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Ne pas confondre rapporteur et délateur

Publié le 08 septembre 2009 par Soseducation

Dans l’imaginaire collectif, le rapporteur a une très mauvaise réputation. Il est assimilé au délateur, celui qui dénonce, à tort, pour des motifs méprisables. Parmi ceux-ci, on peut citer celui de se faire bien voir du professeur au détriment d’un autre élève.

Le rapporteur a grosso modo la même image que le chasseur de primes, popularisé par les westerns de Sergio Leone : un être amoral, guidé moins par l’impératif de justice que son intérêt personnel.

Dans la vie courante, on lui rétorque souvent : « C’est pas bien de rapporter ! », une idée tellement acceptée, qu’elle en est devenue banale, sans savoir ce qu’elle crée comme difficultés.

La langue française comporte d’ailleurs deux termes péjoratifs assimilés au mot « rapporteur », l’un familier (« balance »), l’autre argotique (« poukave »).

Les sites web et les blogs sont truffés d’appels au « signalement » (terme préféré à « dénonciation », trop négativement connoté). L’appel est fait aux internautes d’être vigilants et de réagir en n’hésitant pas à signaler des contenus qu’ils jugeraient répréhensibles. Alors pourquoi, quant il s’agit de l’école, les réactions sont-elles diamétralement opposées ? Pourquoi l’élève qui signale à son professeur une agression devrait-il avoir forcément mauvaise réputation ?

Il est vrai que le problème n’est pas simple. Certains élèves s’ingénient à interrompre le cours pour faire part à leur professeur d’agissements bénins de leurs petits camarades et ainsi régler des comptes entre eux.

Je me souviens par exemple d’une élève, quand j’étais en CE2, perturbant bruyamment la correction individuelle d’un devoir rendu par le professeur, pour signaler qu’une petite camarade était en train de corriger son devoir non pas en vert, la couleur conventionnelle, mais en bleu (et ainsi faire croire qu’elle n’avait pas fait de faute) ! En fait, l’élève « fautive » en question avait tout simplement mis un bouchon bleu sur son stylo vert…

Il convient donc d’être prudent avec les rapporteurs, ne pas prendre pour argent comptant tous leurs propos. Mais vérifier leurs dires et, s’ils s’avèrent qu’ils ont raison, sanctionner l’élève dénoncé.

Si, tout au contraire, ils ont dénoncé un camarade à tort, les sanctionner selon le même barème.

Une fois ce discernement fait, il est à attendre que les fausses dénonciations deviendront rarissimes, mais encore que les violences avérées seront plus systématiquement rapportées.

Le professeur devrait faire comprendre à ses élèves qu’il n’y a rien de mal, au contraire, à leur rapporter, ou à rapporter au CPE ou aux surveillants le moindre acte de violence, même minime. Et cela, dès les premières années d’école.

Car si plus de 80 000 actes de violence graves se produisent chaque année en France, dont des agressions physiques, au sein-même des établissements, c’est parce qu’un terme n’a pas été mis assez tôt à de petits actes de violence, dès l’école maternelle. L’absence de sanction laisse croire que rien n’est grave, que l’enfant peut aller encore plus loin.

La prévention d’actes de violence graves – qui peuvent aller jusqu’au drame – passe nécessairement par l’exercice de la vigilance de chacun. Le professeur doit être attentif à ce que ses élèves lui rapportent les violences, et ces derniers ne doivent pas craindre d’être mal vus parce qu’ils ont dit la vérité.

Comment des lycéens dénonceraient-ils celui de leurs camarades qui a frappé jusqu’au sang un autre élève, s’ils ne l’ont pas fait avant, quand il s’agissait d’une gifle, d’une « balayette », d’une « béquille », puis d’un petit coup de poing ? Jusqu’au « coup de boule »…

Loin d’être un délateur, le rapporteur ne fait que servir la justice quand il dénonce un coupable. Loin de devoir avoir honte, il concourt à protéger la victime en faisant sanctionner le fautif.


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