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De l’enfant roi à l’enfant tyran

Publié le 30 août 2009 par Perceval
(Didier Pleux, Odile Jacob, 2002, 286 p., 22,50 €. )

(Didier Pleux est docteur en psychologie du développement, psychologue clinicien et directeur de l’Institut de thérapie cognitive. Il est l’auteur de « Peut mieux faire » : remotiver son enfant à l’école. )

Martine Fournier (www.scienceshumaines.com)

Ils dictent leur loi à la maison, que ce soit pour leurs propres activités ou celles de la famille. Ils posent souvent des problèmes à l’école, trouvant que ce qu’on y fait « est nul » et contestent les loisirs organisés pour la même raison. Ils manipulent leur entourage par des manoeuvres et des menaces, ils culpabilisent leurs parents en les mettant dos à dos… Mais qui sont donc ces petits monstres ? Les avatars de « l’enfant-roi », sacré par le retournement de valeurs au tournant de 1968, selon Didier Pleux.

Précisons d’emblée que l’auteur ne fait preuve d’aucune nostalgie pour l’éducation d’antan, où l’enfant n’était vu que comme un adulte potentiel, destiné à se couler docilement dans le monde des adultes. D’ailleurs, explique-t-il, le syndrome « Thénardier » existe toujours pour certains d’entre eux…

Mais le sujet qui l’occupe est ici tout autre. Il décrit avec minutie et force exemples - l’auteur est psychologue clinicien - ces enfants tyrans qui ont pris le pouvoir dans certaines familles contemporaines depuis que la « doltoïsation » a fait son oeuvre dans la société : ces parents impuissants et souvent inconscients de se faire manipuler et ces enfants, souvent plus intelligents que la moyenne (sans être « surdoués » pour autant bien que certains parents s’accrochent à cette hypothèse), et dont les comportements sont en fait la manifestation d’une souffrance.

Selon D. Pleux, l’omnipotence recherchée par l’enfant tyran est une manière de se protéger de toute frustration. Mais sa quête le conduit souvent à commettre des violences et des destructions. De plus, l’omnipotence ne permet pas d’intégrer les contraintes et prépare sans doute à de plus grandes souffrances au fur et à mesure qu’il devra se confronter au monde.

Dans la dernière partie de son ouvrage, l’auteur invite les parents (auxquels ce livre s’adresse) à « retrouver la bonne autorité », à savoir dire non à bon escient car « intégrer la frustration », c’est « accepter le principe de réalité ». Son discours, bien étayé psychologiquement, rejoint, il faut bien le dire, celui de nombreux éducateurs. Pourtant, qui aujourd’hui s’érigerait contre le fait que nos chers bambins et nos grands ados méritent tout l’amour qu’il est possible ? C’est justement là que ce livre est utile : en montrant l’espace ténu qui sépare un petit roi un peu trop gâté d’un « bourreau domestique » n’ayant comme objectif que la satisfaction de son plaisir immédiat, mais aussi insatiable…

…………

Le débat n’est pas cependant pas aussi nouveau qu’il y paraît. Platon prévenait déjà “(…) lorsque les maîtres tremblent devant leur élèves et préfèrent les flatter (…) alors c’est là en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie”. Certes les moeurs ont évolué et la structure de la famille avec elles. Divorces, remariages, recompositions, l’enfant s’impose de plus en plus comme l’élément fédérateur de la famille quand l’espérance de vie du couple est aléatoire. Les parents culpabilisent et l’enfant devient un enjeu affectif. Il est alors facile pour ce dernier de jouer de cette corde sensible. Dès les premiers mois, le tout-petit cherche à satisfaire son “Moi”, les autres n’existent que pour satisfaire ses besoins, il fait alors l’expérience de sa toute puissance. Entre 2-3 ans et 8-9 ans, l’enfant échafaude des stratégies pour asseoir sa volonté. La prise de pouvoir est progressive mais inéluctable si l’enfant ne rencontre pas de résistances.

Enfant tyran, le coup d’Etat permanent

“L’enfant tyran ne se définit pas par la gravité de ses actes, mais par la multitude de petits acquis quotidiens au détriment de l’autorité de l’adulte” assure Didier Pleux. Les parents capitulent et deviennent des “collaborateurs” croyant acheter ainsi acheter une paix précaire au prix de renoncements successifs. Ils mettent en place des stratégies d’évitement et ne s’aventurent plus à  demander quoique ce soit à leur enfant à moins d’être certain de la réponse. De l’enfant gâté à l’enfant roi, et de l’enfant roi à l’enfant tyran les étapes se franchissent très rapidement et chaque renonciation de la part des parents ne fait que préparer le terrain pour un nouvel abandon.

Tout l’art du tyran en herbe consiste à se présenter comme une victime, à provoquer les adultes et installer une ambiance pesante et stressante. Face aux personnes extérieures à la famille, les parents cherchent à l’excuser en vantant la maturité de leur enfant et son tempérament bien trempé, un atout dans un monde qui ne fait pas de cadeau

1969, 2009, parmi les choses qui ont changé!

enfant-roi

L’Education Nationale est un pilier majeur, une fondation essentielle de la République. Elle est aussi, pour l’élève, l’apprentissage de la limite, nécessaire à toute vie en société.

Nous sommes trop souvent confrontés à certaines dérives: intérieures à la famille: absence d’autorité et de hiérarchie, absence de limites dans le comportement, le vêtement et la parole, enfants rois, absence de repères que se soit pour les repas, le sommeil et le travail. Plus généralement le problème du rapport à tout ancrage normatif.

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