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Punitions : faire confiance aux professeurs

Publié le 01 septembre 2009 par Soseducation

Si les textes règlementaires sont précis lorsqu’il s’agit de proscrire des punitions - la circulaire du 11 juillet 2000, par exemple, interdit les lignes à recopier et le zéro de conduite -, ils sont lacunaires dès qu’il s’agit de donner aux professeurs des moyens matériels d’assurer leur autorité.

Des circulaires officielles ne ressortent que cinq types de punitions que le professeur peut souverainement prononcer (sans recours au conseil de discipline) :

  • 1) l’inscription sur le carnet de correspondance ;
  • 2) l’excuse orale ou écrite ;
  • 3) le devoir supplémentaire (assorti ou non d’une retenue) ;
  • 4) l’exclusion ponctuelle du cours ;
  • 5) et enfin la retenue pour faire un devoir ou un exercice non fait dans les délais.

Les deux premières ne relèvent pas de la punition à proprement parler : l’inscription sur le carnet de correspondance n’est qu’une communication à destination des parents de l’élève, tandis que l’excuse orale ou écrite constitue simplement la politesse élémentaire d’une personne ayant été prise en faute.

Il reste donc trois types de punitions véritables. C’est bien peu si l’on prend en considération la recrudescence des actes de violence, et l’indiscipline chronique qui gangrène des milliers d’établissements.

Mais c’est également dérisoire au regard de l’immense palette de sanctions qui ont existé et que les enseignants ont utilisées depuis les débuts de l’école.

La plupart seraient aujourd’hui impensables : le bonnet d’âne, coller sur le dos de l’élève sa dictée corrigée en rouge pendant la récréation, ficeler sur leur chaise les enfants remuants, coller du scotch sur les lèvres des bavards, leur imposer de tenir un stylo entre les lèvres, sans utiliser les dents… sans oublier les célèbrissimes coups de règles sur les doigts. Et ne parlons pas des châtiments corporels : mettre un élève à genoux sur une règle, le fesser avec une canne (spécialité anglaise)…

Il est vrai que plusieurs études récentes ont démontré que les séquelles psychiques longtemps attribuées à ces pénibles punitions (la fessée rendrait dépressif ; le bonnet d’âne fabriquerait des impuissants…) ne semblent pas avoir de base scientifique1.

Néanmoins, même en excluant toutes celles-là, la palette des punitions qui seraient aujourd’hui politiquement acceptables dans les écoles reste très riche. Et on ne voit pas au nom de quoi l’administration cherche à priver les professeurs de s’en servir. (Le « bien-être » des enfants est un alibi commode ; il n’est pas sûr que les écoliers d’aujourd’hui n’aient pas perdu au change, avec la violence et l’indiscipline dont ils sont victimes et dont les séquelles à long terme sont, pour le coup, aussi graves qu’incontestables).

Il est possible de regrouper les punitions en quatre catégories, comme l’a fait le chercheur Eirick Prairat dans son livre La Sanction, petites méditations à l’usage des éducateurs (1997) :

  • la punition-expiation, qui doit être pénible, pour faire prendre conscience à l’auteur de l’infraction qu’il a fait quelque chose de mal,
  • la punition-signe, qui fait honte à son destinataire, ce qui est la meilleure des dissuasions,
  • la punition-exercice, qui vise à corriger le défaut d’assiduité (retards, absences), d’activité (inattention, négligence, manque de zèle), de discipline (impolitesse, désobéissance), de tenue (attitudes incorrectes, gestes non conformes, malpropreté), de décence…
  • la punition-bannissement, qui exclut d’un lieu ou assigne à un lieu.

Au titre de la punition-expiation, on peut citer par exemple le « mauvais point », qui serait l’envers du « bon point ». L’un comme l’autre pourraient d’ailleurs donner lieu à une note de comportement indépendante des notes prises en compte dans la moyenne de la matière.

Certains enseignants trouvaient pratiques autrefois de faire faire des pompes aux élèves agités, ce qui était vécu par eux comme une punition pénible, sans pour autant tomber dans le châtiment corporel, et qui avait l’avantage de leur faire faire de l’exercice.

La punition-signe, autrefois symbolisée par le « bonnet d’âne », est sans doute la plus délicate à mettre en place. Il ne s’agit ni de ressusciter le bonnet d’âne, ni de revenir aux châtiments humiliants comme la fessée, la gifle ou le tirage d’oreille ou de cheveux.

En revanche, il peut être tout à fait humain d’afficher, dans la cour de l’école, là où cela sera visible de tous, un tableau avec la liste des élèves sanctionnés, liste mentionnant les actes commis ainsi que les sanctions infligées.

La punition-exercice est la seule que prévoient les textes : retenue pour faire un devoir ou un exercice non fait dans les délais, devoir supplémentaire (assorti ou non d’une retenue). Il ne s’agit, en fait, que de tâches purement éducatives, et donc gratifiantes pour l’élève.

Il ne s’agit donc pas de punitions pénibles, qui auraient plus de chances de dissuader l’élève de recommencer à être indiscipliné : lignes à copier ou verbe à conjuguer, ce qui implique de modifier les dispositions réglementaires les interdisant, copie du règlement intérieur de l’établissement, une ou plusieurs fois.

Il peut aussi s’agir de tâches d’intérêt général, dont la visibilité publique est propice à faire réfléchir à deux fois l’élève perturbateur : ramasser les feuilles mortes dans la cour, nettoyer les sanitaires, collecter les ordures dans les couloirs et la cour, réparer le matériel s’il y a eu dégradation, etc.

Enfin, la punition-bannissement, théoriquement interdite, est utile à l’élève pour qu’il prenne conscience de l’importance de la vie en groupe et des règles à y respecter : priver l’élève de récréation, l’exclure du cours dans le couloir, le mettre au coin, éventuellement avec les mains sur la tête, lui faire faire des tours de la cour en courant, sont quelques-unes des mesures d’isolement propres à faire changer l’élève d’attitude.


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