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Ségolène Royal et la sélection des candidats

Publié le 24 août 2009 par Exprimeo
La dépossession des partis politiques pour la désignation des candidats montre qu'en 2006 une réelle nouvelle tendance durable était née avec la campagne de Ségolène Royal. La course à la Présidentielle de 2007 a marqué un tournant en matière de sélection des candidatures à une élection. Deux modifications majeures sont alors intervenues dans l'ensemble de la vie publique française. D'une part, une multiplication sans précédent des candidatures à la candidature. Les filtres traditionnels sont dépassés. Même la position d'élu sortant n'assure plus le renouvellement automatique d'investiture. D'autre part, l'accélération du démarrage du " temps de campagne électorale ". Ce second effet est étroitement lié au premier. Puisqu'il y a une pré-campagne électorale (investiture), le calendrier traditionnel est fondamentalement modifié. La présidentielle du printemps 2007 a institutionnalisé une nouveau " temps de campagne électorale " avec de nouvelles caractéristiques. A ce jour, face à cette nouvelle donne, aucune procédure de sélection ne s'impose objectivement. La multiplication des candidatures à la candidature est un phénomène nouveau mais incontournable. Il traduit l'éclatement des groupes de la société comme la décroissance de l'autorité des partis politiques. En 2012, cet éclatement sera considérablement amplifié. Cette concurrence doit donc trouver des moyens de régulation. S'en remettre au 1er tour de scrutin, c'est prendre le risque d'un éclatement des candidatures de nature à faire peser des inconnues majeures sur la vraie représentativité des candidats au second tour. En avril 2002, la gauche a subi les conséquences directes de la multiplication de son " offre ". Cela s'est traduit par son absence au second tour. Le 1er tour est certes un enjeu de sélection mais encore faut-il que cette sélection intervienne sur des bases rationnelles ne faussant pas les critères de présence au second tour. En ce qui concerne les primaires internes aux partis politiques, elles ne peuvent pas reposer que sur le vote des adhérents car le nombre moyen d'adhérents par circonscription est trop faible. Dans ces circonstances, les " adhésions de complaisance " pourraient fausser tout le processus. Second enjeu : le candidat vont devoir affronter deux étapes successives avec des logiques distinctes voire opposées. Dans un 1er temps, pour faire la différence au sein de son parti, il doit pratiquer un discours assez " intégriste " pour séduire les militants. Dans un second temps, il doit chercher à rassembler le plus largement possible. Ces deux étapes vont de plus en plus produire des contradictions redoutables à gérer. Les " effets de campagne " à usage interne au parti risquent d'être des boulets pour le passage devant le suffrage universel. Il y là un problème neuf et majeur de communication. Le candidat qui participe dans l'objectif de gagner l'élection ultime doit résoudre l'équation suivante : que les conditions de victoire de la primaire dans son camp politique ne soient pas de nature à marquer son profil au point de l'handicaper pour la victoire finale. En effet, une élection c'est d'abord la rencontre à un moment précis entre le profil perçu d'un candidat et l'attente d'un électorat. L'électorat d'un parti politique est rarement à l'image de l'électorat dans son ensemble. Pour gagner une primaire dans un parti politique il faut donc parfois " forcer le trait ". Encore faut-il que ce ne soit pas au prix d'un divorce ultérieur avec l'électorat dans son ensemble. C'est un enjeu nouveau de communication. Les Etats-Unis d'Amérique le connaissent depuis longtemps. Le Parti Républicain comme le Parti Démocrate ont parfois connu des vainqueurs de primaires internes qui étaient manifestement trop des " candidats du parti " pour être ceux du pays tout entier. Pour le parti républicain, la dernière candidature de ce type fut celle du ticket Dole-Kemp contre Clinton-Gore en 1996. La candidature de John Kerry n'échappe pas à ce reproche en 2004. Il est certain que Winsley Clark aurait été, par son profil de carrière militaire, susceptible de séduire une frange des républicains. Sous ces deux aspects (modalités concrètes de désignation comme conciliation d'objectifs différents), la vie publique française entame une réelle nouvelle étape de son fonctionnement. Les modalités de campagne de Ségolène Royal en 2007 s'avèrent annonciatrices de tendances lourdes qui progressivement s'intègrent dans le fonctionnement des partis politiques Français.

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