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Lac de Garde, par Gérard Larnac

Par Gerard

Dans les hauteurs de Gargnano, Italie – Tous ces jours je n’ai raté aucune des aubes sur le lac. Derrière la montagne le vent souffle plus fort, plus frais, lorsque le soleil paraît. Simplement se mêler aux ombres longues du matin, à la danse acrobatique des oliviers qui frissonnent en cadence à vaste vert incandescent et descendent comme courant vers le village en contrebas.

 

Le lac. Lumière tropicale. Il a ce matin le son d’une feuille de papier que l’on froisse au loin. C’est une lucidité nouvelle qui s’éveille parmi les parfums de menthe sauvage, ou de terre mouillée après longues averses de l’orage montagnard.

 

Ce que certains instants nous donnent passe toute notre vie. Et le sentiment de reconnaissance que l’on en éprouve nous redonne le monde, dans toute la vigueur, tout le chaos et toute la clarté de son Un-Divers. Vaste comme une mémoire qui se rallume. Mais une mémoire qui ne serait pas la nôtre.

 

Plus tard regagner la table d’écriture. Grand œil de lumière à la surface des eaux, là-bas, tremblant, dans l’avant du désir. Virgile déjà, Goethe Stendhal Larbaud Gide Mann Hesse d’Annunzio, Hemingway même – Nietzsche en 1880 quand il claque la porte de l’Université et entame ses errances barbares, c’est ici qu’il vient.

 

Garde-toi de tout retour possible. Et souviens-toi qu’en ces hauteurs-là, même le silence écoute.

 


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