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L'oreiller

Publié le 11 août 2009 par Basan
L'oreiller
Doux et moelleux, c'est notre compagnon à tous, cet amas de plumes et de tissus qui chaque nuit s'imbibe à la fois de nos sueurs, secrets et craintes les plus noires. Combien de murmures interdits n'a-t-il pas entendu, ce discret ami de nos nuques ?
L'oreillerMais derrière cette forme anodine se cache aussi une bien odieuse vipère. Oui ! cette lascivité qui autour des cous subtilement s'enroule pour mieux contempler les tristesses des rêveurs. Combien s'endorment en effet avec le SIDA bien logé au creux de leur désirs passés ou encore avec des métastases cancéreuses grondant au fond de leur moelle en un ballet ravageur ?
L'oreiller
L'oreillerAh, les douces ballerines du cancer... avec quel talent esthétique amènent-elles donc la mort ?!

Mais l'oreiller invite traîtreusement tous ces mourants en sursis au sommeil, pendant que ses nombreuses tentacules vicieuses se délectent des souffrances que la nuit révèle. Combien de fillettes dont l'enfance a été abusée susurrent en effet leurs peines à ce blanc compagnon qui les soutien avec tant de fidélité ? Et plus les larmes coulent, plus la créature de l'oreiller s'enroule autour des coeurs et défèque sur les âmes. Pour chaque hymen rageusement perforé, c'est seulement d'un gros pet dont nous gratifie le monstre blanc. Sublime complaisance que voilà, pour ce noircisseur d'âmes évanescent. Mais il est un pêcheur de mauvais sentiments, et c'est hameçonné aux nerfs endormis qu'il jubile grossièrement, une épaisse bave aux lèvres.
Il n'est d'ailleurs pas difficile à contenter et même l'alzheimer lui procure les plus indécents plaisirs, surtout en combinaison avec l'arthrite, sous laquelle le roulement des os devient une mélodie si délicieusement croquante. Cric, crac.... Le voilà qui hurle de joie, ce bougre d'oreiller. Suivent évidemment encore quelques pets, pour définitivement souiller l'essence des vieux chênes ronflants dont la mémoire s'est depuis longtemps évadée par leurs innombrables rides craquelées.
Mais de ces souffrances si simples, l'oreiller ne peut tout à fait se contenter. Son caviar ne saurait en effet se composer à partir de matières aussi banales. Pour qu'il défèque véritablement son sang corrupteur, une indigestion cosmique de peur et de pathos lui est nécessaire; le genre de soupe odieuse que même le cerveau d'un trisomique ne saurait contenir à l'état brut. Le monstre alors se tourne vers l'homme apaisé qui avec bonhomie aborde le sommeil. Car c'est toujours chez les horribles bien-pensants qu'on trouve distillé le plus beau fumet gerbeux qui soit. Et l'oreiller en renifle avec plaisir les relents salés qui jusqu'à ses narines remontent en une danse hideuse, véritable ode au vingt-et-unième siècle.
Mesquineries et méchancetés le font alors exploser en un immense nuage d'étrons de diarrhée, cet ami sur qui nos psychismes ombrageux reposent avec tant de confiance. Mais comme la fleur qui au printemps renaît, chaque nouvelle nuit le rappelle des limbes pour à nouveau s'empiffrer.
- Bonne Nuit -

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