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Par Peggoche
ConseilLe site du jour, c'est celui des Margaret Sanger Papers qui se donne pour mission extrêmement louable de publier in extenso les écrits de Margaret Sanger, afin de cesser de distribuer des points Godwin à tout va.
Pour ceux qui ne le savent pas, Margaret Sanger est une des pionnières du contrôle des naissances et fondatrice du planning familial. Numéro 6 sur 11 enfants, Margaret Sanger passe sa jeunesse dans l’État de New York, prend soin de ses frères et soeurs, dans une ambiance assez proche de la vie catholiques du Sens de la Vie des Monty Python pour qui every sperm is sacred et s’éveille à l’idée que, peut-être, un autre destin est possible en dehors de la reproduction automatique – peut-être aussi parce que sa mère, ayant subi 18 grossesses (dont 7 fausses couches), meurt prématurément de la tuberculose et d’un cancer de l’utérus.
En 1912, elle rédige dans les colonnes du journal socialiste New York Call une tribune intitulée « What Every Girl Should Know », qui deviendra ensuite « le petit livre bleu », premier manuel d’éducation sexuelle et d’information procréative et contraceptive à destination des adolescentes américaines. En 1915, elle est victime de la loi Comstock1 et passe un mois en prison pour avoir envoyé par la poste une copie du livre Family Limitation2. En 1916, Sanger, pour qui « nulle femme ne peut se dire libre tant qu’elle ne possède et ne contrôle pas son corps, tant qu’elle ne décide pas, consciemment, d’être ou de ne pas être mère », ouvre la première clinique de planning familial à Brooklyn. Mais un peu plus d’une semaine après l’inauguration, elle se fait arrêter avec sa sœur, sur dénonciation d’une femme, agent de Comstock, s’étant fait passer pour une mère de famille ayant besoin de contraceptifs.
Ce second emprisonnement soulève l’opinion et crée autour de Margaret Sanger un élan de solidarité. Le mouvement du planning familial commence à attirer des mécènes fortunés, les recrues se font plus nombreuses et l’organisation gagne en précision et en efficacité. Les tribunaux se montrent alors de plus en plus tolérants. Un juge, obligé par la loi à condamner une femme ayant volé des contraceptifs pour éviter de tomber encore enceinte d’un mari tuberculeux, fera même ce commentaire : « Je pense que nous vivons une époque d’obscurantisme. Plus tard cette période nous semblera aussi dépassée que la préhistoire. »3 En 1923, la Cour d’appel de New York lève l’interdiction faite aux médecins de prescrire des contraceptifs : Margaret Sanger ouvre, en toute légalité, un centre de planning familial sous l’égide de femmes médecins. Elle continuera ensuite son combat pour l’autodétermination des femmes, en dehors de toute autorité d’Église, d’État, « contre le silence des autorités médicales, contre toute la machinerie des institutions mortes du passé ».
Pour Sanger, le combat pour le libre choix de se reproduire ou non est inséré dans un discours eugéniste, positiviste et progressiste, propre à son époque : « Quand la maternité sera le fruit d’un besoin profond et non le résultat de l’ignorance ou d’un accident, les enfants qui en seront issus viendront fonder une nouvelle race. »4 Youhouuuuuuuu !
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1Anthony Comstock, fondateur de la Société pour la Suppression du Vice, basée à New York, fut à l’origine d’un ensemble de lois portant son nom, votées par le Congrès américain le 3 mars 1873 : « Quiconque dans le District of Columbia ou sur n’importe quel territoires des États-Unis vend, propose à la vente, loue, donne, de quelconque manière à en faire l’exhibition, ou qui publie, propose à la publication de quelque manière que ce soit, ou possède, pour n’importe quelle raison ou n’importe quelles raisons, un livre obscène, un pamphlet, une feuille écrite, une publicité, une circulaire, un imprimé, une image, un dessin ou n’importe quelle autre représentation, un schéma, une image, sur du papier ou n’importe quel autre matériel, un instrument de toute sorte, ou d’autres articles de nature immorale, toute drogue ou tout médicament, ou n’importe quel autre article visant à empêcher la conception ou provoquer un avortement illégal, ou qui fait de la publicité pour ce genre de matériel afin de le vendre, ou qui écrit ou imprime, ou entraîne l’écriture ou l’impression, de toute carte, circulaire, livre, pamphlet, publicité ou notice de n’importe quel type, mentionnant quand, où, comment, ou pour qui, ou par quels moyens, tout article sus-mentionné peut être acheté, ou obtenu, ou fabriqué, dessiné ou imprimé, ou d’une quelconque façon de faire ces articles, sera déclaré coupable du délit dont il pourra être condamné dans tout tribunal des États-Unis, sera emprisonné et condamné à des travaux forcés pour 6 mois au moins et 5 ans pas plus au titre de chaque offense et devra payer 100 $ au moins, 2 000 $ au plus, en sus des coûts du jugement. » Si l’interdiction des contraceptifs a été jugée anticonstitutionnelle en 1936, de nombreuses parties de ce « Comstock Act » sont encore aujourd’hui en vigueur dans de très nombreuses régions des États-Unis.

2 http://archive.lib.msu.edu/DMC/AmRad/familylimitations.pdf

3 Emma Goldmann, Épopée d’une anarchiste, citée in Caroline Fourest, Foi contre Choix, la droite religieuse et le mouvement Prolife aux États-Unis, Golias 2001.

4 http://womenshistory.about.com/od/quotes/a/margaret_sanger.htm


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