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Vision de paix, par Matthieu Bernard

Publié le 28 août 2009 par Roman Bernard
Vision de paix, par Matthieu BernardParmi les multiples étymologies proposées pour le nom de la ville de Jérusalem, l'une d'entre elles se base sur la racine hébraïque du verbe voir, si bien que l'on peut traduire « vision de paix » : de retour de plusieurs semaines à Jérusalem et autres lieux, je livre ici quelques impressions, qui trouvent quelque écho dans l'actualité internationale de ces derniers jours.
La construction par Israël du fameux mur de séparation, appelé par les uns « mur de sécurité », par les autres « mur de la honte », a suscité une émotion - que l'on peut comprendre - et rencontre encore une vive opposition. Mais il y a à mon sens un double écueil à se focaliser sur cette question du mur : d'une part, ne regarder que le symptôme sans remonter à ses causes plus profondes ; d'autre part, attribuer d'emblée le mauvais rôle à Israël (les Francais sont assez spontanément « pro-palestiniens ») et s'interdire ainsi de prendre la mesure de la complexité de la situation.
La situation est complexe en effet. Risquons une réflexion provocante : la construction du mur, suscitée par la « seconde Intifada » de l'automne 2000, a permis (avec d'autres mesures) de stopper la vague d'attentats qui avaient fait fuir pèlerins et touristes, avec des conséquences économiques dramatiques pour des villes arabes telles que Bethléem. À certains égards il se pourrait donc que le mur serve des intérêts palestiniens... Inversement, du côté israélien, les voix qui s'opposent à l'existence de ce mur sont celles des « ultras » qui reprochent au gouvernement de capituler devant les Palestiniens, voyant là une renonciation de facto de la part d'Israël à ce qui se trouve au delà du mur.
C'est pourquoi il me semble que le mur est plutôt à regarder comme un symptôme et un symbole. Symptôme de deux facteurs plus profonds et qui compromettent plus gravement les espoirs de paix au Proche-Orient.
Le premier est le développement des colonies israéliennes au-delà de la fameuse « ligne verte » (frontière de 1967), si bien que le mur serpente entre les villages pour inclure ces colonies ne laissant aux Palestiniens qu'un territoire en gruyère (et assez dépourvu en réserves d'eaux) ; c'est ce que semble avoir compris l'administration américaine en faisant porter l'accent dans ses discussions avec Israël sur la question des colonies.
Le second facteur, c'est l'existence du terrorisme palestinien (et l'exemple désastreux de Gaza qui est de nature à échauder les volontés israéliennes même les plus généreuses) ; on ne peut évidemment pas tolérer que le terrorisme puisse être considéré comme un moyen de l'action politique. Notons en outre, au passage, que la mythologie selon laquelle les Palestiniens combattraient pour récupérer un territoire qui serait le leur depuis la nuit des temps est franchement simpliste, dans la mesure où les derniers siècles ont vu se succéder en Palestine occupation ottomane et protectorat britannique. On notera que la récente intervention du « Premier ministre » de l'Autorité palestinienne représente un signe encourageant, dans la mesure où il s'écarte des éternels discours de revendication et des jérémiades pour proposer quelques linéaments de ce que pourrait être une véritable action visant au développement économique de cette région.
Mais, s'il est un symptôme, le mur est aussi un symbole - au sens le plus fort de ce terme. À savoir, symbole des nombreuses divisions qui traversent cette région. Divisions entre Juifs et Palestiniens, c'est entendu, mais aussi entre Juifs (les désaccords sont nombreux entre les différents réseaux de la société israélienne) et entre Palestiniens (divisions entre le Hamas et le Fatah, mais même au sein de ce dernier).
En fait, il n'est qu'à remonter l'histoire de cette région pour voir combien elle est une sorte de cicatrice toujours à vif témoignant de la difficulté de la paix. On notera que le roi David avait fait de Jérusalem la capitale de son royaume dans le but d'unir les tribus du Nord et du Sud : cette unité nationale sera de courte durée. Plus tard, un mur dans le Temple, déjà, séparait le parvis des gentils de la zone accessible aux seuls Juifs.
C'est aux prophètes qu'il reviendra de rappeler sans cesse la vocation spirituelle de Jérusalem comme ville de la paix ; le texte le plus caractéristique est le suivant, que l'on trouve à la fois dans le livre d'Isaïe et dans le livre de Michée :
Il arrivera dans l'avenir
que la montagne du temple du Seigneur
sera placée à la tête des montagnes
et dominera les collines.
Toutes les nations afflueront vers elle,
des peuples nombreux se mettront en marche,
et ils diront :
« Venez, montons à la montagne du Seigneur,
au temple du Dieu de Jacob.
Il nous enseignera ses chemins
et nous suivrons ses sentiers.
Car c'est de Sion que vient la Loi,
de Jérusalem la parole du Seigneur. »
Il sera le juge des nations,
l'arbitre de la multitude des peuples.
De leurs épées ils forgeront des socs de charrue,
et de leurs lances, des faucilles.
On ne lèvera plus l'épée nation contre nation,
on ne s'entraînera plus pour la guerre.
Venez, famille de Jacob,
marchons à la lumière du Seigneur.
(Is 2,2-5; traduction liturgique (c) AELF ; cf: Mi 4;1-3)

À quoi le psalmiste fait écho :
Appelez le bonheur sur Jérusalem :
Paix à ceux qui t’aiment !
Que la paix règne dans tes murs,
le bonheur dans tes palais !

(Ps 121,6-7)

C'est dire, à mon sens, que les efforts de paix, aussi louables et nécessaires soient-ils, ne pourront prendre toute leur mesure - prophétique - qu'à condition d'honorer ce que j'appelle la vocation spirituelle de cette terre, vocation que l'on peut déjà pressentir dans ce que disait encore Isaïe : « Ma maison s'appellera "Maison de prière pour tous les peuples" » (Is 56,7, cité par Jésus notamment en Mc 11,17).
Matthieu Bernard
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