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Contes de l'ordi sacré : Gudule au centre de la terre

Publié le 19 août 2009 par Porky

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EPISODE 5 : Où l'on assiste à l'entretien entre Gudule et le Caribou Maléfique lequel découvre avec une stupéfaction horrifiée qu'on peut tomber encore plus bas que lui.

Son Excellence le Caribou Maléfique en avait vu de toutes les couleurs depuis le début de sa longue, très longue carrière. Des visiteurs stupides, des visiteurs fous, des visiteurs illuminés, bref, toutes sortes de visiteurs et nous éviterons d'en faire la liste complète parce qu'elle serait interminable et que cela lasserait le lecteur.

Son Excellence se souvenait surtout de l'un d'eux, un nommé Jules Verne, qui l'avait beaucoup diverti par son imagination débridée. Son Excellence avait apprécié comme il se doit sa conversation brillante et sa vision du centre de la terre l'avait énormément amusée. De plus, Jules Verne avait passé sans problème l'épreuve de Jane B., sans même devoir utiliser de joker, ce qui était un point de plus en sa faveur car nombre de visiteurs n'avaient pas eu sa résistance et pour continuer leur périple, avaient dû se défausser de leur premier joker.

Comme Gudule ignorait totalement cette possibilité, elle se fût certainement fracassée sur ce premier obstacle si Son Excellence le Caribou Maléfique ne lui avait soufflé l'idée des bouchons d'oreille. Un lecteur avisé se dira sans doute : L'Empereur du centre de la terre aurait pu l'avertir qu'elle possédait trois jokers. Mais Son Excellence s'ennuyait à mourir dans son antre et l'idée de pouvoir contempler, après l'entretien, les tentatives désespérées de la sorcière avait été pour beaucoup dans sa décision de l'aider d'une certaine manière.

Adonc, Son Excellence attendait avec impatience l'arrivée de sa visiteuse. Le Caribou Maléfique ne la connaissait pas personnellement, mais en avait beaucoup entendu parler, et pas en bien. Etait-elle aussi cruche, affreuse et inefficace qu'on le prétendait dans les Hautes Sphères de la magie blanche et noire ? Son Excellence était certes blindée, et de tous les côtés ; pourtant, quand elle vit débarquer Gudule et le Servile Séide, elle ne put s'empêcher de pousser un gémissement d'épouvante et de croiser ses pattes sur son museau pour s'empêcher de hurler -geste courant dans cette famille de caribous.

Il faut avouer, à sa décharge, que la vision de Gudule couverte d'excréments séchés, les cheveux en bataille malgré des couettes refaites à la va vite, avait de quoi dégoûter. Quant au Servile Séide, s'il était un peu plus propre que sa compagne, il paraissait assez peu fringant, eu égard aux nombreuses fractures qu'il avait fallu réparer et il laissait paraître une constitution physique assez consternante et de le fond d'une personnalité pour le moins déstructurée.

Gudule n'y alla pas par quatre chemins : « Caribou Maléfique... » commença-t-elle, négligeant les précautions oratoires, et un déluge de flammèches s'abattit sur elle. « A plat ventre, atrocité ! cria le Caribou Maléfique, très mécontent de devoir s'avouer qu'il y avait bien pire que lui en ce bas monde. Et sois polie ! Dis « Votre Excellence » ou je fais de toi un rôti sanguinolent ! » Le tranchant d'une main invisible frappa Gudule sur les cervicales et elle fut aplatie en une seconde sur le sol, telle une peu appétissante crêpe. Le Servile Séide n'avait pas attendu l'ordre du Caribou Maléfique pour s'effondrer en un tas bizarre qui gémissait de peur.

« Bon, dit Son Excellence, je commence à m'habituer à vous, mais quelle répugnante vision ! Damned ! J'en ai tous les poils à la verticale. » « Oh, Votre Excellence, articula péniblement Gudule, à moitié cramée. Votre Excellence, Votre Excellence, Votre Excellence, Votre Excellence... » « Quoi, mon Excellence ? Ca va durer longtemps, ta litanie ? » demanda l'Excellence déjà saturée d'ennui. « Je ne sais pas, Votre Excellence, marmonna Gudule. Votre Excellence, Votre Excellence... C'est ce crétin d'auteur qui me fait bégayer parce qu'il n'a pas la moindre idée de ce que je vais vous répliquer. Alors, il perd du temps. » « Oui, et ça rallonge la sauce, dit le Caribou Maléfique. Je connais ça. Maintenant l'abruti qui m'a imaginé a tout intérêt à donner rapidement une fin de phrase à Gudule parce que je pourrais bien m'énerver et lui perforer les narines avec un trait de feu. » « Ah, Votre Excellence, il a trouvé ! s'écria Gudule, toute contente. En fait, je dois simplement vous demander quelque chose : aidez-moi à écrabouiller mes ennemis séculaires qui me poursuivent à chaque endroit où je me réfugie. » « Je ne peux rien faire pour toi, répliqua le Caribou Maléfique. Seul ton Maître, mon cousin le Caribou Fou peut éventuellement me demander quelque chose. Je ne traite qu'avec les cadres, pas avec les minables employés comme toi. » « Mais il a disparu, ô Votre Excellence Maléfique ! pleurnicha Gudule. Il était à Marseille avec moi et tout à coup... Je n'ai plus su où il était. » « Il est au centre de la terre, idiote ! tonna le Caribou Maléfique. Je l'ai entendu arriver. Mais je ne sais pas où il est à cause de sa protection Made in USA. C'est toi qui vas le retrouver. Et quand il sera devant moi, j'écouterai vos doléances, pas avant. »

Gudule tenta un dernier effort : « Comment Votre Excellence veut-elle que je le retrouve, alors que Votre Excellence qui est bien plus intelligente que moi n'arrive pas à déterminer l'endroit où il se trouve ? » L'hypocrisie de Gudule ne lui servit de rien ; simplement, elle se fit encore brûler quelque peu pour lui apprendre à être faux cul envers ses supérieurs. « Je ne veux pas le savoir, dit majestueusement le Caribou Maléfique. Débrouille-toi pour le retrouver et ne reviens pas sans lui. Allez ! » Un geste méprisant de la patte propulsa Gudule et le Séide hors de l'antre maléfique et ils se retrouvèrent à genoux dans un couloir couleur jaune citron qui sentait l'encens de mauvaise qualité.

(A suivre)

(Gudule et le Séide parviendront-ils à retrouver le Caribou Fou ? D'ailleurs, qu'est-ce qu'il devient, celui-là, depuis la fin du conte précédent ? Est-il encore en état de tramer quelque chose ? Et nos amis, sur les escaliers, ont-ils fini leur descente ?... Réponse un peu plus tard, quand il fera moins chaud...)


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