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C’était mieux avant

Publié le 01 septembre 2009 par Juval @valerieCG

Avant toute chose, cette video n’a rien à voir - et je vous en ai déjà peut être parlé - mais je vous conseille de la regarder. J’en ferai un résumé à l’occasion.

S’il est un concept qui a la vie dure dans le féminisme, c’est bien l’idée du matriarcat originel.

L’idée n’est pas nouvelle. On la retrouve essentiellement chez les évolutionnistes du 19eme comme par exemple Morgan et Engels.
L’évolutionnisme est un courant de l’anthropologie né dans la seconde moitié du 19eme qui présuppose que l’espèce humaine ne connait qu’un type d’évolution qui le conduit du modèle primitif jusqu’à celui de civilisé. Il est donc, fort évidemment, ethnocentriste. (en aparté, le discours de Dakar de Sarkozy est un discours très influencé par l’évolutionnisme).

creationisme
(non ça n’a rien à voir mais c’est drôle).

Dans ce contexte, va être théorisée l’idée d’un matriarcat originel.
Lewis Henry Morgan établit différents stades d’évolution ; la sauvagerie, la barbarie et la civilisation. Le stade moyen de l’état sauvage serait, selon lui, caractérisé par le matriarcat. Mais le stade ultime, nommé “civilisation” doit bien être, selon lui, patriarcal.
Morgan a fait peu d’études de terrain ; il a essentiellement étudié des données déjà collectées chez les iroquois, ou fait remplir de questionnaires par des missions évangéliques ou des colonies établies sur place dont on peut contester la validité scientifique.
Ses travaux inspirèrent très fortement Friedrich Engels dans L’origine de la famille de la propriété privée et de l’État en 1884. Pour Engels, d’une société de “droit maternel” on était donc passé à une société patriarcale dans laquelle les femmes sont devenues de simples instruments de procréation, au service des hommes. En fait la domestication du bétail avait posé les bases de la propriété privée et c’est dans ce contexte que serait apparu le patriarcat. Engels n’a fait aucune étude de terrain, a confondu sociétés matriarcales et matrilinéaires (filiation par la mère). Godelier et Héritier ont de plus montré qu’il existe des sociétés où la propriété privée n’existe pas et qui, sont pour autant, patriarcales.
Johann Jakob Bachofen publie en 1860 Das Muterrecht. Par la lecture du droit romain et des mythes grecs, il conclut à une sorte d’âge d’or, où les femmes lassés des excès masculins, ont pris le pouvoir aux hommes et établirent une gynécocratie. A leur tour, les excès des femmes, entrainèrent le passage vers le patriarcat où la religion de la terre-mère fut remplacée par le culte des dieux célestes. Encore une fois, l’étude des mythes n’a jamais remplacé les études de terrain et les travaux de Bachofen ont amplement été contredits au cours des années.

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(j’ai cherché plus laid, je n’ai pas trouvé).

Un certain féminisme anthropologique des années 70 s’est largement inspiré de ces auteurs. Ce courant ne faisait que répondre à un courant qui avait complètement “oublié” l’étude des femmes dans ses travaux ou partait du principe que le patriarcat était un invariant culturel, quasi naturel.
Marcel Mauss, 1981 : “Notre sociologique sur ce point est très inférieure à ce qu’elle devrait être. On peut dire à nos étudiants surtout à celles et ceux qui pourraient faire des observations sur le terrain, que nous n’avons fait que de la sociologie des hommes, et non pas la sociologie des femmes, ou des deux sexes.”

Au sujet des théories précédemment évoquées Nicole-Claude Mathieu dit “L’ethnologie occidentale a dans son ensemble abandonné cette idée d’une évolution linéaire , pour se centrer au contraire sur l’extrême diversité des sociétés, leur spécificité historique et identifier éventuellement des types de structures sociales aux fins de comparaisons“. Elle rajoute à propos du matriarcat primitif “rien ne permet de reconstituer à coup sûr les structures sociales de la préhistoire” et termine “et enfin il se trouve que nombre de sociétés étudiées par l’ethnologie n’ont pas attendu nos évolutionnistes pour élaborer elles-mêmes des mythes d’un matriarcat primitif. “Dans les temps anciens, les femmes avaient le pouvoir… “, mais elles l’utilisaient mal, alors les hommes le leur ont repris. Or, il est bien connu en ethnologie que tous ces mythes, au vu du fonctionnement des sociétés traditionnelles qui les produisent, sont une pure justification du pouvoir actuel et réel des hommes sur les femmes.

Claudine Cohen dans La femme des origines a le mêmes réticences sur ce matriarcat originel  : “Cautionner le mythe de la déesse préhistorique, indique Claudine Cohen, c’est pérenniser en la divinisant l’image éternelle de la femme définie par sa passivité et sa fécondité, laissant au héros mâle le privilège de l’individualité et de l’action.” ainsi que Françoise Héritier qui considère le matriarcat originel comme un mythe.


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