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Comment décrire l'impact de la démocratie participative

Publié le 23 août 2009 par Gillesp
Raisonnant dans des termes moins techniques, John Parkinson* utilise une métaphore : lorsque les citoyens sont associés à la prise de décision, le processus peut porter sur le "housing", c'est-à-dire sur des questions structurelles. Il peut aussi concerner le "building", à savoir des problèmes importants mais de second plan. Il peut enfin se focaliser sur le "painting", c'est-à-dire sur des enjeux en aval et relativement marginaux. John Parkinson ajoute que, trop souvent, les dispositifs participatifs anglais sont conçus pour faire discuter sur le painting et pour faire oublier le building et le housing. En traduisant de façon libre la métaphore, on peut se demander si, en Europe, les budgets participatifs et plus largement les dispositifs institutionnels qui permettent d'associer les citoyens non élus à la prise de décision portent sur des questions d'urbanisme, d'architecture ou de décoration intérieure. Considérés isolément, les budgets participatifs du vieux continent, dans la quasi-totalité des cas, s'occupent soit de painting, soit de building, mais très rarement de housing - et ce d'autant plus que leur sphère d'influence est cantonnée au niveau local.

Extrait de : Yves Sintomer, Carsten Herzberg, Anja Röcke, Les Budgets participatifs en Europe. Des services publics au service du public, La Découverte, 2008, p.300.


Cette métaphore exprime bien la difficulté de toutes ces consultations. Bien souvent, ce ne sont que des problèmes subsidiaires qui sont traités dans les instances de démocratie participative. Trois raisons à cela :

  1. l'absence de motivation pour dépasser son propre point de vue. Aucune rencontre ne se fait avec d'autres instances, le Conseil de quartier voisin par exemple, ou sur la même zone le Conseil de la jeunesse ou le Conseil des étrangers extra-communautaires. Aucune communication horizontale pour remettre son avis en cause. Du coup, ce sont des discussions sur fond du NIMBY.
  2. On reste avec des personnes aux revendications personnelles, voire égoïstes. D'une part, il faut se méfier : les égoïstes, ce sont toujours les autres. D'autre part, la formation pose un réel problème. Quels sont les savoirs nécessaires pour être citoyen ou pour pouvoir légitiment dire qu'on ne s'intéresse qu'à l'intérêt général ? Pourquoi, si des savoirs sont nécessaires, aucun test ne serait effectué pour attribuer le droit de vote ? Quoi qu'il en soit, réussir à intéresser un groupe de travail de simples citoyens sur l'urbanisme risque de rapidement tourner au fiasco si cela ressemble à une réunion d'urbanistes.
  3. Il faut bien avouer que les élus pensent être élus sur un programme (ce qui est faux). Pouvoir rediscuter des orientations politiques en prenant le risque pour l'élu de faire réaliser à tout le monde que sa position est en réalité minoritaire demande une sacrée dose de courage et d'humilité. Du coup, certains préfèrent consulter uniquement sur des questions subsidiaires.
* John Parkinson, "Deliberative Democracy in Great Britain : the NHS and citizen juries", communication à la conférence "Instruments d'action publique et technologies de gouvernement", IEP Paris, 20-21 décembre 2004.

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