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Considérations sur le droit français : a bad joke ?

Publié le 07 octobre 2008 par Basan
Chers lecteurs, voici venue l'heure du premier article “juridique“ de ce blog. Oui, je suis étudiant en droit, cela n'aura pas échappé aux moins stupides... Mon cursus se passe entre la Grande-Bretagne dont j'adore le système et la France, qui possède le raisonnement juridique le plus merdique de tous les temps. Il s'agira dans donc ici d'exposer mes premières impressions au sujet du droit français en général (I) mais aussi d'expliquer plus en avant la façon niaise dont la matière est enseignée, avec ce manteau faussement intellectualiste aussi creux que ridicule (II).
I. 1789 ou quand le droit français a trahi l'histoire
Oui, je le proclame haut et fort : la grande révolution révérée par tant d'intellectuels a en fait semé un gros bordel plus qu'elle n'a apporté d'avancées tangibles. On a voulu faire tabula rasa de l'Ancien Régime, cette créature maudite honnie des juristes modernes.
Les gueux, menés par de gras marchants avides de pouvoir ont donc massacré la noblesse corrompue de Versailles dans le but d'instaurer un droit universel de l'homme. Bien entendu, ceci n'est qu'un résumé cynique de l'affaire dont les dessous sont scandaleusement plus complexes et scabreux que cela et je vous laisse aller vous en délecter dans n'importe quel bon livre d'histoire (qui sont au passage tout à fait dignes de la propagande du fameux Docteur Goebbels, en version all democratic, please).
Bref, c'est au final la triste illustration d'un contrat ou les nouveaux riches ont employés les pauvres pour tuer les anciens riches qui se vautraient dans le luxe de façon somme toute trop ostentatoire. Quand aux grands intellectuels aux noms si usés par la patine du temps, sans doute perdus dans leur études théoriques, ils ont acceptés de façon candide que leurs écrits soient exploités comme justificatifs pour la petite sauterie organisée de 1789. Que ne ferait-on pas en effet pour entrer dans l'Histoire ?
Et le droit dans tout ça ? Bien entendu, après toutes ces tueries joyeuses au nom des lumières, il fallait donner une façade respectable à l'affaire. En somme habiller un peu cette prostituée odieuse qu'était à cette époque la toute fraîche et déjà défraîchie république. Et comme souvent, c'est le droit qui s'est vu attribuer le rôle de maquilleuse.
Réformer, rationaliser et centraliser.
Trois mots d'ordre qui définissent assez bien les priorités de l'époque. Sans aucune considération pour l'Ancien système ancré dans l'histoire et ayant une véritable justification, on a forcé la loi à entrer dans de les nouveaux carcans bourgeois.
Bien entendu, une dictature n'a pas tardé à s'installer car les idées des lumières n'étaient au final pas si utiles à la “Grandeur de la France“, dont on se demande encore pourquoi elle n'a jamais été érigée en principe juridique (c'est il me semble pourtant la seule constante de Napoléon à De Gaulle). On a profité de cette phase quasi-totalitaire pour imposer ce que d'aucuns osent sans vergogne qualifier de génie du droit moderne : la codification, pierre angulaire des systèmes juridiques de civil law, dont les deux caractéristiques principales sont de n'être jamais à jours et aucunement accessibles à celui n'ayant pas fait quatre ans d'études.
Bref, encore une merveille. Et quelle stabilité: les républiques, plus faussement maquillées les unes que les autres se sont succédées à un rythme si effréné que même les dictatures africaines modernes ne peuvent soutenir la comparaison. Bien entendu je simplifie, mais tout cours de droit constitutionnel vous donnera les détails directement jusqu'en 1958, en vous expliquant très sérieusement à quel point ces instabilités sont rationnelles et tout à fait justifiées. Passons maintenant à la façon dont le droit est enseigné de nos jours.
II. Vous avez dit trente-cinquième sous partie ? Ou comment les professeurs trahissent chaque jour l'esprit de leur matière
Le droit est un raisonnement... C'est la phrase odieuse que tout étudiant a déjà entendu. Ce n'est pas une réflexion, non c'est simplement un raisonnement. Pourquoi dans de telles conditions ne demande-t-on pas aux singes de faire du droit ? Ne pourrait-on pas les dresser à faire un commentaire d'arrêt grâce au réflexe de Pavlov ? Lumière verte et voici un contrat synallagmatique, lumière rouge et c'est la responsabilité délictuelle qui sort du distributeur. Ah mais attention pourrait ici maugréer tout chargé de TD qui se respecte.... Le juge retrouve son indépendance dans l'interprétation. Laissez-moi rire, voire cyniquement ricaner.
L'indépendance retrouvée est en réalité une discussion stérile sur des points de droits sans aucun intérêt que les quelques illuminés de la doctrine sur-commentent déjà; et à grand renfort de phrases alambiquées qui feraient se retourner dans leur tombe les plus grands littérateurs, toutes époques confondues. De la pure masturbation intellectuelle en somme, pour donner un vernis logique à une discipline qui est tout sauf une science exacte, et même sociale d'ailleurs. Aurait-on oublié que le droit est censé, dans une société saine et normale, être un outil efficace pour rendre la justice et certainement pas l'outil simiesque si bien décrit en faculté.
Puis vient le découpage en multiples sous-sections, autre caractéristique joyeuse de l'enseignement juridique. Contrairement au consensualisme défendu avec tant de hardiesse en CM, les exercices juridiques sont affublés d'un formalisme frisant le ridicule et complexifiant les concepts les plus simples. J'ai d'ailleurs adopté pour cet article le fameux plan dualiste, histoire de vous montrer, chers lecteurs à quel point cela ne clarifie rien.
Je suis sûr que certains juristes, ou apprentis juristes seront outrés par ce texte et supposeront que je n'y connais simplement rien, grand bien leur fasse. Mais la vérité est que j'aime cette discipline et me permet d'en critiquer les points négatifs (qui sont en France innombrables) uniquement dans l'espoir d'une amélioration future. Et oui, même les plus incurables cyniques peuvent parfois rêver (mais c'est quoi ces conneries là... mdr).
Il est en tout cas très profitable pour les autorités de travestir le droit, de le rendre obscur et inaccessible, d'occuper les postes de juristes avec des pédants sans culture aucune. Comme le roi l'avait fait avec les nobles de Versailles, le droit s'est laissé charmer par le démon de la complexité rationalisée et est devenu un outil inefficace à la botte d'un gouvernement mou et sans volonté, enseigné dans une tradition tout aussi inefficace. Et même les meilleurs intellectuels s'y laissent prendre... jouons tous aux maîtres de conférence pendant que la règle ne s'impose plus... pendant que plus personne ne la comprend. Commentons l'incommentable avec plaisir, dans un système ou les décisions prennent plus de dix ans pour être rendues. À quand la prochaine révolutions ?
Le droit français est devenu une machinerie rouillée, teintée d'idéologies aussi variées que trompeuses (que l'on pourrait qualifier de “pack droit de l'homme pour contenter les masses“) sur l'éternel modèle des lumières. C'est de nos jour le reflet pathétique d'une société faible, n'ayant plus aucune avance culturelle et s'enfonçant dans l'idiotie un peu plus chaque jour.
Mon constat: le droit français mérite l'asile... il est devenu une sorte d'immense Chapelier Fou avec des centaines de ramifications sous son chapeau. Et des milliers de singes heureux l'appliquant, sourire aux lèvres, convaincus de servir la justice avec intelligence.
Vous pensez que je suis fou ? Vous voulez débattre ? Ce sera avec plaisir très chers lecteurs.

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