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Pourquoi la crise de 2008 ne ressemble pas à celle de 1929 ?… Parce qu’elle est pire !

Publié le 30 juin 2009 par Mercure

Depuis le milieu de l’année 2008, les économistes patentés passent une partie de leur temps à se demander si la crise actuelle ressemble ou non à celle de 1929. En restant sur le terrain strictement financier, ils ne risquent pas de trouver la bonne réponse. Depuis l’explosion des subprimes, toute analyse s’exprime en dollars, et d’une manière générale en monnaie, comme si toute chose se mesurait nécessairement avec cette unité parfaitement artificielle.
Les économistes restent donc sur la touche, car la société se mesure avec bien d’autres unités que celle-là, dont la valeur change à tout instant selon la spéculation du moment.
Deux aspects particuliers de ces deux époques, parmi beaucoup d’autres, suffisent cependant à montrer leurs différences, et à montrer que leur comparaison exclusivement financière ne peut mener à aucune prospective intelligente, et surtout ne peut servir à concevoir une stratégie permettant de mettre fin au maelström économique que la planète traverse actuellement.
-  En premier lieu, la composition de la population de 1929 était foncièrement différente de celle de 2008. Plus de la moitié des populations vivait de l’agriculture dans de petites communautés rurales ou de villes de faible importance, et se trouvait ainsi moins affectée par la crise. Or de nos jours, cette population rurale ne constitue plus guère que 3 à 5% de la population totale, suffisant à produire la plus grande partie des produits alimentaires nécessaires à la population totale.
Le chômage ne pouvait donc toucher en 1929 qu’une fraction de la population totale. S’il a entrainé une grande misère, ce n’est pas tant que le nombre des sans emplois était considérable, que parce qu’il n’existait pas de protection sociale à l’époque, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.
En revanche, de nos jours la part de la population exposée au chômage est beaucoup plus importante, non parce que les effectifs salariés sont plus importants, mais parce que l’imbrication des activités industrielles et de service a transformé l’économie en un immense puzzle où tout se tient, et qu’ainsi la fermeture de la moindre entreprise peut provoquer un effet domino considérable de chômage susceptible de toucher la totalité d’un grand pays à travers un immense réseau d’entreprises qui dépendent les unes des autres.
En 1929, cette imbrication étant moins avancée, seules certaines régions industriellement très concentrées subirent la crise. À l’inverse, la crise actuelle se répand sans limite géographique.
-  En second lieu, la structure des revenus de 1929, et par conséquent des dépenses, n’avait rien à voir avec celle qui est la nôtre en 2009. En 1929, entre 70 et 90% des revenus étaient consacrés à l’alimentation, au logement et à l’épargne, soit des dépenses incontournables.
Aujourd’hui, l’alimentation et le logement prennent moins de 50% des revenus totaux, auxquels il convient d’ajouter l’endettement, la plus grande partie du reste étant constituée de dépenses évitables ou reportables : renouvellement de la voiture, vacances et loisirs,  voyages, remboursement des dettes, etc. Toutes choses dont il est possible de se passer ou d’en différer la dépense. Par exemple, les Étasuniens avaient pris l’habitude de remplacer leur véhicule tous les deux ou trois ans. Or, quoi de plus facile que de porter ce délai à 5 ou 6 ans, lorsque l’on sait que son emploi peut être à tout moment supprimé.
C’est ce qui explique que l’épargne moyenne des citoyens des É-U soit passée de -3% en décembre 2007 à +6,9% en mai 2009, comme par miracle. Ce n’aurait pas été possible en 1929. Quelle a été la contrepartie de ces 9,9% (3+6,9) de revenus économisés ? Et bien l’augmentation du chômage par la baisse de la consommation, tout simplement, et la baisse des importations.
Je n’ai pas pris la peine de fournir dans cet article une grande quantité de statistiques précises. L’ordre de grandeur des données utilisées me semble suffisant pour comprendre que les deux crises que nos économistes veulent obstinément comparer, n’ont rien à voir l’une avec l’autre, et que, tant que l’endettement des Étasuniens ne sera pas revenu à un niveau où ils considèreront que tout risque est écarté pour eux, cette crise perdurera et conduira le pays à sa perte. C’est être très naïf que de croire proche la sortie de crise, alors que cette annonce n’est que pure propagande politique.
Or, si j’ai bien compris ce que le gouvernement des É-U a trouvé comme solution à la crise, c’est de pousser les consommateurs à s’endetter de nouveau, en fournissant aux banques des monceaux de billets de dollars fraîchement imprimés, en attendant la crise suivante qui ne manquera pas de se produire pour les mêmes raisons, mais avec un dollar qui aura entre-temps perdu son pouvoir hégémonique.
Les politiciens et les consommateurs étasuniens ne parlent sans doute plus la même langue.

© André Serra http://andreserra.blogauteurs.net/blog/


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