Magazine

Lettres à Georges - Veza et Elias Canetti

Publié le 29 août 2009 par Ivredelivres

Lettres à Georges - Veza et Elias Canetti - Traduit de l’allemand par Claire de Oliveira - Editions Albin Michel
lettres à georges.gifJ’aime les correspondances et celle-ci m’a intrigué en raison de la personnalité des protagonistes.
Il importe donc de présenter ces trois personnages :
A tout seigneur tout honneur Elias Canetti, écrivain, auteur d’ Auto-da-fé, philosophe et Prix Nobel de littérature. Il est né en Bulgarie, dans une famille juive sépharade, l’Autriche puis l’Angleterre seront ses terres d’accueil.
Son épouse Venetiana Taubner-Calderon écrivain elle même et traductrice, elle est l’auteur de la majorité des lettres de cette correspondance, elle a épousé Elias Canetti, pour obtenir le statut "d’apatride" ce qui la mettait à l’abri d’une expulsion vers la Yougoslavie son pays d’origine, mais elle est éperdument amoureuse de Georges son beau-frère, amour impossible car Georges Canetti, naturalisé français, médecin-chercheur reconnu pour sa lutte contre la tuberculose dont il est lui-même victime, est homosexuel et ne répondra jamais à l’amour de sa belle-soeur.
vezacanetti.jpgCette correspondance à trois personnages s’étale entre 1933 et 1948 pour l’essentiel. Elle a été retrouvé dans la cave de Jacques Canetti (Nissim) le dernier frère, l’impresario de Piaf, Brassens ou Brel ! Correspondance amputée de moitié car si Georges à conservé les lettres de Veza et d’Elias, ses réponses ont été détruites.
Les blancs provoqués ainsi amplifient le côté secret de ces échanges mais n’empêchent pas de sentir les sentiments profonds qui unissent ces trois êtres.
Ce qui m’a le plus touché c’est la force et la fragilité de cette femme, épouse tiraillée entre un mari brillant qu’elle admire et qu’elle aime, auquel elle est reconnaissante mais dont elle a du mal a supporter les crises de paranoïa et les maîtresses "sa poule a été logée et nourrie chez moi" dit-elle à Georges et son amour impossible pour son beau-frère.
Ses sentiments pour Georges sont sans espoir, pourtant à aucun moment l’homosexualité n’est clairement évoqué et on peut se demander si Veza en avait connaissance lorsqu’elle se montre jalouse des éventuelles rencontres féminines que Georges pourrait faire ou si inquiète comme peut l’être une femme amoureuse, elle prêche le faux pour savoir le vrai.
georgecanetti.jpgSon amour est fort, indéfectible tout au long des années malgré l’absence de Georges. Les rencontres prévues qui n’ont jamais lieu, les invitations faites mais jamais concrétisées, les projets de venue de Georges à Vienne jamais réalisés, loin de les atténuer, amplifient encore ses sentiments.
Chaque missive commence par des mots d’amour, passant du " Très cher Georges » à « Mon Georges bien-aimé ", le secret gardé sur leurs échanges l’autorise même à passer à des noms plus doux, plus amoureux : Cher chevalier, mon benjamin, cher ennemi, mon adoré...Elle lui confit ses tourments, ses espoirs ou ses lectures.
Mais il ne faut pas se tromper, elle aime Elias Canetti d'un amour quasi maternel, elle l'appelle souvent "le petiot" et elle est le ciment qui maintien unis les deux frères, elles les aiment chacun à leur façon, " Toute ma vie est fondée sur une compréhension et un amour profonds entre vous deux." c’est cet amour qui lui permettra de surmonter les épreuves de la maladie et un tempérament dépressif.
Les quelques lettres d’Elias nous le montre sûr de son talent, assoiffé de réussite et de reconnaissance, obsédé littéralement par l’argent il émaille sa correspondance de demande incessantes, de plaintes, et de subterfuges pour obtenir des subsides des uns ou des autres.
Le génie et le visionnaire apparaissent également, Elias Canetti très tôt pressent les conséquences de l’arrivée au pouvoir d’Hitler qui s'apprête "à poser sa lourde main sur l'Autriche" et le risque d’une nouvelle guerre.
eliascanetti.jpgL’affection qu’il porte à Veza est présente dans ses lettres ainsi que le souci que lui donne la santé de sa femme.
Enfin l’amour indéfectible qu’il porte à son frère par dessus tous les différents qui les séparent "Adieu, mon bien cher Georges, et que ton océan de tendresse ne s'évapore pas trop vite : je me contenterai même d'un restant de sel, pour peu que tu en glisses dans une lettre et m'en envoies souvent. Ton frère Elias, qui ne s'est pas encore remis de la beauté du mot "frère". "
Cette correspondance éclaire d’un jour particulier cette époque de peur et d’incertitude de l’avant-guerre, des difficultés de l’immédiate après-guerre et de l’exil subit.
Je laisserai le mot de la fin à Elias Canetti qui exprime ce qui imbibe toute cette correspondance  "C'est ce sentiment d'amour qui est essentiel, le reste ne compte pas."

Les personnages en photo : successivement Veza, Georges et Elias


Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

  • Dans ma boite aux lettres

    Dans boite lettres

    Hier, j'ai reçu de courrier... Oué ma vie est formidable je sais.Mais ce n'était pas n'importe quel courrier.Non.C'était une carte postale qui me venait de mon... Lire la suite

    Par  Fanny Tizon
    A CLASSER
  • Hanin Elias

    Hanin Elias

    Salut les castors !Petite découverte musicale aujourd'hui. Hanin Elias, c'est la chanteuse du groupe Atari Teenage Riot. Je vais vous parler de sa carrière... Lire la suite

    Par  Beldarak
    A CLASSER
  • Montesquieu, Lettres persanes, Lettre 26

    Terminons la semaine sur un ultime échange de lettres. Mais, cette fois-ci, nous sommes dans la critique sociale avec un extrait des Lettres persanes (1721) de... Lire la suite

    Par  Actualitté
    CULTURE
  • Lettres d’Australie 5 / par Sabine

    Lettres d’Australie Sabine

    Deuxième semaine du voyage d’une popa’a au pays des kangourous. Nous quittons Cairns pour Brisbane en avion. Un bus nous mène à Toowoomba Queensland’s Garden... Lire la suite

    Par  Argoul
    OCÉANIE, RÉGIONS DU MONDE, VOYAGES
  • Georges

    Georges

    . 2 Miam sur 5. Au 6e étage du Centre Georges Pompidou, le Georges des Costes, à la fois dandy et fashion, offre sans aucun doute l’une des plus belles vues... Lire la suite

    Par  Toinard
    CUISINE
  • Anthologie permanente : Georges Perros

    Ces envies de vivre qui me prennent Et cette panique, cette supplication Cette peur de mourir Alors que je n’ai pas encore vécu Et que dans ces moments J’ai ma... Lire la suite

    Par  Florence Trocmé
    CULTURE, LIVRES, POÉSIE
  • Lettres anonymes

    C'est un bouleversement qui s'opère depuis déjà quelques jours, qui va quelque peu nous perturber, du moins au début. Les nouvelles plaques minéralogiques... Lire la suite

    Par  Chroneric
    SOCIÉTÉ

A propos de l’auteur


Ivredelivres 1145 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte