Magazine Côté Femmes

Critique de Peggy Sastre (ulcère inside)

Par Juval @valerieCG

J’ai donc lu le livre de Peggy Sastre “Ex utero pour en finir avec le féminisme“.
Avant l’hallali, commençons par dire que je partage beaucoup des conclusions de Sastre parce que cela ne va pas vraiment se sentir à la lecture de ma critique.
Ce livre, est, clairement un bouquin de sociobiologie, discipline qui me vaut, à chaque lecture des spasmes intestinaux fort désagréables.
Quel est le problème de la sociobio ?
On est dans un laboratoire et on constate que 1 + 1 = 2. On en conclut que, partout ca sera la même chose. Peu importe que l’environnement soit modifié, que les gènes eux-mêmes, puisqu’il faut en venir là, aient un comportement différent en fonction de l’environnement.
En clair la sociobio prend un fait, un autre fait, et se démmerde pour trouver une corrélation entre les deux. On est donc à l’antithèse de la science.

1. Prostitution et pornographie
S’il est des domaines provoquants, en moins de deux, des engueulades généralisées chez les féministes, ce sont bien ces deux là. Sastre partage mes opinions ; à savoir qu’il faut réglementer la prostitution et que le porno n’est pas en soi sexiste.
Pour autant était-il bien nécessaire de caricaturer les opinions du “camp d’en face” ? Réduire la pensée de Delphy à une vague phrase alors que ses craintes portent surtout sur la libération massive du sexe, qui conduirait les classes pauvres à être encore plus dominées, me semble malhonnête.
De la même façon, il n’est pas juste de prétendre que Manzano ne travaille sur la pornographie que par goût des médias. On pourrait tout autant le reprocher aux Iacub et autres Millet lors de leur pétition pour la libéralisation de la prostitution.
Le débat sur ces deux sujets, entre féministes, a rarement dépassé le fond de la cuvette des chiottes, Sastre fait la même chose.


2. L’antienne chiennes de garde
Dieu sait si au cours des années j’ai pu violemment m’opposer aux chiennes de garde. Mais, à moins de vouloir mettre le féminisme dans le même état que le PS, il n’est peut être pas nécessaire d’exposer sur la place publique ce genre de dissensions. Les traiter d’hystériques me semble une méthode plus que douteuse. Il est d’ailleurs curieux de critiquer les CDG pour leur position sur la couverture de l’obs sur Beauvoir et de citer en annexe un texte de Bourcier qui a les mêmes conclusions.


3. Des connaissances embryonnaires.
car s’il est aisé d’écrire sur des banderoles que l’on de nait pas femme mais qu’on le devient selon le mythe bien connu de la “page blanche”, (…) il est autrement plus difficile de contrer les faits nous démontrant que nous sommes le héritiers des 200 000 générations pré-humaines et humaines nous ayant précédés“.
Si Sastre cite Butler, je doute donc qu’elle ignore ce qu’est le genre. Elle utilise donc comme Badinter une méthode désormais connue ; faire dire aux gens ce qu’ils n’ont jamais dit pour mieux assener LA vérité.
Personne n’a jamais dit que nous n’étions pas héritiers d’une histoire collective. La féminité – puisque c’est bien de cela que parle Beauvoir est le produit d’une construction millénaire. Lorsque Beauvoir prononce cette fameuse phrase, elle entend simplement dire que ce n’est pas l’utérus qui suffit à faire la femme. Pour entrer dans “la communauté des femmes”, il convient de correspondre à certains traits de caractère, d’avoir certains activités, en clair de correspondre à l’idée que se fait des femmes une société à un moment X, idée qui ne nait pas ex nihilo mais de milliers d’années d’histoire collective.
Et cela devrait d’ailleurs rejoindre la réflexion de Sastre, empruntée à Iacub sur le fait de devenir “une non femme”. Pour devenir une non femme, il comprendre ces processus et tenter, individuellement de les modifier (comme le préconise donc Butler).
- le patriarcat. Sastre suivant ainsi Engels et autres évolutionnistes pense que c’est l’agriculture qui a fondé l’avènement du patriarcat ; avant le néolithique nous aurions été en matrilinéarité. Les hommes ignorant le processus conduisant à la grossesse ont voulu contrôler els femmes, détenteurs du pouvoir magique de procréer.
1. Sastre prétend que l’on sait tout cela grâce à des “traces archéologiques” ; lesquelles donc ?
2. Pourquoi faire le choix de contrôler, plutôt que de déifier ? On ne le sait. (ca doit être du à la nature profondément dominatrice de l’homme).
3. C’est également faire fi de toutes les études sur différentes ethnies, qui considèrent que la femme n’a aucun pouvoir dans la grossesse ; elle est tout au plus un réceptacle.
En clair, on ne sait pas comment , quand et pourquoi est né le patriarcat.
En annexe, sont citées différentes femmes dont Rachel Laurent qui dit “L’erreur des féministes, au départ, a été d’instaurer une séparation des sexes ; les premiers meetings du mouvement étaient interdits aux hommes, c’était vraiment une déclaration de guerre“.
C’est faire fi de l’histoire du mouvement féministe. Une importante réflexion féministe nait dans les mouvements socialistes du 19eme qui n’étaient pas du tout non mixtes, que du contraire. Je suppose donc qu’elle parle de certains mouvements des années 70. Replaçons nous dans le contexte ; c’est une époque où pas mal de mouvements révolutionnaires n’ont que Marx et la lutte des classes à la bouche (il suffit d’ailleurs de lire les insultes à propos de Delphy lorsqu’ elle s’avise de faire évoluer la pensée marxiste) ; beaucoup de féministes se voyaient donc expliquer, qu’en clair, on en viendrait à leurs petits problèmes, lorsqu’on aurait réglé le reste, beaucoup plus important. C’était aussi une réaction ; vous nous excluez, on vous exclue. Trente ans après, alors qu’il nous est proprement impossible de comprendre le contexte il me parait facile de critiquer alors que les acquis de ce féminisme là seront toujours supérieurs à nos acquis actuels. Même si, à de très rares exceptions près, je suis contre la non-mixité, il me parait un peu exagéré d’appeler cela “une déclaration de guerre“, surtout que, pas à un seul instant, Laurent se demande si les millénaristes assemblées d’hommes n’en sont pas une, non plus.

3. le viol.

Dans son chapitre sur le viol, Sastre déplore que les féministes aient posé que le viol conduit forcément à un traumatisme. C’est, encore une fois, oublier l’historicité du mouvement féministe et de la lutte contre le viol. Même encore maintenant il n’est pas si rare d’entendre qu’une femme qui a été violée, l’a bien voulu et a aimé.
Mettre en avant les traumatismes que peut causer un viol, permettait de faire comprendre que non, aucune femme ne cherche à être violée, aucune femme n’y prend plaisir. C’est de là qu’est née la pensée qu’à un viol succède forcément un trauma. Pensée certes fausse mais qui ne faisait que contrebalancer les idées d’en face.

Pour Sastre, le viol est un moyen pour l’homme de perpétuer ses gènes, une sorte de stratégie reproductive ; bien évidemment Sastre dit qu’un processus culturel peut contrer cette stratégie biologique.
Elle s’appuie ainsi sur des thèses montrant que l’essentiel des femmes violées sont en âge de procréer et que seulement 15 % des femmes étudiées ont subi “une violence excessive et gratuite” (là j’ai envie de dire que le viol est déjà une violence gratuite mais bon).
C’est donc faire fi de tous les enfants violés, de tous les hommes violés ; passez votre chemin, vous n’entrez pas dans les stats démontrant que le viol sert à une stratégie reproductive. Vous avez ici un lien qui démontre que les thèses sur lesquelles s’appuie Sastre sont fausses ; déjà dans les chiffres. Ici un autre.
S’en suit un passage que je ne peux que vous citer tel quel. “Thornhill et Palmer souhaitent leur [aux hommes] faire comprendre que la sélection darwinienne est à l’œuvre quand ils entrent en érection à la simple vue d’une photo, quand ils se trompent sur les intentions d’une femme ou encore dans la possibilité qu’ils ont à forcer une femme à faire l’amour. Du coté des jeunes filles, elles doivent apprendre quelles ont plus attirantes lors de leur période de fertilité ou encore qu’un homme est prêt à tout pour lire en elles une intention sexuelle. dans ce sens Thornhill et palmer insistent sur le fait qu’un vêtement peut signifier une telle intention le plus facile étant d’éviter toute circonstance menant au viol, les scientifiques soulignent que, si le fait que dans certaines sociétés, les premiers rendez vous qui se font sous l’égide d’un chaperon ou la stricte séparation des hommes et des femmes avant le mariage peuvent nous apparaitre comme des entraves rétrogrades à la liberté de chacun, ces gardes fous préviennent dans les faites, des viols. (…) le viol s’insère ainsi dans l’évolution de la psychologie sexuelle masculine et seule cette compréhension rend effectifs les efforts des sociétés pour réduire le phénomène“. (pp 110-111)
Qu’en dire.
1. Que comme tous les sociobios, cette profession qui mérite à tout le moins le pal, Thornhill et Palmer sont bien ennuyés. Le débat nature/culture est clos depuis longtemps donc trafiquons. Disons que le viol est biologique mais qu’il se contrôle socialement. Distordons les preuves (voir lien au dessus).
2. Les discours qui suit est bain bénit pour les islamistes et autres tarés. Comme l’homme est mu par sa nature, il faut contrôler socialement. Comment ? En évitant de laisser les femmes seules et en les faisant se conduire de façon correcte ; bah oui la nature est cruelle dit Sastre.
3. J’attends avec impatience les explication de Sastre sur les viols intra familiaux. Transmettre ses gènes dans le cadre de la famille, n’est pas la meilleure idée du monde ; que se passe-t- il donc dans la tête de nos partisans de l’inceste. Ont-ils échappé à la sélection darwinienne ?
4. Si je suivais cette théorie, je dirais que les violeurs ont tout intérêt à aller disperser les gènes le plus loin possible afin que leur descendance soit la plus vaste possible. Or, 60% des viols sont pratiqués dans un cercle proche ; les violeurs seraient ils endogames ? c’est idiot en termes d’évolution.


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