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Dénonciations par mails : le vol noir des «corbeaux» sur la plaine…

Publié le 22 septembre 2009 par Kamizole

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Il faut beaucoup de perversité pour seulement imaginer un tel système !… Et n’avoir guère de mémoire. Sans doute suis-je trop vieille pour notre époque délétère où tant de valeurs fichent le camp. Mon titre ne doit rien au hasard. Je me creusais la tête et bingo ! Le «Chant des Partisans» de Maurice Druon et Joseph Kessel s’est imposé. Car pendant l’Occupation les Résistants ont payé un lourd tribu à la délation, de même que les Juifs. C’était tellement facile de dénoncer !

Si facile que certains n’hésitaient pas à faire de fausses dénonciations pour des motifs très personnels : se débarrasser d’un rival, acquérir un appartement ou un commerce à vil prix, voire par simple méchanceté ou animosité envers quelqu’un, des règlements de compte à peu de frais. Il m’est même revenu que les Allemands n’éprouvaient que le plus grand mépris pour les délateurs dont ils se servaient néanmoins. Quant à la sinistre «Milice» - française – elle était considérée comme pire que les Allemands. Les «bons Français» s’en sont donnés à cœur joie.

Trop de choses en ce moment rappellent cette triste époque. Le racisme ambiant, les rafles d’étrangers en situation irrégulière – «même les femmes et les enfants» eût dit Maurice Papon ! – et toutes proportions évidemment gardées, les CRA (Centres de rétention administrative) font penser à Drancy ou Beaune-la-Rolande : dernière étape vers l’enfer ? C’est parfois hélas le cas quand on renvoie dans leur pays des étrangers demandeurs d’asile qui sont mis en prison ou abattus dès leur retour. Certains ont préféré se suicider en France plutôt que de connaître ce sort. Sans oublier ceux qui sont mort dans l’avion, étouffés par le coussin que les policiers maintenaient sur leur tête pour étouffer leurs protestations.

Certes, les policiers de l’Essonne tentent d’endiguer la délinquance dans les quartiers difficiles. Qu’elle pourrisse la vie de leurs habitants relève de l’évidence et je ne suis nullement atteinte d’angélisme. La gauche - surtout Jospin en 2002 - est bien placé pour savoir que prendre ces questions par-dessus la jambe fut au nombre des conneries qui le placèrent derrière Le Pen.

Quitte à faire rugir une partie des socialistes, j’étais tout à fait d’accord avec Ségolène Royal sur la nécessaire fermeté. Si certains socialistes n’ont pas compris le message, tant pis pour eux mais il est fort significatif qu’elle enregistra de très bons scores dans les banlieues lors de l’élection présidentielle de 2007. Preuve évidente que les parents comme de très nombreux jeunes - qui souvent votaient pour la première fois - avaient parfaitement compris le message et qu’ils étaient demandeurs du retour d’une certaine autorité qu’il ne faut pas confondre avec la force brutale mais qui est bien plutôt fondée sur le vrai charisme, celui de l’exemple.

Aujourd’hui, c’est la force voire la violence gratuite - souvent sur fond de racisme larvé - qui prédomine. Foin de la police de proximité et de la nécessaire politique de prévention. Place aux «cognes» de la BAC ! D’où le fossé grandissant dans les banlieues entre les jeunes et les policiers. Tous ne sont évidemment pas des «méchants» mais Nicolas Sarkozy demande du «chiffre», du «chiffre» et encore du «chiffre». Percevrait-il une commission sur les P.V. ?

Le moins que l’on puisse dire est que cette politique ne marche pas. La délinquance n’a nullement régressé et ce n’est pas en remplissant les prisons – déjà plus pleines que des œufs et souvent d’infâmes cloaques qui constituent autant «d’écoles du crime» où les détenus se suicident en grand nombre – que l’on réglera le problème des banlieues.

Surtout en mettant totalement de côté la question sociale, encore plus terrible aujourd’hui, du fait de la crise économique et sociale. Lionel Jospin avait perdu une occasion de se taire quand il faisait remarquer que les problèmes des banlieues subsistaient en dépit de l’embellie économique entre 1997 et 2000. S’il avait été plus attentif, il aurait compris que celle-ci s’était précisément arrêtée aux portes des banlieues. Beaucoup de chefs d’entreprise ont bénéficié de largesses pour s’installer dans les zones en difficulté mais la plupart du temps leurs employés venaient de Paris ou du centre urbain le plus proche en province.

Le numéro un de la police dans l’Essonne, Jean-Claude Borel-Garin qui est à l’origine de cette malencontreuse idée – d’ailleurs contestée par le syndicat de police Alliance dont son responsable, Jean-Claude Delage fustige cette “fausse-bonne idée” : “C’est une police d’une autre époque”, craignant de “donner l’impression de réinstaller la police de Vichy”… – «Aidez la police nationale dans son action au service des citoyens. Vous pouvez transmettre vos renseignements (témoignages, photos, vidéos) à l’adresse mail suivante : Confidentialité garantie.» est d’ailleurs un récidiviste selon ce que je lis sur le Figaro Un mail pour alerter la police sur des délits : il aurait déjà mis en place un tel dispositif il y a un an dans l’Isère, où il était en poste avant de rejoindre l’Essonne… L’histoire ne dit pas si cette initiative fut couronnées de succès…

Vous serez sans doute aussi surpris que moi d’apprendre l’extrême gravité des faits que cet as de la police entend résoudre grâce aux dénonciations des «corbeaux» en puissance : «Cette boîte aux lettres électronique a pour but de “mieux répondre aux attentes de la population notamment en ce qui concerne les délits troublant la tranquillité des habitants comme par exemple l’occupation des halls d’immeuble, les ivresses sur la voie publique, ou les rodéos de motos”, selon la Direction départementale de la sécurité publique (DDSP). A charge ensuite à la police de mener vérifier les faits et aux victimes de porter plainte»

J’admets d’autant plus parfaitement que tout cela «pourrisse» la vie des habitants que j’y suis confrontée en permanence même dans la bourgeoise ville de Montmorency et que j’en suis agacée au plus haut point, détestant le bruit. Entre les jeunes qui écoutent ou jouent de la musique à point d’heure sur le parvis de la Collégiale – encore qu’ils aient dû se «délocaliser» dans un lieu plus retiré où la police nationale ne fait pas de rondes car cet été il y en eut nettement moins que les années précédentes.

Les jeunes - ou des plus vieux - bien éméchés qui remontent la rue du Temple tard dans la nuit en gueulant comme des ânes. Dans la nuit d’avant-hier, l’un d’entre eux hurlait «ta gueule» avec à peu près le même tempo qu’une kalachinikov. Je ne sais ce que lui disait son contradicteur car lui, au moins, ne gueulait pas. Sans oublier tous ceux qui klaxonnent à tout va, même en pleine nuit et les motos ou scooter pétaradant, le pot d’échappement sans nul doute trafiqué pour devenir une usine à décibels.

Mais il y a là quelque chose de tout à fait disproportionné entre ces agissements certes déplorables et plus qu’éminemment chiants et les moyens proposés. Cela relève d’un manque d’éducation évident mais faut-il pour autant criminaliser ces actes ? Cela me semble un peu un gant de boxe pour écraser une mouche. Mais que faire pour qu’il règne plus de calme dans les banlieues ? J’avoue humblement ne pas posséder la réponse.

Jean-Claude Borel-Garin a une conception de la «délation» très particulière : cela n’en serait pas car la dénonciation n’est pas anonyme…

J’avais déjà donné petit un cours de français à mon très cher ami Frédéric Lefebvre qui justifiait la dénonciation des «passeurs» qui facilitent l’entrée des étrangers en situation irrégulière – lesquels sont le plus souvent, quand il s’agit de filières mafieuses, des gens peu recommandables – au nom du devoir civique.

Stricto sensu, la délation est une «dénonciation inspirée par des motifs méprisables». Qu’elle soit anonyme ou pas. Qu’elle vise ou non d’honnêtes gens (thèse de Frédéric Lefebvre). «Delator», de “deferre”, participe passé de “delatus” : faire connaître à, rapporter à, annoncer à, et – enfin – dénoncer, accuser. Le verbe «déférer» - au sens de traduire un accusé devant l’autorité judiciaire compétente – à la même origine. C’est donc bien la seule motivation qui permet de parler de délation, qu’elle soit anonyme ou non, qu’elle vise des personnes honnêtes ou de fieffés bandits.

Autre argument admirable : «Il faut vivre avec son temps» ! «Pourquoi la police ne pourrait pas recevoir des informations (par courriel) alors que tout le monde en reçoit», «Est-ce qu’on aurait dit qu’il ne faut pas que la police utilise le téléphone parce qu’il va y avoir de la délation ?».

Ah ! La justification de tout et n’importe quoi au nom «modernisme» ! Nul doute que si internet eût existé pendant l’Occupation les Kommandanturs eussent croulé sous les courriels…

Je lis dans un article du Monde Un dispositif de dénonciation par mail jette le trouble dans l’Essonne que Georges Tron, député-maire (UMP) de Draveil estime qu’il “est normal que les gens puissent témoigner sans représailles” et Vincent Delahaye (Parti radical), maire de Massy, insiste sur le fait que, selon lui, “beaucoup de gens ont peur”

Il me semble tout à fait anormal que les dénonciateurs restent anonymes car s’il y a procès les droits de la défense ne sont pas équitablement garantis si l’accusé ne peut connaître l’accusateur et lui être confronté. Quid si celui-ci entend régler des comptes perso ? Par exemple s’il est mécontent que celui qu’il accuse tourne autour de sa fille, ou d’autres motivations du même tonneau.

Je veux bien admettre que la plupart ont normalement peur de représailles quand on connaît la mentalité de bon nombres de pauvres petits c… dans les banlieues qui n’ont guère plus de cervelle qu’un piaf ni aucun sens moral. Mais Jean-Claude Borel-Garin et ceux des policiers qui soutiennent une telle initiative - Emmanuel Roux, pour le Syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN, majoritaire) et Nicolas Comte, secrétaire général de l’Union SGP-FO/Unité police (premier syndicat de gardiens de la paix) – devraient y réfléchir à deux fois : l’anonymat risque d’être pire que le mal.

En effet, imaginons qu’une bande ou un individu soit mis en cause par un «corbeau». Ils risquent d’incriminer des adultes avec qui ils ont déjà eu maille à partir ou des bandes rivales voire s’en prendre à n’importe qui à l’aveuglette. Ce qui risque fort de rallumer les «guerres des banlieues» qui tournent parfois au drame.

Quand le remède risque d’être pire que le mal et ne règle de toutes façons rien sur le fond – les causes profondes de la délinquance qui ne datent pas d’hier – il faut s’interroger sur la politique menée par Nicolas Sarkozy dans les banlieues depuis 2005 quand il était ministre de l’Intérieur.

Supprimer la police de proximité, envoyer les BAC – Brigades anti-criminalité ! les vrais criminels peuvent courir : c’est vachement plus fastoche de taper sur des jeunes, des syndicalistes ou des chercheurs en colère comme au printemps dernier devant le Rectorat d’Orléans ! – et étaler de façon toute démagogique son mépris répugnant contre les jeunes des banlieues : le Karcher à Argenteuil ou la racaille à La Courneuve.

Le respect, cela se mérite.

Et cela vaut aussi bien pour ces jeunes qui n’ont que ce mot à la bouche mais rarement dans le bon sens et qui ne respectent pas grand chose que pour les gouvernants et la police. Pour être respectés il leur faudrait être irréprochables et pouvoir servir de «modèles» : le vrai «charisme», c’est exactement cela.

Je me crois au moins autant d’esprit civique que Jean-Claude Borel-Garin. Si j’avais connaissance d’un crime ou d’un délit très grave – en préparation ou déjà commis - si je savais que l’on martyrise des enfants, si un chauffard renversait un piéton devant moi et que j’ai pu relever le numéro d’immatriculation, etc… il est évident que je j’alerterais la police et témoignerais… à visage découvert.


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