Beau repas à l'Auberge du Prieuré de Moirax, doublé d'une visite d'un monument clunisien)

Par Eric Bernardin

On ne peut pas dire que mon activité actuelle me rapporte des milles et des cents. Vendre du vin, qui est considéré actuellement comme une drogue dure par certaines autorités, est une sacrée gageure. Il n'empêche que je passe tout de même de très beaux moments. C'était le cas la semaine dernière avec Didier Cruon d'Arédie-Vins à Angoulême. Mais aussi hier: je suis repassé le matin à l'Auberge en Gascogne des frères Biasolo. Benoît est content des vins que je lui ai vendus et m'en recommande. Le midi, je passe chez l'un de ses confrères situé entre Astaffort et Agen pour m'y restaurer, mais aussi pour parler vins après le repas: l'Auberge du Prieuré à Moirax.

Celle-ci est situé dans une maison moyen-ageuse situé à quelques pas d'une belle église romane du plus pur style clunisien. Ayant garé ma voiture devant celle-ci, je n'ai pu m'empêcher de la visiter. Et comme le dit une marque de bière d'abbaye: Si-len-ci-oume...

Après ce moment, revenons à des valeurs plus terriennes. Voici le menu affiché à l'entrée du restaurant (en cliquant sur l'image, il est parfaitement lisible):

La carte est simple: 5 entrées, 5 plats, 5 desserts. C'est pourtant difficile de faire des choix, car tout donne envie, particulièrement les desserts, alors que je ne suis pas "bec sucré". Au bout de 10 minutes, je me suis enfin décidé: je ne regrette rien ;o)

La salle est à l'image du menu: simple, mais très jolie et chaleureuse. Et l'on pourrait en dire d'ailleurs autant des propriétaires, Benjamin et Agathe Tourcel, qui ont le sens de l'accueil des gens du Nord (ils sont ch'tis).

Je n'aime pas trop manger seul au restaurant, mais j'avais de la compagnie. Il ne faut pas se fier aux apparences: même s'il a l'air de cocoriquer à tue-tête, il est très discret et sait se tenir dans un restaurant.

Petite mise en bouche très sud ouest: du magret de canard séché (mais pas trop). Après 1h30 de dégustation avec Benoit Biasolo, ça fait du bien de manger...

Deuxième mise en bouche: de la crème de langoustine aux piquillos. Très fin et très bon. Dès ce moment-là, je me régale! Il y aurait eu 2 ou 3 éprouvettes de plus, ça ne m'aurait pas dérangé ;o)

Agathe Tourcel me présente le vin qu'elle me sert. Il va se révéler très bon. Un Sancerre comme je les aime: très minéral, sans le côté variétal du Sauvignon (buis, bourgeon de cassis et Cie). Et l'impression de croquer dans la pulpe de raisin. Bien!

Et voici l'entrée: Chaud Froid de langoustines en capuccino de fenouil. Les langoustines sont divines. Ni plus, ni moins. La texture de la chair est irréelle, la finesse des saveurs superlative. Magique! Pour le capuccino, je suis au départ plus réservé, car je me contente de faire faire trempette à mes langoustines dans la mousse. Celle-ci est parfumée, mais loin d'être explosive. Jusqu'a ce que je me dise que dans un capuccino, il n'y a pas que de la mousse. Je vais donc voir ce que se passe en dessous. Et là, il y a une compotée de fenouil confit qui s'avère excellente, avec une persistance en bouche incroyable (et pourtant le fenouil et moi, ça fait deux...).

L'on me sert ensuite le vin rouge qui va accompagner la viande: un Chorey les Beaunes (domaine François?). Le nez est une explosion de fruits rouges frais. La bouche est ronde, limpide avec de la fraîcheur. Tout sauf un monstre de concentration, mais c'était le but recherché: ne pas écraser la viande qui va suivre...

J'ai donc choisi la poitrine de cochon laquée au citron vert, Aubergine au thé fumé, Ketchup miso. En ce qui concerne la viande, les mots me manquent. J'ai déjà utilisé divines pour les langoustines. Excellent pour le fenouil... Allez, on va dire: sublime! Jamais je n'ai mangé une viande qui fonde autant en bouche. Ca en est obscène. Et vraiment savoureuse avec ça! Ce qui est formidable, c'est qu'on ne différencie absolument la viande du gras (tant mieux!), et que l'on mange tout ça avec une allégresse non feinte :o) J'aime beaucoup le Ketchup miso, d'une grande finesse. Au goût, j'ai l'impression qu'il contient plus de poivron que de tomate. L'aubergine est bonne, mais un ton au dessous. On l'aimerait plus fumée. Très bel ensemble tout de même!

En dessert, Ganache chocolat, Parfums de Tarte citron, Crème glacée au thym. La glace au thym a une texture de rêve. Mais on l'aimerait un peu plus goûteuse. D'autant que ce qui est juste en dessous est d'une grande intensité. On parle souvent de l'alliance magique du chocolat et de l'orange. Celle avec le citron n'a pas grand chose à lui envier. Plus tonique, peut-être. Ici, le citron décoiffe vraiment! Ce qui fait que le chocolat sert plus de faire-valoir. Pour atteindre la perfection, il eût fallu un chocolat avec moins de crème, plus noir. Je me suis malgré tout bien régalé, sans parler du côté ludique: c'est très sympa de démonter l'édifice. De goûter un ingrédient, puis l'autre, puis le troisième. Faire différentes combinaisons (faut bien s'amuser lorsqu'on mange seul, parce que le coq, bon...)

Non, ce n'est pas le café, mais une petite crème qui est servie pour l'accompagner. Sympa, mais pas au niveau du reste (il faut bien une critique, non?). Rien à redire sur café, très bon pour un déca.

Vous l'aurez compris: le couple Tourcel est vraiment sympathique. La maîtrise du chef indéniable. Les ingrédients tip-top. Peut-être faudrait-il qu'ils songent à faire quelques menus,  qu'ils proposent des formules met/vin... Mais bon, j'ai cru comprendre qu'ils y pensaient, alors patience ;o)

Merci pour leur accueil!