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Ni anges, ni démons

Publié le 21 septembre 2009 par Politicoblogue
Barack Obama © Barack Obama Team (Flickr)

Barack Obama © Barack Obama Team (Flickr)

Un débat fondamental traverse l’administration Obama. Et il nous concerne aussi.

Imaginez ceci.

Je vous arrête au nom du gouvernement. Je vous soupçonne de préparer un attentat terroriste. Je dois ABSOLUMENT vous faire parler. Qui sont vos complices ? Qui vous finance ?

La question est : jusqu’où un État a-t-il le droit d’aller pour protéger ses citoyens ?

La CIA a ses méthodes de prédilection : la noyade simulée, la privation de sommeil pendant six jours, l’enfermement dans une boîte avec des insectes.

Dans les régimes dictatoriaux, on est nettement moins sophistiqué : des chocs électriques sur les testicules, l’arrachage des ongles, la torture de vos enfants sous vos yeux.

Sitôt assermenté, Barack Obama a annoncé la fin des interrogatoires musclés et la fermeture prochaine de Guantanamo. Il a aussi rendu publics des documents détaillant les pratiques en cours sous l’administration Bush.

Réponse de Dick Cheney : de l’irresponsabilité drapée dans de l’angélisme.

Chose sûre, l’affaire ne se réduit pas à sa seule dimension morale.

Interrogé de façon musclée, Abu Zubaydah a livré des informations qui ont permis d’arrêter Ramzi bin al-Shibh et Khaled Sheikh Mohammed, les deux cerveaux des attentats du 11 septembre 2001, qui préparaient une seconde vague d’attentats autour de Los Angeles. Or, les États-Unis n’ont pas été frappés une deuxième fois.

Certains font cependant valoir que ce sont les documents trouvés chez Zubaydah qui ont permis ces arrestations, plutôt que les renseignements livrés sous la torture. Vous direz n’importe quoi si on vous torture. L’information ainsi obtenue n’a donc souvent pas beaucoup de valeur.

La question a aussi des ramifications légales et politiques considérables.

La lutte au terrorisme international repose principalement sur l’échange de renseignements entre gouvernements alliés. Or, les opposants à toute forme de torture s’adressent de plus en plus aux tribunaux pour forcer les gouvernements à rendre publics des documents qui peuvent contenir des informations hautement confidentielles.

Si un gouvernement A craint que les informations communiquées à un gouvernement B seront rendues publiques suite à un ordre d’un tribunal de ce pays B, il sera moins enclin à partager ces informations. C’est donc toute la chaîne internationale de circulation de l’information qui se trouve compromise.

Livrer des informations aux services de renseignements égyptiens ou pakistanais, qui ne s’embarrassent pas de nos scrupules quand vient le temps d’obtenir des «résultats», c’est aussi participer à l’entreprise, mais en faisant faire par d’autres la partie la plus sale du boulot. À des degrés divers, tous les gouvernements sont donc concernés.

Barack Obama réalise aujourd’hui que l’affaire est nettement plus délicate qu’il ne le pensait.

Il n’abolira pas les commissions militaires qui supervisent un régime parallèle de détention à durée indéterminée. Faut-il poursuivre des responsables de l’administration précédente, au risque de menotter ceux qui assurent notre sécurité ? Et fermer Guantanamo, est-ce simplement déménager des prisonniers d’un endroit à l’autre, voire même les amener en sol américain ?

N’en déplaise à ceux qui voient la vie en deux couleurs seulement, il y a bel et bien des gens qui veulent semer la mort en Occident, et les combattre à coups de bons sentiments est radicalement insuffisant.

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