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Des mutilations sexuelle féminines

Publié le 29 août 2009 par Juval @valerieCG

Les mutilations sexuelles féminines concernent 100 à 140 millions de femmes dans le monde.
Elles sont pratiquées dans l’ouest, l’est et le nord-est de l’Afrique, dans certains pays d’Asie et au Moyen-orient, ainsi que dans certaines communautés d’immigrants en Amérique du Nord et en Europe.

Il en existe différents types
La clitoridectomie : ablation partielle ou totale du clitoris et, plus rarement, du prépuce également.
• Excision : ablation partielle ou totale du clitoris et des petites lèvres, avec ou sans excision des grandes lèvres.
• Infibulation : rétrécissement de l’orifice vaginal par la création d’une fermeture, réalisée en cousant et en repositionnant les lèvres intérieures, et parfois extérieures, avec ou sans ablation du clitoris.
• Autres : toutes les autres interventions néfastes au niveau des organes génitaux féminins à des fins non médicales, par exemple, piquer, percer, inciser, racler et cautériser les organes génitaux
.

Pourquoi exciser ?
- La raison la plus évoquée est celle du respect de la tradition.
C’est notre culture et nous la chérissons. Ceux qui y sont opposés doivent respecter nos droits traditionnels“, a déclaré Agnés Suuto, une membre de 42 ans de l’ethnie Sabiny dans la région de Kapchorwa de l’est de l’Ouganda.
La majorité des peuples ou personnes qui excisent n’ont pas de raisons tangibles à donner face à cet acte. Il est surtout dit qu’on doit respecter la tradition, que cela a toujours été ainsi et qu’il faut continuer.
C’est pourquoi d’ailleurs la lutte contre l’excision est si difficile, tant elle est ancrée dans les populations la pratiquant.

- Pour intégrer la femme dans sa communauté
Si on ne le faisait pas à une fille, ses camarades refusaient de parler avec elles. Les gens ne l’impliquaient pas dans la vie adulte. Lorsque j’ai rejoint ma famille conjugale je n’étais pas du tout excisée. A la naissance de mon premier bébé, j’ai moi-même demandée aux gens de m’exciser en tant qu’adulte“, Adama Seck, présidente du groupe des femmes du village de Samba Dia.
L’excision est un acte servant à intégrer l’enfant fille à la communauté à laquelle elle appartient ; cela ne signifie évidemment pas qu’il est positif ; mais l’exemple d’Adama Seck nous montre l’importance du groupe au détriment de l’individu ; Adama se fait exciser, acte qu’elle n’approuve pas, parce qu’elle tient à rester dans sa famille et à partager les activités communes. De nombreuses autres familles, tout en connaissant les conséquences de l’excision, la pratiquent juste pour que leur enfant soit intégré.

- Certains considèrent que le frein du pénis est la partie féminine de l’homme et le clitoris la partie masculine de la femme. On circoncit et on excise pour créer de “vrais” hommes et de “vraies” femmes.

- Dans certaines communautés du Nigeria, on croit qu’à l’accouchement si le bébé touche le clitoris, il mourra.

- Pour les Bena Lulua (ethnie du Congo), l’excision se justifie par le mythe des vagins dentés. Le clitoris serait la dernière dent à supprimer.

- Les bambaras pensent que le clitoris est un dard qui peut blesser voire tuer le mari.

- Chez les Soninké du Mali, c’est pour contrôler le désir sexuel des femmes.

- Chez les Masaï et les Kisii du Kenya, on pense qu’une femme non excisée sera hantée par les esprits des ancêtres.

Pourquoi chercher à comprendre ?

- Amnesty international dans certains documents compara l’excision à la torture.
Comment expliquer à une mère africaine qui aime sa fille, lui souhaite une vie heureuse, qu’elle l’a “torturée”, “mutilée” ? Ce genre de termes suscita incompréhension chez les familles exciseuses qui se sentirent insultées par ces propos et surtout, n’arrêtèrent pas d’exciser.

L’acte d’exciser permet pour tous les peuples le pratiquant de faire rentrer les filles dans la communauté des femmes. Si on supprime cet acte, il convient d’étudier ce qui va se passer. On l’a vu dans un des exemples au dessus, une enfant non excisée est mise à part, considérée comme pestiférée. Il est donc nécessaire de détricoter tout le système de pensée créant l’excision afin que son arrêt n’ait pas des conséquences aussi dramatiques que l’acte d’exciser.

Une reflexion de Flashou sur un autre sujet prend ici tout son sens  : “Ce que m’a appris l’enseignement a des adultes, et que ses derniers ne peuvent cultiver des habitudes pérennes et efficaces que s’ils comprennent le pourquoi du comment. Il faut donner du sens et laisser germer en eux la démarche.”

Comment lutter ?

- Dans certains pays ou l’on interdit l’excision en la punissant fermement, les femmes qui n’étaient plus excisées étaient expulsées du village. Elle finissaient seules, mendiant ou se prostituant.
- on a également tenté de comprendre ce que représentait l’excision. Par exemple si elle s’insérait dans un rite de passage à l’âge adulte, on tentait de conserver le rite tout en supprimant l’excision.

L’ONG Tostan a, elle, pratiqué des méthodes qui ont connu un succès notable.
Tostan est une ONG fondée en 1991 au Sénégal ; elle contribue au renforcement des capacités des communautés pour un développement durable dans le respect des droits humains. Les participants du programme deviennent les acteurs de leur propre développement grâce aux compétences acquises dans de multiples domaines : droits humains, démocratie, santé, hygiène, alphabétisation, gestion, comptabilité et micro-finance.

L’action de Tostan déboucha le 31 juillet 1997 à une déclaration publique du village Malicounda Bambara pour l’abandon de l’excision et des mariages pércoces/forcés. Le 14 février 1998 a marqué la première Déclaration Publique impliquant plusieurs villages dur le même sujet.

Je faisais ca en cachette quand le gouvernement a voté la loi. Mais quand j’ai commencé à suivre les classes Tostan et qu’on m’a expliqué les causes qui sont là dedans, j’ai décidé à laisser. Parce que le gouvernement m’a dit de laisser mais il ne m’a pas dit dans quel but je dois laisser“, Siré Sane ancienne exciseuse d’Oulampane.

Le lien n’était, par exemple, pas toujours fait entre la mort d’une enfant nouvellement excisée ou d’une femme en couches plusieurs années après l’avoir été. Tostan, en travaillant avec la population sur des notions d’hygiène, d’anatomie a permis aux populations concernées de faire le lien. Il leur semblait également important de ne pas considérer les peuples exciseurs comme des barbares attardées. Il semble superflu de le préciser mais les peuples qui excisent aiment leurs enfants. Ils n’excisent pas pour assurer une vie sans plaisir sexuel, se soldant souvent par une septicémie à plus ou moins long terme. L’actin de Tostan, qui a permis aux exciseurs eux-mêmes de comprendre les conséquence de l’excision, a vu de villages entiers, puis des ethnies abandonner eux-mêmes cette pratique.
Même si l’interdiction de l’excision est evidemment une chose nécessaire, il l’est tout autant de faire comprendre aux peuples exciseurs pourquoi l’on interdit, en quoi l’excision est néfaste.
En clair, une pratique s’abandonne rapidement quand c’est la population elle même qui décide de le faire ; c’est evidemment plus long qu’une interdiction pure et simple, mais beaucoup plus efficace.

Ici une émission de TV monde sur l’excision (avec l’interview d’une membre de Tostan).
Ici une interview du docteur Foldes, un chirurgien urologue qui a trouvé une méthode permettant de reconstruire le clitoris. Cette intervention est remboursée par la sécurité sociale en France et maintenant pratiquée par plusieurs hôpitaux.


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