Tesco, symbole de la réussite de la grande distribution britannique, (troisième groupe mondial derrière l'américain Wal Mart et le français Carrefour) focalise l'attention et suscite des réactions épidermiques.
En France, la grande distribution fait en quelque sorte, partie du décor et ne revient sur le devant de la scène qu'à l'occasion des tensions dans le monde agro-alimentaire.
Mais a-t-on raison de ne pas remettre en question cette toute puissance de la grande distribution?
L'article en lien nous apprend:
In 1998, the government commissioned a study of the impact of big stores on market towns. It found that when a large supermarket is built on the edge of the centre, other food shops lose between 13% and 50% of their trade. The result is "the closure of some town centre food retailers; increases in vacancy levels; and a general decline in the quality of the environment of the centre". Towns are hit especially hard where supermarkets "are disproportionately large compared with the size of the centre". In these cases the superstore becomes the new town centre, leaving the high street to shrivel.
Traduction: En 1998, le gouvernement a mandaté une étude sur l'impact des grandes surfaces sur les market towns*. Celle-ci a démontré que lorsqu'un vaste supermarché est construit aux abords du centre, les autres magasins alimentaires perdent entre 13% et 50% de leur chiffre. Il en résulte "la fermeture de quelques détaillants alimentaires du centre ville, l'augmentation des taux d'inoccupation; et un déclin général de la qualité de l'environnement du centre". Les villes sont particulièrement touchés sévérement lorsque ces supermarchés "sont disproportionnés eu égard à la taille du centre". Dans ces cas, la grande surface devient le nouveau centre-ville, laissant la rue principale se dessécher.
Ce n'est certes pas quelque chose de réellement nouveau. Les disciples de Schumpeter rappelleront par ailleurs la théorie de la destruction créatrice.
Toutefois, l'essor de la grande distribution en France n'est pas dû au simple jeu de la libre concurrence ou du marché: il a fallu des autorisations d'implantation, souvent des expropriations, des projets d'aménagements encadrés par l'Etat et les collectivités locales, etc.
Le contexte législatif et réglementaire a par ailleurs permis une croissance facilitée (circulaire Fontanet de mars 1960, loi Royer de 1973, etc...).
Aujourd'hui, la baisse des prix, argument principal des défenseurs de la grande distribution, n'est plus tout à fait d'actualité. Les déséquilibres entre producteurs et les quelques centrales d'achat permettent d'assurer des marges toujours plus importantes aux distributeurs et des prix toujours plus sacrifiés pour les fournisseurs.
J'ai par ailleurs pu constater que l'Angleterre avait su conserver un tissu urbain moins centralisé - et ce malgré l'extraordinaire taille du Grand Londres. On n'a pas l'impression de tomber dans le désert une fois franchie la frontière de la capitale, loin s'en faut.
Tout n'est pas nécessairement à mettre au passif de la grande distribution, mais on peut s'interroger sur les stratégies d'aménagement du territoire qui ont largement favorisé les grands centres commerciaux depuis plus de 30 ans.
Aujourd'hui, ne doit-on pas repenser notre approche de la consommation, de la production et de la distribution?
A quand les producteurs réunis en grandes collectivités?!A quand les petits commerçants réunis eux aussi en centrales d'achats?!
Rééquilibrer une situation d'oligopole de fait, c'est aussi s'inscrire dans l'esprit du libéralisme et d'un marché non faussé.*Villages typiques anglais avec un centre ville traditionnel composé de petits commerces

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