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Paso Doble n°148 : Choc des civilisations

Publié le 31 août 2009 par Toreador

Qui connaît Edgar Morin ? Désormais tout le monde !

Ses thuriféraires, comme mon ami kiwizien Aurélien, doivent se sentir comblés. Le Modem lui tourne autour comme la vérole sur le bas-clergé. Et Nicolas Sarkozy et Martine Aubry se sont tous les deux, à quasiment neuf mois d’intervalle, emparé du concept de “politique de civilisation” forgé par le penseur. Il y a de quoi s’interroger : quel disciple suit le mieux le maître ?

Ordre Juste et vieilles dentelles

On s’en souvient : Nicolas Sarkozy avait, le 8 janvier, commenté la formule, apparue dans son discours du 31 décembre. La politique de civilisation, ce n’est «pas une formule de circonstance mais une conviction et un engagement fort». La politique, avait-il asséné, doit être animée par le souci d’un idéal humain. «La politique de civilisation c’est la politique de la vie». Elle est nécessaire «quand il faut rétablir des normes, des critères, des repères».

Je ne suis pas un grand connaisseur de la pensée de Morin, mais j’en avais grosso-modo retenu que, pour Sarkozy, la politique de civilisation était avant tout une politique civilisatrice, remettre une boussole dans les rapports sociaux. Un certain retour de “l’Ordre moral” avec de l’aspartame au lieu du sucre. Bon, évidemment, ma modeste intelligence ne saurait synthétiser dans toute sa finesse la nuance du discours du 8/01 mais c’était “l’esprit”.

Elle changeait la vie

Aux Universités d’été de la Rochelle, Martine Aubry, elle, a préféré le terme “d’offensive de civilisation”. Elle a donné cependant à ce concept une nature plus programmatique et plus systémique : “ C’est refuser sa fatalité ! Comment en sortir ? Devant une crise aussi globale, mes camarades, nous le savons, il ne suffira pas pour la gauche de proposer quelques adaptations ou de mieux gérer, c’est le système tout entier qu’il faut changer.

Nous devons conduire une offensive de civilisation, transformant profondément notre façon de produire, de redistribuer, de consommer mais aussi de vivre ensemble. Oui, au cœur ce choix de civilisation, se trouve le nouveau modèle de développement économique, social et durable que nous devons construire. (…) Il s’agit d’élaborer ensemble notre « new deal » pour le monde d’après. Avec une idée centrale, qui secoue nos habitudes et nos certitudes : nous savons maintenant que l’abondance ne rend pas mécaniquement la vie meilleure”.

Pour être honnête, Aubry ne faisait que répondre à un appel du pied lancé par Morin, assez désorienté que ses concepts soient utilisés par la droite : “Si la reprise du thème de la ‘politique de civilisation’ pouvait éveiller l’intérêt, notamment de la gauche, non pour l’expression mais pour le fond, ce ne serait que souhaitable.” avait déclaré le philosophe. Reste à définir s’il y a une alternative au capitalisme.

Les Héritiers

Alors, qui a raison ? La Bruyère ou Marx ? Les deux, mon général. En effet, je suis allé relire quelques interviews d’Edgar Morin. Il y dit notamment “ une politique de civilisation est une politique qui devrait restaurer les solidarités et les responsabilités, et qui par là-même aurait un aspect moral. On ne peut pas l’écarter. Ce qui est dangereux, c’est quand on pense à la vertu, et à la formule de Robespierre qui disait qu’il fallait unir la vertu à la terreur”.

De l’autre, il affirme “La technique et l’économie aujourd’hui concourent à la dégradation de la biosphère, et à tous les problèmes écologiques que nous rencontrons aujourd’hui. Je dis aussi que partout où les biens matériels ont été apportés à une partie de la population, ils n’ont pas apporté un véritable bien-être psychologique et moral, et qu’il y a malaise chez ceux qui connaissent le bien-être“.

Chaque famille politique a filtré Morin au tamis de ses propres affinités idéologiques. La Droite, aiguillonnée par Guaino, a retenu le retour des valeurs, et la Gauche la critique du modèle de société. Personnellement, c’est l’interprétation de Martine Aubry que je trouve la plus audacieuse, car elle est plus consistante.

Je suis persuadé que la revitalisation des campagnes, la modification de la relation de l’homme à son espace (trajets, tourisme, consommation d’énergie, etc…) et la refonte du modèle de consommation capitaliste sont essentiels pour préparer l’avenir. En 2100, un voyage de 5h en avion sera un luxe, lorsque l’essence aura quasiment disparu. Faire venir des fraises d’Espagne sera un non sens. Les notions d’hinterland naturels et de proximité reviendront à la mode.

La bonne nouvelle, c’est donc que la Gauche a remis du fond - un peu de fond - dans sa dialectique post-marxiste.


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