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André & Leucose

Publié le 21 août 2009 par Basan
Quels yeux magnifiques que ceux du petit André, nichés bien profondément au cœur de son jeune visage frais et tendre. Deux purs joyaux dans lesquels même la grisaille de l'école républicaine se parait des plus verts atours. Mais à ces billes divines rayonnantes d'espoir à défaut de santé, s'accrochait déjà de crasseux cernes violacés.
Car il y avait déjà cinq ans qu'une fleur avait germée dans les entrailles de notre jeune ami au faciès de jésus : la Leucose. Et patiemment elle avait grandi dans l'ombre des fièvres en répandant partout ses effluves désarmantes. Que de fatigues pour la déraciner, cette tendre flamme vénéneuse embrassant jusqu'à la dernière globule de ses lèvres épineuses. André avait successivement tenté d'en nier l'existence pour ensuite se voir forcé par monsieur Chimio T. de la vomir deux fois par semaine.
Mais rien n'y avait fait, Leucose s'était enterrée en attendant la moisson, avec une patience toute prédatrice. Alors André était parti de la boîte de mort où ses parents et les magiciens blancs le retenait pour voir si d'autres sauraient mieux s'occuper d'une telle mauvaise herbe.
André & LeucoseIl avait couru longtemps, transpiré sous l'astre de vie pour se retrouver finalement dans cette petite cour d'école. Tout ici débordait de vie, de saleté et d'une certaine misère. Mais les jeunes fauves en couche-culottes hantant l'endroit avaient tout de suite flairé André, dont l'accoutrement et la tête chauve dégageaient une aura aseptisée qui leur était insupportable.
Toute la meute avait alors encerclé ce jeune intrus innocent, qui demanda si la Leucose ils savaient cueillir. En réponse, le loup malien qui semblait faire office de chef sorti une canette rouge sang de sous ses guenilles puantes pour la lancer de toutes ses forces vers notre innocent ange cerné. Surpris, ce-dernier pensa quand même à la rattraper, mais alors que son cerveau commandait à son corps les mouvements appropriés, Leucose d'un geste rageur l'en empêcha. Et au moment même ou la canette retombait sur le sol tiède, la meute se lança sauvagement à l'attaque.
Le reste ne fut plus qu'un ballet subtil de cicatrices et de cris surexcités, le tout passé au bain-marie de la douleur. Après 10 minutes le grand malien ordonna à ses camarades de reculer, conformément aux lois du jeu de la canette, rituel sacré s'il en était. Tous les yeux se tournèrent alors vers le petit jésus brisé gisant au sol. Ses beaux yeux verts avaient disparus sous des montagnes de tuméfaction, et pendant qu'il expirait lentement, Leucose put enfin savourer la plus belle des moissons.

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