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Faut-il critiquer Brice Hortefeux ?

Publié le 13 septembre 2009 par Juan

Le ministre de l'Intérieur a été emporté par une polémique. Il s'accroche à son poste et sa réputation, mais la video d'un échange public avec des militants UMP le week-end dernier lors de l'université d'été de son parti a frappé de stupeur tous les commentateurs. La scène a été filmée par Public Sénat, mais postée par Le Monde.fr dans la journée du jeudi 10 septembre. La chaîne de la vieille assemblée n'a pas voulu la diffuser sur le coup. Impatient ou désabusé, un journaliste l'a donné à ses confrères du Monde. Elle a fait le tour des blogs et des rédactions. Vendredi, soit 6 jours après le tournage, Public Sénat diffusait enfin, et en intégralité, la scène incriminée. Un peu plus tôt dans la journée, Le Monde avait publié le verbatim exact de l'échange:

J.-F. Copé (JFC) : N'oubliez jamais un truc, il est auvergnat.
Brice Hortefeux (BH) : Je suis auvergnat
JFC : Il est auvergnat, c'est un drame, c'est un drame
BH : ... enfin bon, je vais faire une exception.
Jeune militant (Amine) : mais je me mets entre les deux
BH : voilà, entre les deux.
JFC : oui... il n'y a aucun problème.
Des participants : Amine, Amine...
Un participant : Ah ça, Amine, c'est l'intégration, ça, c'est l'intégration.
Une participante : Amine, franchement...
Brice Hortefeux : "Il est beaucoup plus grand que nous en plus" [à propos du jeune homme].
Un autre participant : "Lui, il parle arabe".
(Rires de l'assemblée)
Jean-François Copé : "Ne vous laissez pas impressionner, ce sont des socialistes infiltrés".
Une participante : "Il est catholique, il mange du cochon et il boit de la bière".
Brice Hortefeux : "Ah mais ça ne va pas du tout, alors, il ne correspond pas du tout au prototype, alors. C'est pas du tout ça."
(Rires de l'assemblée)
Une participante : C'est notre petit Arabe.
Brice Hortefeux : "Bon, tant mieux. Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes. Allez, bon courage…"

Voici donc la scène en intégralité :

Hortefeux : la vidéo "vérité" de Public Sénat
par LePostfr
Certains rejoignent le ministre dans sa défense: il parlait des Auvergnats, et non pas des Arabes. Jack Lang et Jean-Marie Le Pen ont déclaré leur soutien. Ce dernier a parlé de "censure antiraciste". Joli lapsus : le racisme, selon Le Pen, est donc censuré en Sarkofrance. Eric Besson a qualifié le ministre d'humaniste. D'autres demandent sa démission. Vendredi 11 septembre, le site Mediapart n'y allait pas de main morte, en demandant le départ du ministre:

"M. le ministre, votre démission est attendue"

Le même jour, Eric Fottorino signe dans Le Monde un éditorial sans concession, d'une fermeté inhabituelle dans le journal du soir :
On peut réprouver cette époque où la moindre parole malheureuse devient dévastatrice une fois mise en ligne. Mais la réalité n'en demeure pas moins celle-ci, choquante sinon condamnable : sans ambiguïté, Brice Hortefeux, à propos de ce jeune beur, a bien dit ce qu'il a dit : "Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes."
Plaisanterie, pensée profonde ? Lui seul le sait. L'important est ailleurs. Brice Hortefeux a oublié qu'un ministre doit représenter à chaque instant les valeurs de la République. Et mesurer dans chaque mot ce qu'il peut contenir d'irrespect, de violence et d'humiliation.
Ironie de l'histoire, Hortefeux n'avait lui-même pas eu de mots assez dur pour fustiger un supposé dérapage d'un préfet de la République quinze jours auparavant. L'intéressé avait démenti, accusant le ministre de s'être refait une virginité humaniste sur son dos, mais il fut mis à la retraite d'office lors du dernier Conseil des Ministres.
Certains, dont votre serviteur, se souviendront du "Fissa!" adressé à Azouz Begag, alors ministre du gouvernement, ou encore du "une compatriote... comme ce n’est pas forcément évident, je le précise", un commentaire public de Brice Hortefeux, lors de sa nomination aux Affaires Sociales, à propos de Fadela Amara. Vendredi, Henri Guaino a défendu le ministre. Et Sarkozy a déclaré qu'il avait "peu de temps de perdre avec ça".
En matière de racisme, les petites phrases d'un ministre de la République blessent, choquent, scandalisent. Elles sont systématiquement symboliques.
Les bons mots émanant d'un ancien ministre de l'Identité National sur un tel sujet de lassent pas de surprendre.
Incompétence ou maladresse ?
Ami Sarkozyste, où es-tu ?
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