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Les moulins à paroles

Publié le 08 septembre 2009 par Badiejf
Les moulins à paroles

Il est toujours un peu intriguant de suivre les débats québécois à partir d’ici. La platitude du relativisme pourrait nous faire dire que leurs dimensions locales limitent leur pertinence (en regard de quoi !?), mais ce qui m’intéresse davantage est les éventuels parallèles à faire avec ce qui se déroule ici. Au Qc actuellement, on a donc deux groupes qui déchirent leur chemise sur la lecture du Manifeste du FLQ (lu par un québécois d’origine haïtienne…). D’un côté on pense qu’on doit lire ce manifeste dans la mesure où il représente une partie signifiante de l’histoire du Québec, de l’autre, on prétend que sa re-lecture pourrait avoir pour effet d’entériner la violence terroriste qui a été associée à sa première lecture sur tous les téléviseurs du Québec. La game fédéraliste-souverainiste se joue encore ici : les amis du Canada prennent ici une belle revanche sur la jambette que les souverainistes leur ont infligé au début de l’année. Tout cela, il faut le rappeler, pour souligner la Bataille des Plaines d’Abraham. Vue d’ici, ce conflit sur l’utilisation de l’histoire apparaît un peu délirant. Les ayisien, analphabète ou non, éduqués ou non, passent leur temps à discourir sur l’histoire. Tous des moulins à paroles, toujours capables de te raconter tels événements de leur histoire en identifiant les noms, dates et lieux avec une précision inouïe. Tu roules dans la rue et tu lis un graffiti où il est écrit ‘Abba Toto’, tu demandes au chauffeur qui est Toto et tu en auras pour dix minutes à te faire expliquer l’histoire détaillée de Toto et qui sont ceux qui, au plan politique, on écrit ce graffiti. Et ce, que Toto soit toujours vivant ou mort il y a 200 ans. Les ayisien sont ‘maladivement’ branchés sur le passé glorieux de leur petit pays, le premier peuple à s’être libéré du colonisateur-esclavagiste il y a plus de 200 ans. Parlez-en à Napoléon, méchante claque sur le nez ! On entend ou lit la référence à 1804 presque tous les jours, les commentateurs politiques ont toujours cet événement historique ‘mondial’ en travers de la gorge. J’ai déjà parlé d’un livre d’histoire sur ce blogue (Written in blood) qui dépeint une histoire d’Ayiti très détaillée où la grille d’analyse de l’auteur est marquée par les conflits politiques armés et la violence. Il y en a pour plus de 800 pages… Ici, personne ne cacherait un texte ou un discours de Louverture, de Dessaline, de Pétion, de Christophe ou même de Duvalier qui ferait appel à la révolution, à la violence. Vaut pas la peine, les haïtiens les connaissent par cœur !


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