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Total freestyle 4

Publié le 07 septembre 2009 par Francisbf

Mon âme de fauve est morte. Déchiquetée par les grandes dents impérialistes de l'immortelle et cruelle maîtresse de mes rêves qu'est la désillusion perpétuelle.

Je ne sais même plus ce que j'écris. J'ai les doigts sur le clavier et je ne contrôle pas grand-chose, le prochain mot qui en sortira risque d'être aussi vide de sens que le slip de Carla Bruni. La preuve. Ca ne veut rien dire. Plus rien ne veut rien dire, et je ne saurais adresser le blâme. Peut-être à mon hoquet. Il me déchire le diaphragme. Si j'essaye de retenir ma respiration, au prochain soubresaut de mes entrailles, j'envoie un demi-litre de glaires pulvérisées sur mon écran. Ca fera loupe sur les pixels.

Et là, c'est de la bile qui remonte. C'est désagréable.

Tout est désagréable, tout n'est que désagréabilité, bile, hoquet, et incapacité à écrire quelque chose qui ait un sens. J'ai envie de goûter l'amertume décalée du liquide céphalique des amphibiens zélés.

Au moins c'est rythmé. Ca sonne. Comme sonnent les cloches à Noël. Faudra penser à acheter des cadeaux avant décembre.

Mais bon, ça ira, j'oublierai.

J'y pense, et puis j'oublie. Là, je voulais réviser mon chinois jusqu'à la leçon trente, je suis arrivé péniblement à la vingt-huit. J'ai réappris à dire « logiciel ». Je ne le dis jamais en français, et je ne parle pas aux chinois, ils me font peur avec leurs cheveux raides. On dirait des Ken. Avec les yeux bridés. Je ne leur en veux pas.

J'aimerais tant voir Schérazade, son éclisse et son grand piston. On jouerait ensemble à caillasser les mouettes à grands coups de citrons. On aurait les doigts qui piquent, après. Et alors, on roulerait des pâtes à tarte, dans la splendeur lactée d'une cuisine vespérale, et on hurlerait à la lune « Pourquoi ? Pourquoi ? », et la lune confiante nous confiera « Parce que », et elle aura raison.

La lune a toujours raison.

Il faut que je fasse un sacrifice. Pour donner du sens à tout ça. Tout ça n'a aucun sens, ça m'apporte juste le soulagement momentané de sentir céder sous mes doigts la chaleur lisse des touches du clavier. C'est presque érotique. J'aime glisser du s au e au r dans les mot glissereserserserser. C'est inutile et c'est bon. Un sacrifice, disais-je. C'est idiot. Je n'ai rien à sacrifier, sinon du temps. Tiens, c'est ce que je fais. Je perds un temps utilisable à des fins purement utiles, telles que réviser jusqu'à la leçon trente, réapprendre ainsi à dire «le diplomate joufflu n'a que faire des lois terrestres et marie sa fille sans honte à des ecclésiastes bornés ». Ou des trucs du genre. Je ne sais plus dire joufflu.

En fait, ça sonne sans doute mieux en français. Je devrais passer l'aspirateur et laver mes draps des antiques sueurs qui l'amidonnent depuis deux mois. Elles ne sont même pas à moi. J'ai sué ailleurs. Dans des draps maintenant lavés. Qui ne se souviennent plus de moi. Ils ne seront pas les seuls. C'est triste, quand on y pense. Heureusement, je n'y pense déjà plus. C'est l'avantage d'écrire au fil du clavier, comme ça, même si ç'a moins de classe qu'au fil de la plume. C'est moins salissant, aussi.

Et les oiseaux en souffrent moins. Je n'aime pas faire souffrir des oiseaux, sauf s'ils l'ont bien cherché. Ca arrive. Beaucoup d'oiseaux sont des sales bêtes, qui n'y regardent pas à deux fois avant de vous foncer dessus alors que vous ne faites que vous approcher pacifiquement de leur île. En plus, ça a l'oeil mauvais, les oiseaux. Surtout les goélands. On sent la cruauté en eux. S'il devait y avoir des animaux zombies mangeurs d'homme, les goélands seraient les premiers. A mon avis, ils attendraient même pas d'être zombifiés. C'est foncièrement mauvais, ces bêtes-là, et on a pas à creuser très loin pour trouver le fond. Façon de parler. Je n'ai jamais creusé dans un goéland.

Et pourtant, j'aime bien creuser. Pas mes réflexions, hein. Jamais su faire ça. Mais avec une pelle, ou une bêche, ou une pioche. Et des chaussures avec une bonne semelle, pour appuyer. Sinon, ça fait mal. Et du coup, on va pas loin. On trouve peu de vers de terre, si on a des mauvaises semelles. Alors que c'est toujours bien, de trouver un ver de terre. On le regarde gigoter dans sa main, pris de convulsions. Puis il tombe par terre. Et on ne sait pas si on doit le recouvrir, est-ce qu'il saura recreuser ou est-ce que ça le noiera ? Ou l'écrasera ? On veut bien faire en le protégeant des goélands zombies, mais si c'est le condamner à mort ? S'il a besoin d'être dans son tunnel pour survivre, pour avoir la place de se tortiller dans le bon sens ?

Je ne sais pas comment marchent les vers de terre. Je ne sais pas non plus comment ils font pour mettre des rayures dans les tubes de dentifrice double action. Je ne sais rien. Sauf dire logiciel en chinois.

C'est toujours ça.


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