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Elsie Lefebvre et Nathalie Rochefort, même parcours politique

Publié le 10 septembre 2009 par Politicoblogue
Elsie Lefebvre - Photo: Jacques Grenier

Elsie Lefebvre - Photo: Jacques Grenier

Nous avons appris récemment le retour à la politique de deux éphémères députées montréalaises. Curieusement, l’ex-péquiste Elsie Lefebvre et l’ancienne libérale Nathalie Rochefort ont des parcours sensiblement pareils.

Regardons de près le parcours de ces deux nouvelles alliées de Louise Harel.

Au niveau académique, les deux ont arrêtés des études en cours de route. Elsie n’a pas terminé ses études de maîtrise en études internationales et Nathalie n’a pu terminer son baccalauréat, elle détient un certificat en action communautaire et une mineure en art et science.

Au niveau de leur implication politique, avant d’être députée, les deux ont longuement milités pour leur formation respective. Elsie a occupé différents postes à l’exécutif national du Comité National des Jeunes du PQ, de son côté, Nathalie s’implique en politique depuis 87 avec le NPD et depuis 93 avec le PLQ.

Leur victoire électorale surprise aura permis à leur chef respectif de pavoiser en décrochant un comté qui appartenait à leurs adversaires politiques depuis plus de 25 ans. il est aussi intéressant de constater que dans les deux cas, elles se sont retrouvés à siéger à l’opposition officielle.

La population a souvent profité d’élections partielles pour envoyer un message au gouvernement en place, voyons d’un peu plus près les causes de leur victoire respective.

Tout d’abord, Elsie Lefebvre s’est retrouvé à faire campagne en septembre 2004 parce que Jean Charest n’a pas nommé ministre M. Christos Sirros, le député du comté depuis 23 ans.

Le comté de Laurier-Dorion est clairement divisé en deux. Sur la carte en dessous du boulevard Saint-Laurent, il y a le parc Jarry, puis la ligne du Canadien Pacifique, plus bas vous êtes dans le quartier multi-culturel Parc Extension, alors qu’au dessus du boulevard St-Laurent on se retrouve dans le quartier beaucoup plus francophone de Villeray.

Lors de la campagne électorale, Elsie et son équipe se sont concentrés pour faire sortir le vote dans Villeray. Bien qu’elle habitait le quartier, on peut pas dire qu’elle était vraiment connue de la population en générale, elle qui travaillait comme caissière au Jean Coutu de la rue Jarry avant de devenir députée.

L’analyse détaillée de Kathleen Lévesque confirme que les immigrants de Parc Extension sont restés tranquillement chez eux le jour du vote. De plus, la communauté grecque ne se serait pas ralliée à la remplaçante de monsieur Sirros, Madame Voula Neofotistos, aujourd’hui avocate.

lefebvre elsie
La surprenante victoire d’Elsie Lefebvre fut serré, avec une courte majorité de 483 votes, même son organisateur de l’époque, Nicolas Brisson, avait déclaré que «L’onde de vote est encore inférieure à ce qu’on pouvait penser dans Parc Extension, mais ça s’en vient. On a trois ans pour consolider ces appuis et les transposer en votes pour les prochaines élections».

Du côté de Nathalie Rochefort, elle a pu être candidate libérale en avril 2001 suite à la surprenante démission de Robert Perreault alors ministre de l’Immigration. Ce départ en aura surpris plusieurs, M. Perreault ne s’impliquera plus en politique active mais il donnera son appui à Amir Khadir en décembre 2008.

Pour le remplacer le PQ choisira en investiture Claudel Toussaint, attaché politique du ministre Sylvain Simard, bien qu’il est été accusé d’être parachuté par l’état major.

Après des révélations de violence conjugales (qui ont par la suite été retiré en échange d’un ordre de la cour de garder la paix pendant un an) et de sa faillite personnelle, il aura besoin du support de plusieurs ministres (dont Louise Harel) et du Premier ministre désigné Bernard Landry pour rester candidat.

Caricature de Landry

De plus, Paul Cliche, candidat de la gauche uni, ralliera les forces progressives, tel le Rassemblement pour l’alternative politique (ancêtre de l’UFP puis de Québec Solidaire) et de nombreux péquistes déçus par les positions considéré trop à droite de Bernard Landry.

Il y a aussi l’effet de l’affaire Michaud qui amena de nombreux péquistes sociaux-démocrates à ne pas être fier de leur parti.

Nathalie Rochefort affiche 2003
Comme Elsie, Nathalie Rochefort était bien peu connu des gens du Plateau avant son élection, elle qui habitait Laval à l’époque et qui était bénévole au Centre communautaire des gais et lesbiennes de Montréal depuis 1990.

Bien qu’elle a été, dans les années précédentes, l’adjointe du directeur du Bon Dieu dans la rue, on peut se douter que ce n’est pas le vote massif des itinérants qui l’aura fait gagner.

L’analyse de Marie-Claude Lortie explique clairement que l’habituel vote péquiste s’est divisé entre Claudel Toussaint ( 28,6 %) et Paul Cliche (24,2%) alors que Nathalie Rochefort a obtenu légèrement un peu plus que le score habituel libéral (34,6%) dans ce comté. Elle gagnera finalement l’élection partielle par un millier de votes.

Mon analyse : Ainsi, on peut dire qu’autant Elsie Lefebvre que Nathalie Rochefort auront pu compter sur de nombreux facteurs externes pour devenir députée. La  preuve est que lors de l’élection générale suivante les deux ont vu les électeurs leur tourner le dos et retourner dans leur giron habituel.

Il est intéressant de constater que Nathalie Rochefort aura obtenu le score habituel libéral dans Mercier, mais qu’elle aura perdu par près de 5 000 votes. Pour ce qui est d’Elsie Lefebvre, l’aide de la bloquiste Vivian Barbot n’aura pas suffit pour lui permettre de garder son poste, elle perdra par près de 1100 votes.

Dans les deux cas, elles auront été catapultés dans le monde politique avec bien peu de mérite pour leur victoire. Elles doivent principalement leur notoriété au fait d’avoir gagnés lors d’élections partielles. Si elles avaient gagnés leur siège de députée dans une vague en faveur de leur parti, les médias ne se seraient que très peu intéressés à leur cas.

En 2007, Nathalie Rochefort redemandera pour une 3e fois l’appui de la population du Plateau, elle sera jamais dans la course face à Daniel Turp et Amir Khadir. En décembre dernier, elle choisira de ne pas remettre sa face sur les poteaux.

Elsie Lefebvre, en décembre 2008, préférera passer son tour dans Laurier-Dorion, mais la politique l’intéresse toujours. Au printemps 2008, elle a démontré de l’intérêt pour le comté de Bourget, suite à la démission de Diane Lemieux, puis pour Hochelaga-Maissonneuve, suite à l’annonce de la retraite de Louise Harel, elle a été la première a lever la main, mais dans les deux cas sa candidature n’a pas reçu de support local.

Évidemment, la possibilité d’être élue dans un comté sûr, comme Hochelaga-Maissonneuve ou Bourget, est beaucoup attrayant que de travailler d’arrache-pied dans un comté traditionnellement libéral.

Ces deux anciennes députées ont la chance d’avoir une certaine crédibilité pour l’élection municipale, mais concrètement la population à aucun souvenir de leurs réalisations comme députée. Maintenant, c’est au niveau local qu’elles devront prouver qu’elles sont plus travaillantes que chanceuses.

Elsie devra relever tout un défi puisqu’elle affronte un conseiller municipal d’Union Montréal en poste depuis 1994. Sylvain Lachance a été élu tout d’abord avec Pierre Bourque, puis il a fait le saut avec Gérald Tremblay en 2003.

De plus, Projet Montréal présentera le même candidat qu’en 2004. Éric Daoust. Il a quand même amassé 23% des votes à l’époque, pour un parti qui en était à ses débuts, c’est très bon. Il pourrait bien nuire fortement au chance de gagner d’Elsie.

Sur le Plateau, Nathalie n’aura pas la tâche plus simple puisqu’elle affrontera le vétéran Michel Prescott, conseiller municipale dans le district Jeanne-Mance depuis 1982. Il y a aussi Marc-Boris St-Maurice qui fait campagne depuis avril dernier et, bien sûr, la colistière de Richard Bergeron, Nimâ Machouf qui est aussi la conjointe d’Amir Khadir, premier député de Québec Solidaire.

À propos de Nimâ et de ses adversaires, Carl Boileau, blogueur et collègue candidat sur le Plateau avec Projet Montréal, a écrit un billet assez intéressant sur la compétition dans le district de Jeanne-Mance.

En définitive, ni Elsie, ni Nathalie ne l’auront facile cet automne.

Tous deux affronteront plusieurs adversaires de calibre, dont le conseiller en place depuis de nombreuses années. L’aide de Louise Harel sera bien importante, mais les deux devront travailler sans relâche. Si elles croient que le fait d’avoir été députée 2-3 ans leur permettra de gagner facilement, le verdict de la population sera sans appel.

En conclusion, on peut se remémorer le seul fait d’arme d’Elsie Lefebvre, l’excessive réponse de Jean Charest suite à une question concernant l’implication de Michou, sa femme, avec la Croix-Rouge.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Le lendemain matin, il semblerait qu’Elsie aurait retrouvé un beau gros os avec une belle grosse boucle rouge à la poignée de sa porte, elle aurait pas tellement appréciée !!!

Article préalablement publié sur le blogue Montréalais d’origine.

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