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La république et les maraudeurs

Publié le 11 octobre 2007 par Frednetick

Bêtement je pensais que l’on rémunérait les gens à leur juste niveau. C’est pourtant une vraie nécessité économique que celle de ne pas dépenser plus qu’il ne faut. La productivité horaire d’un individu est donc ce qui devrait baser sa rémunération, mais aussi plus globalement son aptitude professionnelle, non?

Prenons un grand chef d’entreprise par exemple. Disons qu’il est à la tête d’un géant des télécommunications, groupe public en situation de quasi monopole, jusuqe là personne évidemment ne sais de qui je veux parler.

Disons que ce grand groupe, fort rentable par ailleurs, se fourvoit quelque peu dans des acquistions olé olé sur la place de Londres, n’hésitant pas à racheter une entreprise tueuse de casimir pour finalement l’intégrer au sein du groupe. Quand quelques années après l’écrasement lamentable de la bulle internet, le prix de cette acquisition se révèle supérieur à la valeur totale du groupe, on serait en droit de se poser des questions.

Mais comme le financier ne regarde jamais le passé, omnibulé qu’il est par le futur et ses agapes gargantuesques, il ne le voit pas. Pourtant le grand chef d’entreprise se gave bien comme il faut, dans les 2.5 millions d’euros par an histoire d’avoir de quoi mettre un peu de beurre dans les épinards, c’est meilleur avec.

On ne saurait cependant reprocher à ce capitaine d’industrie d’être une pompe à fric éhontée, non, on ne pourrait pas. Car lorsque les trompettes de la renommée républicaine lui font entendre la douce musique du maroquin ministériel, ni une ni deux, il troque ses sompteux émoluments contre la rémunération spartiate de ministre, douze fois moins importante.1

Vivant, vivotant d’amour et d’eau fraîche avec cette maigre soulte, le ministre est à la tête d’un paquet de participations financières de l’Etat, au rang desquelles une participation relativement importante dans une petite succursale, la CDC. La CDC c’est un peu la NSA française, le truc dont ne sait pas trop bien à quoi il correspond, que l’on voudrait bien privatiser lorsque l’on est complètement à l’ouest2 et à qui on peut demander de prêter 2 milliards d’euros à la sécu à 0% histoire qu’elle boucle son mois sans exploser son plafond. Pratique d’autant qu’assez opportunément la CDC est aussi la banque de la sécu, la récipiendaire des fonds d’un paquet de livrets, gestionnaire de la CNRACL3 et depuis peu du Fonds de réserve pour les retraites, principal sovereign fund français doté de 45 milliards d’euros. Pour rigoler, la CDC gère près de 140 milliards d’euros d’actifs, rien moins que le PIB annuel des Emirats arabes unis ou notre amie laNouvelle-zélande.

Un petit “truc” donc pas très important mais qui en général prend ses consignes directement sur les post-it roses du ministre, d’autant que le président de la CDC est nommé en conseil des ministres et se trouve être actuellement l’ancien sécrétaire général adjoint de l’Elysée. Un petit monde n’est-ce pas?

Mais revenons-en à notre rémunération. Un jour la CDC, pour une raison qui défie tout entendement logique et en relative contradiction avec la prudence qui est la sienne, quasi légendaire au sein des zinzins, se met en tête de racheter à un bon pote du futur président un petit paquet d’actions d’un géant industriel qui fait des avions en papiers de 500 passagers, mais à oublié comment on les plie. Le pote du futur président sait que lesdites actions vont se pêter la gueule, vu que ne pas savoir plier des avions en papier4 ça la fout relativement mal pour un plieur d’avions en papier. Il lui faut donc refourguer au plus vite ses morceaux de titres, et il cherche un pigeon.

Par bonheur le pigeon est déjà actionnaire, mais il va falloir débourser près de 600 millions de kopeks dans l’affaire. La CDC a beau être riche, très riche, très très riche, son principal actionnaire est prévenu, normal me direz vous. Les gentils fonctionnaires du gentil actionnaire5 marquent noir sur blanc qu’ils ont un moyen pour que le pote du futur président ne paye pas trop d’impôts et qu’il arrive à fourguer ses actions. La CDC pas conne pour autant provisionne un paquet de tunes parcequ’elle sait aussi qu’elle va prendre un bouillon et qu’il sera pas au poulet.

Le calme sérail des gens importants n’est pourtant pas aussi impénétrable que cela et un jour un vilain juge6 vient mettre son nez là dedans et prononce des vilains mots qui commencent par “délit” et finissent par “d’initiés”.

Le gentil ministre très compétent, mais désormais sur la paille7 nie avoir eu connaissance de ce plan machiavélique, c’est normal c’est un gentil, il ne peu pas mentir.

Et c’est le drame. Car le ministre de l’économie de l’actionnaire principal d’une boite qui s’apprête à payer 600 millions d’euros pour des actions dont le ministre sait8 qu’elles vont fortement dévisser, est au mieux un grand incompétent, au pire un dangereux malade Etatpathe9 .

Charybde et Sylla étaient deux monstres qui se tenaient de part et d’autre du détroit de Messine, et prenaient leur pied - enfin leurs pattes fourchues - à faire chavirer les embarquations.

Monsieur le ministre sur le frêle esquif de son intenable mensonge, ramant tant bien que mal avec le maigre crédit dont il dispose encore, hésite, tournicote et louvoie. Quelque soit le monstre qu’il choisisse finalement, il va sombrer, et la noblesse de son poste avec lui.

Fût un temps où l’on rêvait encore d’une administration menée par des hommes et des femmes qui portaient l’intérêt supérieur de la nation marqué au fer rouge de l’éthique sur leur corps frêles mais musclés.

Désormais les ministres bedonnants servent les intérêts particuliers de grands courtisans, ronds de cuir d’un monde qu’ils côtoient ou jalousent. Elle est belle la République avec ces maraudeurs aux commandes.

  1. n’oubliant pas quand même de vendre ses actions et d’engrenger une copieuse plus value, la morale a quelques belles conséquences parfois [Retour]
  2. Edouard B si tu m’entends !! [Retour]
  3. Caisse de retraite des agents des collectivités locales [Retour]
  4. fussent-ils des avions en papier de 500 passagers [Retour]
  5. comme quoi loes fonctionnaires ne sont pas toujours méchants et incompétents [Retour]
  6. les pires, ils n’ont aucune éducation, à croire qu’ils ne fréquentent pas les rotarys [Retour]
  7. rappellez vous il ne touche que 12.000 maigres euros/mois [Retour]
  8. merci la note de APE - agence des participations de l’état [Retour]
  9. comme un sociopathe mais pour l’Etat [Retour]

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