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Pourquoi une reprise durable sera longue à venir

Publié le 31 août 2009 par Objectifliberte

Desproges - je sais, ça n'a rien à voir avec la note mais je ne savais plus comment l'illustrer Chroniques du pessimisme ordinaire

J'ai déjà évoqué ce que je pensais de l'avenir à moyen terme de l'économie américaine, et des éventuelles retombées que cela pourrait avoir en Europe. Mais chez nous ?

Dans l’océan de chiffres contradictoires censés nous annoncer soit une reprise durable, soit un nouveau repli des économies occidentales dans les mois à venir, il est bien difficile de s’y retrouver. Au-delà des fluctuations de court terme autour des tendances longues, qui se traduisent aujourd’hui par une volatilité assez importante des marchés boursiers, (+43%, environ 1100 points, en moins de deux trimestres après une chute libre de 2000 points sur les 7 mois précédents ! ), y a-t-il des raisons de croire à une reprise réelle de l’économie à moyen et long terme ? Une reprise suffisante pour commencer à résorber le chômage ?

Pour ce qui est de la France, voici quelques éléments qui retiennent mon attention :

1) investissement en berne : entendu sur BFM lundi 31/8 : Investissements des entreprises en baisse de 23% sur 2009 (prévision).

C’était prévisible, puisque le krach financier de fin 2008 annonçait clairement une tension sur le marché du crédit bancaire aux entreprises, et ce malgré les bons offices du père fouettard du Crédit Faciledu gouvernement, René Ricol.

Toute la question est de savoir si l’investissement peut repartir en 2010, et ce dans des proportions suffisantes  pour résorber la destruction de postes de travail rencontrée depuis 2008. Or, tout porte à croire que la réponse est négative.

2)  Fonds propres en berne : en effet, le niveau de fonds propres des entreprises françaises de plus de 10M de chiffre d’affaire est tombé à 40% (c’est en moyenne 10% de moins que leurs homologues allemandes, par exemple). Cela veut dire que les résultats des entreprises sont mauvais et que leurs fonds propres tendent à se dégrader, alors que la France est déjà réputée pour la sous-capitalisation générale de ses entreprises.

Ceci ne laisse rien augurer de bon quant à leur capacité d’augmenter significativement leurs investissements dans les années à venir.

Or, une grande partie de la sortie de crise dépend de la capacité des entreprises, existantes ou nouvelles, à investir, pour proposer des offres supérieurement attrayantes pour les consommateurs dans un contexte ou ceux-ci doivent s’adapter à un contexte plus incertain et à une réduction globale de la monnaie en circulation du fait de la restriction du crédit (sauf à ce que les interventions intempestives des banques centrales n’en arrivent à renverser cette tendance déflationniste). Les entreprises doivent donc arriver à proposer des produits soit beaucoup plus innovants, soit nettement moins chers que la génération précédente, voire les deux, pour que « l’envie » soit plus forte que l’attentisme et la  peur.

A ce sujet, la réaction des marchés automobiles aux fins des opérations ruineuses de primes à la casse gouvernementales lancées un peu partout dans le monde sera intéressante à suivre : l’automobile traditionnelle (moteur à explosion) paraît engagée dans une fin de cycle que seules des innovations majeures (véhicules très low cost, hybrides meilleur marché, électriques ayant résolu ses problèmes d’autonomie ou de prix de revient, etc...) pourraient renverser.

Un niveau de fonds propres faibles, couplé à une propension légitime des banques à resserrer leur offre de crédits aux entreprises présentant de mauvais ratio dettes/FP, rend difficile pour nos entreprises  de réaliser le niveau d’investissements nécessaire pour créer suffisamment de ces nouveaux produits.

3) Capitaux "étouffés" par l'état : Or, la politique de l’état va à l’encontre d’un renforcement des fonds propres des entreprises existantes, ou de la vitalité du marché des capitaux pour les entreprises naissantes, qui n’a jamais été notre point fort :

- d’ une part, la dette publique, en 5 ans, va passer, selon les projections en cours, qui me paraissent déjà indûment "optimistes", de 65 à 95% du PIB, et tous les pays de la zone Euro (et les autres) suivent ce mouvement. Cela signifie qu’une masse considérable d’épargne qui aurait pu se décaler vers des investissements plus risqués faute de choix, va pouvoir se réfugier dans les produits obligataires étatiques supposément sûrs (ce qui restera à prouver à terme). Dans un contexte de deleveraging généralisé, voilà qui pourrait assécher durablement le marché des capitaux et crédits accessibles aux entreprises dites « de croissance »
- Notre gouvernement semble poursuivre à marche forcée un "agenda carbone" économiquement tout à fait délirant, et ce de façon unilatérale, quand bien même aucun accord international ne serait conclu. Un certain nombre d’entreprises particulièrement touchées par la taxe Carbone devraient délocaliser, et les perspectives d’augmentation de cette taxe dans le futur seront un facteur supplémentaire de localisation des investissements "ailleurs".
- Les annonces tonitruantes concernant le renforcement de la répression fiscale des hauts revenus, qu’il s’agisse des menaces sur 3 000 détenteurs de comptes en Suisse ou de la rémunération des Traders, des Bonus, et autres revenus élevés susceptibles de créer un vivier d’investisseurs potentiels, ne favoriseront pas la prise de risque en France. Les annonces du PS à La Rochelle montrent que l'opposition n'a toujours pas plus compris les ressorts de l'économie que la majorité. Pitoyable paysage politique que le nôtre, en vérité...
- Il faudra bien réduire les déficits abyssaux créés à la fois par la crise et les plans de relance. Le secteur public dans son ensemble ne pourra pas indéfiniment dépenser 6 euros pour 5 encaissés en impôts. Une hausse des taux d'imposition impôts est hélas absolument inévitable, sauf à ce que le gouvernement ait le courage politique d’annoncer environ 100 milliards de coupes budgétaires, ce qui ne pourra pas se faire sans licenciements secs dans la fonction publique. Or, le courage politique n’est pas précisément la qualité la plus visible du gouvernement actuel, pas plus que des gouvernements passés d’ailleurs, même si parfois notre président essaie de faire semblant d’être un grand réformateur.


Inutile de dire qu’une telle hausse de la fiscalité, qui portera sûrement en grande partie sur la fiscalité marginale (taxer les "riches" rapporte peu mais est politiquement plus porteur qu’élargir les assiettes fiscales vers le bas), n’a aucune chance de provoquer un boom des investissements à long terme des entreprises…

Si vous pensez que les problèmes que nous créons sont fâcheux, attendez d'avoir vu nos solutions !

4) Et maintenant, les mauvaises nouvelles : Pour peu que les pulsions protectionnistes de l’administration Obama et de certains gouvernements européens, à commencer par notre président, se concrétisent, par exemple sous des prétextes carbonifères, alors une source importante de gains de productivité, l’optimisation des allocations de ressources au niveau mondial, sera étranglée. Mais on peut toujours se dire que le pire n’est jamais totalement certain.

Ce qu'il faudrait faire

Comme je l'ai dit par le passé, et comme le dit l'Adam Smith Institute aujourd'hui (excellent rapport PDF), meilleure chose à faire aujourd'hui serait de couper très fortement les taux d'impositions des entreprises et marginaux sur les gains individuels, et  de financer ces coupes par des baisses drastiques de dépenses publiques. Sans oublier de réduire les distorsions fiscales qui aujourd'hui favorisent l'endettement sur la formation de capital.

Enfin un peu d'optimisme...

A très long terme, je reste optimiste : l’accélération du progrès scientifique et des ruptures technologiques que je pressens très fortes dans des domaines tels que l’énergie électrique, le génie agricole, les nanotechs, les hydrocarbures de synthèse, voire peut être l'hydrogène, et sans doutes quelques autres secteurs qui ont échappé à mon radar, produiront de tels gains de productivité que nous en subiront tôt ou tard des retombées bénéfiques, quelle que soit l’ineptie des gouvernements, qui ne peut que retarder de quelques années ce mouvement salvateur. Mais évidemment, un pays, voire un continent, qui a promu le principe de précaution au rang de ses dogmes directeurs, risque de voir les fruits de cette vague de progrès lui échapper en grande partie...

Tout ceci ne sera réalité, bien sûr, que si le substrat politique de l’occident reste fondé sur une couche de libertés fondamentales suffisantes (malgré leur inquiétante altération actuelle), et que les soubresauts actuels n’entraîne pas l’émergence d’un monde à nouveau soumis à la progression des régimes autoritaires, dont la propension à ralentir le progrès technologique et à entrer en conflit avec leurs voisins ne s'est hélas jamais démentie au cours de l'histoire.

... Mais ça ne pouvait pas durer !

Mais attention, si la technologie peut permettre aux économies de triompher de politiques économiques à l'opposé du souhaitable, elle peut aussi rendre supportable des régimes qui n'auraient pas été viables à l'époque où la médiocrité institutionnelle collectiviste était synonyme de famine. Je copie colle ce que j'écrivais en décembre 2007 (Ob'lib', le blog écolo, le blog qui recycle !):

En 1623, la faiblesse des technologies accessibles aux cultivateurs de nouvelle Angleterre condamnait la collectivisation à la faillite rapide, ce qui força tout naturellement l’Amérique à faire le choix d’une société fondée sur la liberté, l'entreprise et la propriété privées.

A l'opposé, au XXème siècle, lorsque les expériences collectivistes furent imposées à de nombreuses populations, les technologies accessibles à ces régimes, malgré le retard d’investissement que les pays communistes accumulaient au fil du temps, leur permirent d’éviter les famines extrêmes, sauf, naturellement, lorsque les dirigeants communistes s’en servirent comme d’une arme de répression de la paysannerie insoumise. Le communisme mit donc bien plus longtemps à s’effondrer, car les fragments de technologies péniblement copiés à l’ouest permettaient aux régimes communistes de reculer le "seuil de douleur" qui aurait rendu les soulèvements massifs inévitables.

Les libéraux ne doivent donc pas croire que la bête immonde est morte à cause de ses échecs et crimes du passé : plus le progrès technologique - qui nait de la compétition des entreprises dans un monde libéral - ira croissant, plus les gens  pourront avoir l’impression que le collectivisme, rampant ou déclaré, n’est pas un facteur de misère insurmontable. Si nous venions à négliger de combattre les idées communistes avec détermination, si la mémoire du passé se brouillait à l'excès, alors nous serions, plus que les générations passées, vulnérables face à de nouvelles tentatives d'asservissement.

Plus que jamais, la liberté sera notre unique salvatrice. Plus que jamais une société de liberté doit être défendue, alors que la crise actuelle la rend particulièrement vulnérable aux attaques des politiciens les plus interventionnistes et avides de pouvoir.

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