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La microassurance, complément naturelle du microcrédit

Publié le 09 octobre 2007 par Sia Conseil

Après avoir démontré son intérêt dans les pays en voie de développement[1], la microassurance - à l’instar du microcrédit - investit les pays développés. Pour preuve, deux offres de microassurance à destination des

microentrepreneurs ont été lancées en France ces 10 derniers mois. Décryptage…

L’importance des microentreprises et leur vulnérabilité

Peu médiatisé, le monde des microentreprises[2] n’en reste pas moins passionnant. D’après une étude de la DCASPL[3], au 1er janvier 2004 il existait en France 2 390 000 microentreprises, soit plus de 95% du total des entreprises françaises. L'ensemble de ces microentreprises employait 5 798 700 personnes, c'est-à-dire 1/4 des emplois salariés, et réalisaient la même année plus de 8% des exportations françaises. Autant dire que les microentreprises sont des entreprises qui ont une véritable importance économique et, bien plus encore, sociale.
Phénomène tout aussi intéressant, d’après les chiffres INSEE sur l’année 2004, plus de 220 000 microentreprises ont été créées. Et près d’un tiers des créateurs étaient au chômage (dont la moitié depuis plus d’un an). C'est-à-dire qu’une part importante de ces petites structures fraichement créées, qui sont par essence vulnérables, sont supportées par des personnes particulièrement vulnérables.

Pour faire face à cette vulnérabilité[4], les microentrepreneurs peuvent trouver un appui auprès d’acteurs favorisant l’initiative économique tels que l’APCE[5], l’ADIE[6] ou France active. Outres des conseils d’experts, ces acteurs proposent des solutions pour répondre aux deux principaux besoins des créateurs : financer leur projet et gérer les risques.
Schématiquement, il existe trois grandes familles de risques auxquels sont confrontés les microentrepreneurs :

  • Les dommages que pourrait subir l’entreprise en cas de sinistre ;
  • Les dommages que l’entreprise pourrait causer aux tiers ;
  • Les risques qui concernent les personnes (maladie, invalidité…).

Les premières offres de microassurance en France

Alors que le microcrédit est maintenant bien admis en France parmi les types de financement possibles, la microassurance fait actuellement ses premier pas parmi les solutions de gestion des risques. Elle constitue pourtant une continuité naturelle du microcrédit, permettant de sécuriser et pérenniser dans la durée l’activité lancée par le microentrepreneur.
La première offre de microassurance a été lancée en France par la Fondation Entrepreneurs de la Cité[7] en décembre 2006. Cette « Trousse Première Assurance » propose une police d’assurance standardisée couvrant les 3 grands types de risques auxquels sont exposés les microentrepreneurs et comprenant les garanties Multirisques professionnelle, Responsabilité civile, Prévoyance et Santé. D’une durée maximale de 3 ans, elle est accessible pour moins d’1 € par jour.
La deuxième offre a été lancée par AXA et la Macif en partenariat avec l’ADIE en mai 2007. Similaire sur les garanties de base, la durée et le prix, elle se distingue de l’offre précédente par des garanties complémentaires spécifiques en fonction du type d’activité concernée. A noter 2 options : l’assurance automobile professionnelle (150€/an) et les garanties pour les activités de construction (à partir de 1000€/an) qui sont des assurances légalement obligatoires.

Où se trouve l’innovation ? - L’intérêt du modèle « partenaire-agent »

Il est intéressant de constater que ces deux offres de microassurance reposent sur un modèle économique identique : le modèle « partenaire-agent ».
Pour bien comprendre ce modèle, revenons sur les mécanismes de l’assurance. Dans une offre d’assurance, il existe trois groupes d’activités impliquées : la conception du produit, la vente et le service après-vente. La conception est liée aussi bien au développement et à la politique de prix qu’à la gestion des risques du portefeuille d’assurance et au placement des réserves et des primes annuelles. La vente englobe toutes les activités liées à la commercialisation, à la promotion et à la vente du produit. Le service après-vente comprend la collecte, en continu, des primes des assurés et le règlement de leur indemnisation.

Dans le modèle partenaire-agent, le partenaire, un assureur, exécute toutes les activités de développement du produit et de service après-vente, tandis que l’agent s’occupe de la vente. Les réseaux d’aides à l’initiative économique sont bien équipées pour jouer le rôle d’agents, utilisant l’effet de levier de leurs réseaux de distribution existants à bas coût et s’appuyant sur les relations de confiance déjà établies avec les microentrepreneurs lors du montage des dossiers de microcrédit. Le personnel de ces réseaux a néanmoins besoin d’être formé aux produits d’assurance pour être capable de réaliser de la « vente conseillée »[8]. Inversement, les produits d’assurance sont mieux développés par les assureurs, qui possèdent l’expertise et les capitaux requis.

Force est de constater que la conception des deux produits présentés ci-avant reposent sur des modèles de produits classiques d’assurance (responsabilité civile, multirisque professionnelle,…) bien maîtrisés par les assureurs. De même le modèle de distribution n’est pas nouveau en France. Par exemple, les produits distribués par la Banque Postale sont conçus par la CNP.
L’innovation de ce type de produit provient alors essentiellement du mix entre conception « low cost » (une police d’assurance simplifiée et un prix de commercialisation proche du coût de production) et distribution « de proximité » (par l’intermédiaire des réseaux d’initiative économique qui ont toute la confiance des microentrepreneurs).
Forces et faiblesses des réseaux d’aide à l’initiative économique et des assureurs

Le besoin des microentrepreneurs en termes d’assurance n’est pas nouveau et l’on peut se demander alors pourquoi de telles offres de microassurance n’ont pas été développées plus tôt. D’après M. Schinzler, Président du Conseil de surveillance de la Münchener Rück, « l’encaissement des primes est faible, les frais d’administration sont relativement élevés et l’infrastructure nécessaire fait défaut ; autant d’arguments justifiant le manque d’intérêt des assureurs professionnels pour ce marché. »
La microassurance, comme la microfinance dans son ensemble, ne doit donc pas être vue comme le vaste marché de demain aux profits futurs colossaux. Aujourd’hui, elle doit plutôt être considérée comme une activité répondant aux enjeux de développement durable dans les Services Financiers, un thème dont on accuse trop souvent les professionnels de ce secteur de désintérêt. Les récentes et nombreuses initiatives dans ce domaine montrent bien au contraire une véritable volonté…

Sia Conseil


[1] Voir les cas de Delta Life en Inde ou AIG en Ouganda[2]Recommandation de la Commission Européenne du 6 mai 2003 - 2003/361/CE : Une microentreprise est définie comme une entreprise dont l’effectif est inférieur à 10 personnes et dont le chiffre d’affaire ou le total du bilan annuel n’excède pas 2 millions d’euros

[3]DCASPL (Direction du Commerce, de l’Artisanat, des Services et des Professions Libérales) : Direction attachée au ministère des PME Français

[4]On peut définir la vulnérabilité comme un état lié à une chute imprévue des revenus et/ou à une brusque augmentation des dépenses.

[5]APCE : Agence Pour la Création d’Entreprises

[6]ADIE : Association pour le Droit à l’Initiative Economique

[7]La Fondation Entrepreneurs de la Cité, initiative solidaire à but non lucratif, fédère des acteurs de l’accompagnement des micro-entrepreneurs : des assureurs, des professionnels de la création d’entreprise, des entrepreneurs et des organismes publics…
• Les assureurs : APRIL GROUP, AG2R, La Mondiale
• Les institutionnels : La Banque Postale, La Caisse des Dépôts, CNP Assurances, Le Grand Lyon, La Région Rhône-Alpes
• Les réseaux d’aide à la création d’entreprises : ADIE, France Active, France Initiative, Réseaux des Boutiques de Gestion
• Les mécènes : Caisse d’Epargne Rhône-Alpes Lyon, Grant Thornton, Sham, Monceau Assurances, Groupe Prévoir
• Les écoles : ISFA

[8]Voir l’article Commercialisation des produits d’épargne : articulation entre la directive MIF et Delmas-Marsalet sur le blog finance de Sia Conseil.


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