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Comment favoriser l'aptitude des élèves à débattre

Publié le 24 août 2009 par Gillesp

Dans mon projet de la mise en place de la première " école-en-santé" à Paris, une des conditions indispensables est l'animation de la démocratie participative à l'intérieur de l'établissement scolaire. C'est indispensable à la mise en place d'objectifs réalistes et pleinement partagés en prévention. De plus, seule la pratique de la démocratie dès le plus jeune âge inspire les bons réflexes de l'éducation civique au lieu de la théorie. Mais comment former au débat à l'école ?

Il y a donc plusieurs manières de contribuer à l'éducation à la citoyenneté active :

  • les débats sans enjeu pratique qui contribuent à former au débat
  • l'expérience de parlement d'élèves (qui reproduit les mêmes défauts que la démocratie représentative), l'heure de vie de classe
  • la démocratie participative ambitieuse ou la démocratie directe comme l'expérience marginale du lycée auto-géré à Paris

Je ne manque pas de ressources théoriques pour l'éducation à la citoyenneté active. Il y a toute une littérature sur la pédagogie Freinet, certains chapitres des livres de Meirieu que je ne connaissais que de nom. Et puis pour la théorie il y a la " C'est rarement mis en pratique. Convention relative aux droits de l'enfant avec "le droit d'exprimer librement son opinion sur toute question l'intéressant, les opinions de l'enfant étant dûment prises en considération eu égard à son âge et à son degré de maturité.
Sur Freinet, évidemment, il y a cette volonté (hélas perdue) d'associer les élèves, tous les élèves, à la gestion de la classe et de l'école. Je ne sais pas s'il existe une histoire du mouvement Freinet, une histoire qui donnerait quelques pistes sur l'effondrement de ces initiatives. En tout cas, j'aimerais comprendre un jour pourquoi ce résultat.
Sur la formation au débat, je suis revenu à Philippe Meirieu en lisant le livre sur la Main à la Pâte . Il y a tout un développement sur l'intérêt de la discussion scientifique pour débattre, notamment avec l'exemple d'un rapport de stage d'un enseignant (p.55) :

Le débat scientifique peut aussi former au débat citoyen : l'enfant apprend à présenter son point de vue en expliquant les propositions, à écouter et à respecter les idées des autres, à proposer des moyens pour trancher entre des explications concurrentes. Bien sûr, les sciences ne permettent pas de régler tous les conflits auxquel les maîtres sont confrontés, mais le respect de l'autre peut s'apprendre en faisant, par le débat scientifique, l'expérience d'un désaccord.

Je ne suis pas totalement convaincu par cette vision irénique des mondes scientifico-universitaires : les débats déchainent des passions, de l'animosité, parfois on cherche même le rationnel en vain. Mais passons, le point important arrive à la page 72, on cite Philippe Meirieu lorsqu'il dit :

Ce qui me paraît caractéristique de beaucoup d'élèves, dans l'école d'aujourd'hui, c'est qu'ils débattent en permanence sans que l'objet du débat soit bien identifié : dans un face à face où ils perçoivent l'opinion adverse à celle qu'ils défendent comme attentatoire à leur intégrité, voire à leur existence [...], la distinction est essentielle entre le sujet qui parle et ce dont on parle avec une diversité des points de vue. Il faut sortir d'arguments du type C'est à prendre ou à laisser, Si tu n'es pas d'accord, c'est que tu ne m'aimes pas, pour rentrer dans le C'est à discuter [...].

En gros, la formation au débat sert à éviter le ressentiment du fait qu'on pourrait perdre la face lors d'un débat. Dommage que cet apprentissage ne soit pas repris par Philippe Meirieu dans son appel à construire "l'école démocratique". Ce qui se rapproche le plus, c'est le texte qu'il a écrit sur les Trente deux principes possibles pour une éducation démocratique.
Un autre récit d'expérience nous provient du Conseil de l'Europe avec un livre sur la gouvernance démocratique à l'école. C'est l'occasion de voir qu'il existe le décalage de la France par rapport aux autres pays d'Europe dans la mise en place de ces expériences. Serions-nous sur ce sujet aussi tellement conservateurs ?

Prenant acte de la situation, la section de la LDH du 18e coordonne un projet début décembre pour les 20 ans de la Convention des droits de l'enfant : "Graines de citoyen" se passera notamment dans les écoles. Une petite recherche Google montre que d'autres associations ont pris le même nom. Il s'agira vraisemblablement de réfléchir aux représentations. Dans le cadre d'une semaine, il sera plus facile d'animer des débats plutôt que de transformer le quotidien des élèves.

Les sujets ne sont pas arrêtés pour le moment : Facebook et la notion de vie privée (sa protection, les bases de données) sont forcément intéressants pour des jeunes. La question de la violence comme sanction peut être aussi intéressante. On peut imaginer pleins d'autre sujets : qu'est-ce qu'une sanction juste ? Battre ses enfants est-il légitime ? Sur cette dernière question, une campagne du Conseil de l'Europe existe. Et la France tarde à rattraper son retard par rapport aux autres pays européens. Il y aura aussi d'autres sujets plus habituels comme la liberté d'expression ou les différentes formes de discrimination... Je suis curieux d'entendre l'avis des jeunes qui prendront la parole sur ce sujet (pour ceux qui oseront prendre la parole...)

Partir des préoccupations des jeunes pour amener à une réflexion sur l'actualité des droits fondamentaux donnera le ton de cette initiative. L'éducation à la citoyenneté active est à la traine en France, même si on compte la journée d'appel à la défense là-dedans...


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