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Les débuts de l'enduro en France en 1977 et 1978

Publié le 27 août 2009 par Doud

En 1977

La rechute
– Après ce beau championnat 76, on attend beaucoup de la saison 77. Le retour de Queirel, une dizaine de néo inters prometteurs, du nouveau matériel toujours plus performant et plus fiable, un calendrier composé d’organisations rodées, tout est en place pour un championnat somptueux. Coté team, seules 6 marques sont engagées officiellement. Grosse offensive KTM avec en 125 inter Fleurence et Faucher. En + de 125 inter Queirel et Ramade piloteront des 175 alors que Alain Francru et Philippe Blanc-Tailleur rouleront avec la 250. En national KTM engage 2 jeunes loups en 125 : Yann Cadoret et Eric Grossier ainsi que quatre 250 avec Craeye, Saffray, Drujon et Ehlinger. Aucun officiel pour la catégorie 175cc nouvellement créé. Ossa a mis tous ses pilotes dans la catégorie + de 125 : Les frères Samofal en 250 et Vernier, Cole et Galland avec la nouvelle 350 Super Pioneer. Delavault quant à lui roulera sur un mix de Ossa Phantom cross et de 350 préparé par son frère, le célèbre Nanard. En national tous les espoirs sont portés par les épaules de Pascal Villemin en 175, le vainqueur du trèfle d’or Ossa, une formule multi disciplines inventées par Seurat l’année précédente. BPS engage des Silver Vase très spéciales, décorées en bleu blanc rouge et avec des cylindres aux ailettes rognées méconnaissables et aux amortisseurs très très inclinés. Huguet et Mathieu rouleront en 250, Lloret en 125 (mais diminué par une mauvaise fracture au cote-cote). Jean-Guillaume Meiller et Xavier Audouard seront semi-officiels en 125 Inter et Jean Luc Fouchet visera le titre en 125 national sur une BPS-Gori. Autre gros team, Hercules fera confiance à Richard (250) et Malet (125) en inter et Lemagne en national plus quelques semi-officiels. Portal équipera le champion 50 Christian Lagarrigue en 125 inter et pourra compter sur son fidèle concessionnaire Christian Bourden en national sur le tout nouveau modèle Ranger à moteur Rotax. Seurat qui importe maintenant les Husqvarna engagera Gilles Francru avec la 125. Montesa équipe deux trialistes, Philippe Reinaud et Henri Figuères, de 360 Montesa usine.

Comme l’année dernière, la première épreuve est prévue à Mussidan. Le parcours est parfait (128 km !), l’organisation sympathique et compétente, pourtant cela va être un fiasco. A cela 2 raisons : mauvais temps ! Mauvais temps d’abord car contrairement à l’année dernière la pluie est de la partie et on sait ce que cela avait donné, il y a 2 ans. Mauvais temps ensuite car, en les découvrants (les temps), les officiels de la FFM font 2 remarques : 1 – avec plus de cinq cents pilotes engagés les derniers vont finir de nuit. 2 – ces temps établis par Bourden sont sensiblement identiques à ceux de l’année dernière qui s’étaient avérés trop large. Ils décident donc d’enlever 10 mn par CH ! ! Un officiel aurait même dit « Bourden, ce n’est pas un canon... » (sic ! !) Résultat : malgré un délai de mise hors course doublé, 10 inters et 20 nationaux à l’arrivée ! Dans cette hécatombe, toutes les marques ont donné. KTM : Queirel, Faucher, Grossier, Cadoret (serrage – le carbu Lectron est mis en cause). BPS : Lloret, Meiller et Mathieu (serrage – rodage insuffisant), Fouchet (boite). Hercules : Richard (embiellage), Malet (chute), Lemagne (moyeu arrière), Puech (serrage). Ossa : Samofal Michel et Costes (chaîne), Vernier et Samofal Nicolas (compression), Villemin (boite). Maïco : Schell (chaîne). Les survivants ? Delavault qui gagne devant A. Francru et Blanc-Tailleur. En 125 Fleurence devant G. Francru mais pour les deux 125, il était temps que ça se termine : le piston de Fleurence n’était pas en meilleur état que celui de ses coéquipiers et l’Husky semblait avoir des problèmes de clapets. En national, victoire de Craeye devant Bourden (celui qui n’est pas un canon !) et Daniel Savonnet (175 KTM). Dans cette débâcle un 50cc ralliera l’arrivée ! C’est le tout jeune Yannick Dalmas sur Fantic (futur pilote de F1 et plusieurs fois vainqueur des 24 heures du Mans).

Tout le monde attends la deuxième épreuve en Auvergne (Cros) pour se refaire. On note au départ de la course la présence de Gilles Desheulles sur une Honda MR 175. Moto réservé au marché américain (ancêtre des XR). Malheureusement, même avec toute son expérience, le MCA se fera aussi piéger par les éléments. Les fortes pluies s’ajoutent à la fonte des neiges qu’elles provoquent. Tous les ruisseaux de la région débordent, envahissant les chemins et submergeant les ponts. On ne comptera plus les pilotes emportés par les flots ou noyés dans des trous insondables. A cela s’ajoute un kilométrage trop important entre les ravitaillements et seuls les plus débrouillards ou prévoyants passeront sans tomber en panne sèche. Seront surtout pénalisé BPS (Mathieu, Vialars et Fouchet) et Portal (Barbara, Lagarrigue et Bourden qui repartira). Nicolas Samofal tombe aussi en panne d’essence mais croise Ramade (père de l’officiel KTM) qui se promène avec un jerrican. Il lui donnera de quoi repartir en échange de 300 pts de pénalités (il est commissaire) ! ! Coutard (revenu faire un coup d’enduro sur une 370 Frontera) et Vernier boivent la tasse mais repartent. Alain Francru abandonne (patte de frein arrière arrachée) tout comme Faucher (grippé) et Richard (épuisé par sa 250 Hercules survitaminé). Seul 4 inters passeront à l’heure en ce 1er jour : Huguet, Queirel, Delavault et Fleurence et seront classé ex aequo : les chronométreurs FFM étaient en train de déjeuner pendant la spéciale des inters et n’ont pas pris leurs temps ! ! ! Le second jour Huguet se perdra laissant à Audouard le soin de ramener la seule BPS (et encore il cassera sa chaîne en spéciale). Au final Queirel s’impose devant Fleurence (1er 125) et Delavault. 11 inters seulement à l’arrivée ce n’est pas beaucoup mais 9 nationaux c’est carrément la Bérézina ! Là aussi domination des KTM avec leurs deux jeunes missiles Cadoret devant Grossier. En troisième position on trouve Christophe Royer (250 Hercules). En critérium courageuse 9ème place pour Odile Malosse (la maman de Laurent, le GO du Brioude Classic Revival) juste derrière Jean-Pierre Domergue (l’ex président du MC Lozérien organisateur des ISDE 88).

Heureusement la 3ème manche disputé sous le soleil Troyen avec une organisation parfaite va permettre à de nombreux concurrents de retrouver le plaisir de rentrer sa moto au parc après 2 jours de course et d’être classé, ca qui le sourire à tout le monde. Il y aura tout de même quelques grimaces. Chez KTM d’abord où les problèmes de carburateur ont fait à nouveau des dégâts. Cadoret et Queirel ont serré et la moto de Fleurence a des problèmes de carburation. Après Mussidan où toutes les KTM officielles avaient serré, on avait accusé l’équilibre des moteurs qui en vibrant auraient provoqué une émulsion dans la cuve des carburateurs Lectron. Effectivement leur équilibrage avait semblé résoudre le problème à Cros mais à Troyes il est réapparu. Ce carburateur sans gicleur et à la cuve transparente n’a pas l’air facile à régler. Autres grimaces chez G. Francru qui casse son moteur ainsi que chez une quarantaine de concurrents qui ont manqué un contrôle tampon et se retrouvent exclus. Parmi eux Faucher, Grossier, Fouchet, Costes, Galland. Seules victimes du second jour Huguet qui casse sa boite en vue de l’arrivée (alors qu’il était en lutte pour la victoire) et Chirouze qui se mange un sapin à fond de six. Il est évacué en hélicoptère et reprendra connaissance à l’hôpital. Meiller, quant à lui, se perd et prend quelques minutes. Au final Queirel (peu gêné finalement par son serrage) gagne après une belle bagarre avec Vernier. Suivent Nicolas Samofal (lui aussi en lutte avec les premiers avant de chuter), Philippe Ramade et Daniel Delavault. En 125, victoire de Marcel Malet (Hercules). Chez les nationaux c’est Pascal Villemin (175 Ossa), enfin épargné par la mécanique, qui s’impose devant le local Jean-Pierre Moreau (250 KTM) et Denis Audouard (250 BPS). La première 125 (Pascal Autelin – Maïco) est seulement 21ème scratch !

Pour la 3ème manche on se retrouve à Mende. Il y a quelques nouvelles têtes comme le crossman Patrick Drobecq engagé par Seurat sur une 360 Husqvarna CR. L’épreuve va se jouer dès le samedi matin par ce qui aurait pu n’être qu’une anecdote mais qui va sceller le sort de la saison. Les organisateurs, dans le but de limiter l’attente au contrôle technique, ont donné à chaque participant une heure de passage pour la mise en parc fermé (une pénalisation de 50 pts est prévue pour retard). Le but est atteint et tout le monde respecte la consigne sauf l’équipe KTM qui, ayant décidé de faire la grasse matinée, présente les motos avec ¾ d’heure de retard sur l’horaire fixé. Tous leurs pilotes partent donc avec un handicap de 50 pts. Il aura peu d’incidence au soir du premier jour. Vernier et Samofal, plus rapides que Queirel en spéciale, sont en tête. Ils précèdent Delavault, Queirel, Lloret (1er 125), Drobecq et Reynaud. Chez les nationaux, le provisoire donne Fouchet, Villemin, Craeye et Cadoret. Couru sous un temps clément et avec les temps A, la journée s’est jouée dans les 2 spéciales banderolées pour la majorité des pilotes mais le moindre ennui était fatal. En seront victimes G. Francru (crevaison), Huguet (câble de gaz), Richard (perte du carton de pointage), Royer (casse moteur), Dalmas (poignée de gaz + bougie). Pour le 2ème jour les temps A sont conservés. Les minutes vont tomber aussi drues que la pluie qui va accompagner les pilotes toute la journée et modifier radicalement le classement de la veille. Le rythme est infernal et les hommes comme les machines souffrent. Drobecq rate un chemin et s’explose dans un ravin. Lloret s’abîme également en chutant. Queirel et Delavault s’accrochent. Dans le choc la boite de la Ossa est endommagé. Pour ne pas perdre de temps supplémentaire (Queirel l’ayant laissé passé) Delavault se précipite au départ de la spéciale et part sous le nez d’Alain Francru. Celui ci furieux, s’élance le couteau entre les dents et ... se répand 100 m plus loin s’abîmant la jambe et une dent ! Coté mécanique, Fouchet perd son carbu et grille nombres de bougies, Grossier casse sa chaîne, Verlé (125 Fantic – leader provisoire 125 national) le tendeur de chaîne, Samofal la boite. Beaucoup de crevaison sur les rochers saillants pour Vernier, Delavault, Ramade. Queirel verra ses amortisseurs se bloquer en vue de l’arrivée. Finalement Vernier l’emporte avec 36,8 pts d’avance sur Queirel (qui aurait donc gagné sans sa pénalité de départ). Chez les nationaux, victoire de Patrick Craeye devant Cadoret et Bourden. Gautier (Fantic) reste en tête des 50cc malgré 17 minutes de retard au départ suite à une panne d’oreiller ! Bel exploit de Dalmas (4ème) qui a poussé son Fantic sur les 6 derniers km pour finir. Le soir même Queirel dépose réclamation pour non-conformité de la pénalité avec l’annexe K (le règlement de l’enduro). L’affaire Queirel commence ! Le 28 mai la commission trial-enduro (dont Queirel fait parti) se réuni et vote l’annulation de la pénalité par 6 voix contre une (Caro sûrement ?), ce qui donne la victoire à Queirel. Aussitôt Bernard Alle (président du moto-club Lozérien et futur président de la commission enduro de la FFM) proteste et demande l’arbitrage du comité directeur arguant du fait qu’à Troyes (club de Queirel) la même pénalité de 50 pts avait été appliqué à 2 pilotes pour les même raisons. Ce comité confirmera la levée de la pénalité. La réaction ne se fait pas attendre. Seurat (Ossa – Husqvarna), Boudet (BPS), Portal et Caro (Hercules) décident de retirer leurs équipes officielles du championnat. C’est la grève !

Et effectivement, à l’épreuve suivante à Champagnac le Vieux (dans les environs de Brioude) le plateau inter est bien maigrichon. Seul le team KTM est là. Les camions BPS ont fait le déplacement mais seulement pour présenter les nouvelles BPS RSGS à moteur Rotax. Malgré une spéciale type ligne entre les sapins et les ravins et une arrivée dans un « bourbier spectacle » de mauvais goût, cette bucolique manche auvergnate ravira les amateurs qui se contrefichent de cette guerre d’importateurs. Philippe Ramade profite de l’erreur de Queirel, qui se perd et prend 4 minutes, pour gagner sa première course à domicile. En 125 victoire d’un autre local : J.G. Meiller, semi-officiel BPS qui étrennait le nouveau modèle devant Fleurence. Dernier classé chez les inters, le journaliste Alain Kuligowski sur un trail qui montre que sa dénomination « Enduro » n’est pas usurpé : La Yamaha DTMX. En national, à nouveau Craeye devant Cadoret. Parmi les débutants (critériums) on note à la 21ème place un certain Marc Moralès sur KTM !

Pour le 6ème round on retrouve la Bretagne à Locunolé. Seulement 150 engagés à cause des critériums qui ne sont pas acceptés (pour ne pas créer de bouchon sur ce circuit étroit et tortueux) et des seulement 7 inters présents ! Heureusement il reste les nationaux et après une belle bagarre c’est Christophe Royer (250 Hercules) qui s’impose devant Cadoret et Bourden. En inter Queirel gagne sans concurrence et coiffe d’or et déjà la couronne. Sont également déjà titrés Fleurence (KTM – 125 inter), Cadoret (KTM – 125 national et junior), Christophe Feret (50 BPS – 50 national) et Daniel Savonnet (KTM – 175 national) un privé du moto-club Troyen aidé indirectement par Royal Moto comme plusieurs pilotes de ce club. La fin du championnat sera tout aussi pitoyable. La dernière manche, prévue à Iffendic sera annulé et le classement 250 national qui devait se jouer entre Craeye (KTM), Bourden (Portal) et Royer (Hercules) aurait du en rester là. Une dernière pirouette de la FFM donnera le titre à Bourden en déclassant Craeye de toutes les épreuves. Ils ont attendu la fin du championnat pour s’apercevoir que celui ci était un ancien inter de cross et n’avait donc pas le droit de marquer des points en national ! ! ! Après cette saison catastrophique, l’enduro est mourant. Heureusement, après l’élaboration d’un règlement laissant moins de place aux interprétations diverses, les importateurs (qui sont bien conscient des répercutions néfastes sur leur chiffre d’affaire de la grève) vont revenir à de meilleurs sentiments.

En 1978

Le renouveau – Et pourtant tout ne commence pas les meilleurs cieux. La première épreuve se déroule sur l’île d’Oléron, normalement recouverte de mimosas en fleur en cette saison. Las, c’est sous la neige que va se courir cet enduro des mimosas ! Quinze ans que les vieux marins n’avaient pas vus ça !

Article du site : http://enduretro.free.fr/

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