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Edito : La guerre économique en fiction

Publié le 01 septembre 2009 par Infoguerre

La fin des vacances est une période idéale pour revenir sur des sujets de loisirs. La deuxième saison de la série Reporters diffusée sur Canal + lors du premier semestre 2009 est une des premières tentatives de mettre en image une histoire en dix épisodes construite autour d’un scenario de guerre économique. Dans le passé, la productrice Frédérique Dumas, actuelle PDG de la filiale cinéma d’Orange, avait tenté de finaliser un projet de long métrage fondé sur la narration du dessous des cartes des affrontements économiques. Après un an et demi de tentative d’écriture d’un scénario articulé autour d’une documentation très fournie, elle renonça à son projet. Cet échec marquait une fois de plus l’incapacité du cinéma français à sortir des sentiers battus du film d’espionnage traditionnel. Dans ce domaine, il existait un créneau d’autant plus intéressant qu’Hollywood n’a pas réussi de scenarii transcendantaux. Contrairement aux films sur la guerre froide immortalisée par « Le troisième homme » et les centaines de films qui ont suivi, le cinéma américain n’a pas su ou voulu traiter la question de la guerre économique. Il s’est cantonné à renouveler le genre en recyclant le film d’aventure à partir du thème de la lutte contre le terrorisme ou contre les narcotrafiquants asiatiques puis sud-américains. Comment expliquer un tel blocage lorsqu’on sait que les Etats-Unis sont un des pays les plus actifs dans les affrontements économiques en tout genre.

Certes, il y eut quelques exceptions à la règle comme le film Soleil Levant en 1993, adaptation d’un livre de Michael Crichton qui décrit les méthodes très offensives de certaines multinationales nipponnes pour pénétrer le marché américain. Chaque chapitre de ce thriller était d’ailleurs construit à partir de notes très sérieuses qui n’avaient rien à voir la trame d’un roman classique. Les arguments exposés dans le livre soulignaient les manœuvres de concurrence déloyale et les stratégies d’influence menées par les « envahisseurs nippons ». Il correspondait à l’époque, c’est-à-dire à la réaction nationaliste américaine contre la réussite commerciale du Japon (25% du marché intérieur de l’automobile acquise par les fabricants japonais, soit la première grande défaite industrielle des Etats-Unis depuis leur victoire de 1945). Les images télévisées d’ouvriers de Detroit en train de casser des automobiles japonaises à coups de masse ont symbolisé ce front du refus qui a atteint Hollywood le temps d’un film. Mais un tel produit cinématographique est resté rare sur le marché.

Le déclin du Japon provoqué par la crise financière asiatique sous l’ère Clinton a mis une fin provisoire à ce type de cinéma. Les Américains n’avaient aucun intérêt à dévoiler leurs points forts en matière de guerre économique. C’est ce qui explique partiellement la faible créativité américaine en matière de fiction. Le créneau est donc ouvert. Et c’est tout le mérite du scénariste principal de la série Reporters, Olivier Kohn, d’avoir osé se lancer dans une telle aventure plutôt réussie. Pour une fois, la fiction dépasse très largement la réalité. Comment imaginer un homme politique français en charge de Matignon oser défier la première puissance mondiale dans le cadre d’une compétition dans le monde aéronautique. L’intrigue principale de cette série est construite autour de la mort suspecte d’un général français travaillant pour la DGSE. Les trois derniers épisodes mettent en scène une structure clandestine au service de l’économie française. Sans être caricaturale, elle palie un manque que les services officiels, empêtrés dans le passif géopolitique de la lutte contre le communisme, n’ont pas su combler. Il est si rare de voir un homme politique oser venger un des nôtres par une action assumée, risquée et pertinente.

On est loin des rengaines sur la raison d’Etat, sur les rentes de situation des humanistes postmodernes ou archaïques. La vie est un combat permanent. La série Reporters a le mérite d’en montrer tous les aspects, y compris dans les médias, ce qui est d’autant plus remarquable. Le dernier épisode signé Sorj Chalandon, un ancien journaliste de Libération proche jadis du mouvement maoïste La Gauche Prolétarienne, comporte certaines clés que les esprits avertis sauront apprécier à leur juste mesure. Espérons que cette première expérience ne s’arrêtera pas en si bon chemin. La fiction française, cinéma comme télévision, peut fabriquer des histoires que nos amis américains ne peuvent pas raconter sous peine de s’affaiblir. L’avantage est au faible, à lui d’en profiter. Et comme le disent en grimaçant certains personnages de la raison d’Etat à l’invitation du Premier ministre : «  merci Christian ! »

Marc Elhias


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