Magazine À la mer

Port de Brna en Croatie

Publié le 27 août 2009 par Argoul

La nuit est plus froide que les précédentes et je dors mieux. Le réveil est aux cigales. L’Anglais de 15 ans, torse nu dans le petit matin, nous regarde préparer le petit-déjeuner et les kayaks. Il a la peau pâle et la carrure menue du citadin. Nous partons pour deux heures et demi, mais elles passent vite car une conversation a lieu entre Mariam, installée au chausse-pied dans le trou arrière, et Eff le moniteur qui pagaie tout seul à une demi encablure de nous. Je laisse mon tee-shirt raide comme dossier, le soleil du matin n’étant pas trop cuisant et ma peau brunie s’étant habituée. Braque fait de même depuis plusieurs jours déjà, et Laine, Glenn et Elke sont en haut de maillot. Il est quand même nécessaire de se mettre de la crème, notamment sur les surfaces trop directement attaquée par les rayons.

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Durant les échanges entre eux, j’apprends que si Mariam a une petite fille de 2 ans, en ce moment « avec son père en Norvège », le couple n’est pas classique. Mariam vit « avec sa nana », comme elle dit, ce qui est un understatement style popu pour signifier une copine lesbienne. Je comprends pourquoi Mariam ne peut pas me sentir : les lesbiennes n’acceptent que des cons autour d’elles, c’est bien connu. Elle a ce comportement « moi je » typiquement moderne des fausses familles décomposées. Comme si tout était « normal » : elle s’est fait inséminer dans une cuisine, à la seringue - être ainsi conçu, quelle poésie ! Le donneur de sperme était un homosexuel de ses amis, le « père » en question. Si le bébé avait été garçon, le couple d’homos l’aurait élevé ; comme il s’agit d’une fille, c’est au couple de lesbiennes de s’en charger. Mariam milite pour une association de « gays, bis, trans et lesbiens » pour militer pour la « normalité » de la chose et pour que les enfants nés dans ce cas ne se « sentent pas marginalisés » en rencontrant d’autres gamins dans le même cas. Ces parents, égocentrés sur leur plaisir et tout à la vanité de leur “libération” sociale, pensent-ils vraiment aux enfants qu’ils mettent dans le monde tel qu’il est ?

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Le port assez grand de Brna nous accueille. Ses clapiers déjà construits (l’hôtel Ferna) ou en construction (en face) laisse mal augurer du style futur du lieu. Nous sommes arrivés vers 11h et prenons en préalable à tout un bain aux abords de l’hôtel qui offre une eau assez profonde et plutôt propre. Nous nous séchons, la famille et moi, sur le béton du quai où nous sommes assez tranquilles. Les touristes de l’hôtel, à la marmaille grouillante, ont une plage réservée au pied des chambres. Nous faisons quelques courses avant de déjeuner de pâtes aux fruits de mer dans un infâme bâtiment de béton plat tout au fond du port. J’en profite pour refaire de l’eau et rincer le tee-shirt salé que je vais remettre cet après-midi, aux heures les plus ardentes. Raidi par le sel, ce n’est pas agréable à porter et mieux vaut qu’il soit humide. Je cherche ensuite un peu d’ombre pour écrire, comme Eff qui rédige ses rapports de journée, tandis que la « lèche bien » dort un peu plus loin et que la famille s’isole par couples séparés, les enfants d’un côté, les parents de l’autre.

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Durant le déjeuner, Braque nous a montré des figures de skate en les décrivant uniquement à l’aide des termes américains consacrés par les initiés. Si le skate était une épreuve du bac, il gagnerait des points. Hier, en regardant le père et le fils, assis côte à côte, je me suis mis irrésistiblement à penser à Astérix et Obélix. Le Vieux porte moustache blonde et tour de taille respectable et il avait un slip aux bandes bleues et blanches comme le gros héros d’Uderzo et Goscinny ; Braque portait un tee-shirt noir et la tignasse blonde du petit futé des mêmes. Lui manque encore la moustache gauloise, mais ce n’est qu’une question de mois. Ils ne sont pas Bretons bretonnant pour rien.

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Lorsque nous reprenons les kayaks, le ciel se couvre ; le vent de face nous gêne. Il faut pagayer plus fort et plus régulièrement, surtout que la distance à parcourir est d’une fois et demie celle effectuée ce matin. Nous en avons pour près de trois heures. A l’avant, où je suis depuis hier, la sensation est différente de celle de l’arrière. Le pilote, qui mène le bateau à l’aide de pédales qui meuvent le safran, est plus stable, plus près du centre de gravité du bateau. Il doit regarder au loin car il dirige le kayak et son équipier, juste devant lui, bouche son horizon proche. En revanche, c’est l’avant qui impose son rythme de pagaie. L’avant est passif, il se laisse guider en se contentant de pagayer pour faire avancer. Mais sa vue est entièrement dégagée, il est de plain pied avec la mer, immense jusqu’à l’horizon et clapotant toute proche, parfois l’aspergeant d’embruns à la crête des vagues. Il a plus d’espace pour ses jambes. A chacun de choisir sa place.

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Le Vieux, tout seul sur son kayak, traîne un peu. Il nous accuse de nous être entraînés depuis huit jours et de pagayer désormais plus vite (et lui, donc, n’a-t-il pas progressé aussi ?). Il n’arrive pas tout seul à suivre ceux qui pagaient vraiment à deux. Ce pourquoi Eff nous fait effectuer plusieurs « pauses madeleines », regroupant les kayaks et partageant un paquet en attendant les retardataires. Avec Mariam, nous avons fait une pause Madeleine tout seul. Braque, lorsque nous les rejoignons et leur annonçons cela, s’exclame : « quoi, tout seul ! » Les madeleines de paquets de Leader Price ont en effet une pâte moelleuse fourrée à la confiture d’abricot, délicieuse après l’effort et par contraste avec le sel sur les lèvres. Mais, cette fois, la Madeleine n’était pas dans le paquet mais dans les vagues, sorte de phoque femme en maillot de bain qui nous a interpellés en italien alors que nous passions sur son travers. Elle voulait savoir où nous allions. Très vite, elle a compris que nous parlions plutôt français et a poursuivi la conversation en cette langue.

Nous débarquons sur une crique non prévue sur l’itinéraire, une initiative d’Eff qui a épluché la carte marine. Elle se trouve au pied de Potirna. Le programme prévoyait de rester près de Brna, sur une plage à quelques milles. Mais en poursuivant ainsi deux heures de plus, nous gagnons du temps pour prendre le ferry à Vela Luka, le port d’arrivée que nous devons atteindre demain. La plage n’est pas belle, tapissée d’algues épaisses en décomposition dans lesquelles les pieds s’enfoncent. Bouteilles plastique, boites de conserve vides et morceaux de polystyrène ont été apportés par les vagues et les courants. Si la plage est infestée de moustiques, nous en avons vu d’autres. En nageant, je remarque qu’un courant froid court sous la surface dès un demi mètre de profondeur.

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Eff se prend à démonter le réchaud, pensant qu’il suffit peut-être de nettoyer la buse bouchée. C’est en effet ce qui clochait et, après un temps record, nous avons de l’eau chaude pour faire une purée ! Evidemment le dernier soir… Pour le reste, c’est le self service. Je me concocte pour ma part une salade avec une tomate, un tiers de concombre et du fromage, arrosé d’huile d’olive. Après la purée, chaude, compacte et bienvenue après nos heures d’efforts mouillés, du saucisson et une banane terminent le dîner. C’est un menu colo, typique de GNGL qui n’a pas compris que les clients ne sont plus des ados grandis. Je sens un peu mes muscles, ce soir, la lutte avec les éléments a été forte cet après-midi. La journée de pagaie a été la plus longue du séjour en durée.

Sur une terrasse plate et bétonnée, la nuit est emmoustiquée, donc chaude, car il ne faut rien laisser dépasser. Même enduit de produit répulsif, ces bêtes avides viennent vrombir et piquer quand même, ce qui provoque au matin des démangeaisons désagréables. Les femelles anophèles sont affamées car elles ont d’habitude peu de sang à se mettre sous la trompe tant il passe peu de monde en cette crique. Un pêcheur s’est affairé un moment à notre arrivée dans sa cabane d’été. C’est à lui qu’Eff, par courtoisie, a été demander l’autorisation de camper. Accordé, mais pas de feu à cause des risques d’incendie. Avec le gicleur ingénieusement débouché, cela nous est inutile ; le gaz part désormais comme prévu par le fabricant.

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