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Inglorious Bestards et le début de l’Histoire

Publié le 24 août 2009 par Careagit
La profonde tranquillité de ce blog m’a certainement trahit… Oui, j’étais en vacances ces deux dernières semaines. Je n’ai pas posté, je n’ai quasiment rien lu, quelques tweets ici où là et une déconnexion toute relative mais ô combien reposante.
Pendant ces congés, il se trouve que je me suis rendu au cinéma. Passons sur le prix exorbitants des places qui tranchent avec le discours officiel pro HADOPI pour arriver directement au cœur du sujet dont je souhaite vous parler aujourd’hui. Pas de politiques, nous allons parler cinéma et Histoire.
Revenons à nos moutons. Confortablement assis dans mon siège moelleux, armé de mon 75cl de boisson non alcoolisée noir et gazeuse de type américaine, j’ai pu déguster la projection d’Inglorious Basterds, le dernier opus made in Quentin Tarantino. Pour la faire courte, c’est l’histoire d’une milice composée de quelques hommes (dont Brad Pitt tout de même, faut pas déconner) qui s’est fait un objectif de tuer le plus violemment possible les troupes nazis en France. Le scénario et les faits sont assez lourds pour donner un peu de corps à l’histoire. Le tout étant mixé à la sauce Tarantino. Sauce qui est, la plupart du temps, plutôt sanguine…
Au delà du scénario, le touche Tarantino s’exprime pleinement au travers de prises de vues, de jeux d’acteurs et de dialogues, parfois réellement séduisants. Le problème de ce film, qui se retrouve d’ailleurs dans la pluralité des critiques, est qu’il ne cesse de se jouer de l’Histoire. Et en matière de Nazis, d’Hitler et de guerre 39 – 45, Dieu sait combien il est difficile de se jouer de l’Histoire.
En réalité, c’est cela même qui m’a le plus « étonné ». Comptez donc le nombre de films ayant tenté le diable en se démarquant de l’Histoire et du récit de faits pour verser dans un récit romanesque ? Ils sont rares. Tarantino a joué avec le feu, pour certains, il s’est brûlé… j’ai particulièrement apprécié.
Il faut dire qu’une bonne partie des critiques et des spectateurs a été surprit. Eux, étaient venus chercher un récit de la seconde guerre mondiale mixée à la sauce Tarantino. Ceux-là, sont repartis complètement dépités tant l’écart entre l’Histoire réelle et le scénario est profond. Tarantino lui, se défend en rappelant qu’il s’agit là d’une fiction. Le réalisateur américain avait pourtant tout fait pour s’éviter les foudre des critiques. Son film débute par « Il était une fois » et se décompose en plusieurs chapitres, comme s’il s’agissait d’un roman, difficile de faire plus prévenant. A ce stade là, je trouve même particulièrement ridicule de lui reprocher encore ces écarts. Passée cette question, demeure une autre, bien plus profonde et sérieuse.
Peut-on raconter autre chose que ce qu’il s’est passé ? Peut-on rire avec le nazisme, la guerre, et, bien pire, la traite des juifs ?
Sur ces questions, Tarantino n’a pas pris de risques. La shoa n’est en rien remise en question, les nazis ne sont en riens présentés comme des gens charmants (ils sont même parfois grossièrement décris), la guerre et sa violence ne sont en rien évitées, bien au contraire.
En réalité, ce film présente tout les aspects d’un film charnière dans la manière d’aborder le sujet de la guerre 39 – 45. Cela n’a rien de réellement étonnant, nous nous situons à une période charnière. Avec la mort des derniers soldats, l’Histoire remplace le Souvenir, les livres remplacent les témoignages, l’imaginaire remplace le vécu. Il est devenu possible de « raconter autre chose » au cinéma ou ailleurs sans que cela n’éveille chez certains, de profondes cicatrices. Il ne s’agit pas là de réécrire l’Histoire ou d’oublier une seule seconde les faits réels, il s’agit plutôt de libérer la création et la culture sur des sujets riches qui ont marqué l’Histoire du Monde et de ses habitants.
Inglorious Basterds ouvre donc la brèche des films décalés sur tous ces lourds sujets. Ce film n’aurait pas pu naître avant aujourd’hui. Il est né est bien né. Je le conseille vivement à tout les fans de Tarantino, Inglorious Basterds est sans nul doute un de ses meilleurs films.

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