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Réflexions (par Patricia Laranco).

Par Ananda
Demander à l'Homme de ne pas être contradictoire...c'est comme demander à un aveugle de se souvenir de ce qu'il voit.


Il manque toujours quelque chose à notre être. Mais qu'est-ce ? Est-ce tout le reste de l'univers ?
Est-ce le résultat de l'inquiétude diffuse, sans objet, qui nous ronge ?
Est-ce l'effet de notre regard, qui pointe toujours au-delà ?
Est-ce notre folle, irréalisable volonté de fusionner avec ?
Nous sommes incomplets. Par nature.
Là est peut-être l'essence de notre douleur. Dans la conscience, quelque peu harcelante, de cette incomplétude.
Les scientifiques ont, eux, pointé du doigt notre néoténie.
Nous serions, en quelque sorte, des chimpanzés non achevés.
D'où, peut-être, cette obssession de l'inachèvement, qui nous taraude.
D'où, peut-être, cet immense espace de vide, de divorce que nous nous efforçons de remplir.


Quoi qu'on écrive, on n'est toujours qu'à l'orée, en lisière du dire.
L'écrit n'est jamais qu'une approximation de ce qu'il devrait exprimer.


Celui (celle) qui  pose des questions fait l'aveu de son ignorance.
Chaque question posée nous fait buter contre un mur de non-savoir.
Chaque question est le début d'une posssibilité de connaîssance.
Mais elle est aussi un (peut-être) angoissant acte d'humilité.
Chaque question implique un renoncement à la certitude, à l'orgueil.
Chaque question posée dérange...car elle ébranle l'être, l'univers.


Je me demande si le meilleur moyen de supporter cette vie, ce n'est pas d'être perpétuellement "à côté de la plaque", en état second.


La vie est une sorte de funambulisme entre deux vides.


L'Homme, au fond... sait-il jamais vraiment qui il est, ce qu'il est ?
Tout petit,, il ne se construit que par et au travers de la mimésis. Tout petit, il n'est pas autre chose qu'un miroir où l'autre, vigoureusement, s'imprime.
Pour se construire en tant que personne propre, il doit souvent rejeter ceux qui l'ont le plus marqué, à savoir ses éducateurs, ses figures nourrricières.
L'adolescent se révolte, prend (parfois violemment) le contrepied. Autrfois, il échappait à ses éducateurs proches, originels, par le biais de l'initiation (laquelle, au travers d'épreuves, l'intégrait à son groupe, le réorientait sur une mimésis d'ordre social).
En écrivant "je est un autre", Rimbaud a sans doute pressenti tout cela, tout ce que le fonctionnement humain avait de dépendant, de précaire.


Comme le disait si bien Rimbaud, le "je" est une illusion.


La révolte contre le monde est celle de la conscience.
De la conscience qui a la concience d'être unique, et irremplaçable.


Revenir aux existentialistes : une vie qui n'a pas de sens.
Ou - corrigerai-je - une vie qui possède (peut-être) un sens qui nous échappe.
Peut-être la vie, finalement, n'est-elle pas faite pour avoir de sens. Du moins, pas de sens tel que voudraient le concevoir nos yeux,  notre conscience humaine.
Peut-être dieu et l'Univers sont-ils des Autres. L'Autre infini.
L'Autre absolu. L'interlocuteur qui se dérobe à toute question.
L'interlocuteur qui interpose sans cesse entre lui et nous le vide.
Nous passons notre temps à poser des questions, comme des enfants.
Nous, qui sommes même incapables d'imaginer le donneur de réponses !


Interrogeons toujours chaque moment vécu.
Chaque sensation, chaque pensée...chaque illusion.


L'humanité n'est-elle pas une supercherie ?
L'humanisme...la pire des hypocrisies qui soient ?
L'Homme s'ennorgueillit de valoir mieux que les chacals.
L'Homme s'enorgueillit de valoir mieux que les vautours.
L'Homme croit qu'il est moins "cruel" que le tigre, ou la hyène.
Est-il, au fond de lui-même, si sûr de ce qu'il affirme, clame ?


La folie est peut-être le meilleur moyen d'échapper à l'insoutenable.


Comme dirait l'autre : "on fait pas c'qu'on veut, dans la vie !"
Faut se démerder avec...et passer entre les gouttes (autant que faire se peut).


Derrière toute simplicité se cache une complication.
Derrière tout complication se dissimule une simplicité.


L'exemple des enfants sauvages et de leur effroyable expérience a au moins le mérite de montrer combien, basiquement, le petit d'homme est tributaire de l'imitation, de l'effet-miroir, pour se former.
Seul le contact précoce avec les autres êtres humains peut faire de lui un être humain.
Seule, la stimulation de son cerveau gauche par ses semblables qui lui parlent stimule en lui la fonction langagière. Au delà d'un certain âge, cette stimulation ne semble plus possible, autrement que de façon partielle, et profondément lacunaire.
Est-ce à dire que l'Homme n'est jamais que le reflet de ceux avec qui il communique ?
Des exemples tels que ceux de la jeune russe Oxana nous troublent au plus haut point. La voir, adolescente (et revenue dans le giron des Hommes), à quatre pattes, aboyant exactement comme un chien...quel tableau !
L'Homme, être de lien, être profondément social, être d'empreinte. Être privé, semble-t-il, d'instinct autre que celui de l'imitation. Être des neurones-miroirs, de la plasticité cérébrale.
Entrer (pleinement) dans l'humanité ne peut se faire que très tôt, très précocément.



P.Laranco.

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