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Pensée chinoise

Publié le 23 septembre 2009 par Christophefaurie

Anne Cheng, Histoire de la pensée chinoise, Seuil, 2002. Très bon livre, étonnamment facile à lire compte tenu de la complexité de la question. Mais ce n’est pas pour autant que je prétends comprendre quoi que ce soit à quelques millénaires de réflexion regroupés en 600 pages. Je me suis surtout demandé ce que cette pensée, au-delà de ses multiples et infiniment subtiles variantes, avait de différent de la nôtre.

Similitudes…

Ce qui me frappe le plus dans la pensée chinoise, c’est son peu de différence avec la pensée occidentale. Dans les deux cas c’est une « pensée », i.e. une tentative d’explication des événements par la raison. Certes, si l’on divise cette raison en raison pure et raison pratique, la Chine paraît essentiellement du côté de la raison pratique, et nous essentiellement du côté de la raison pure. Mais pas complètement.

D’ailleurs le mouvement de la pensée semble le même : on pense dans les périodes d’incertitude et de changement ; on estime alors que les idées qui avaient cours précédemment ont causé les malheurs de la nation ; on cherche à les corriger, en réinterprétant des concepts fondamentaux (par exemple Dao, LI, ren, etc.).

Plus curieux peut-être, Occident et Chine auraient suivi des cycles similaires. La pensée de ces deux civilisation est d’abord matérialiste, et divisée en 2 : une tendance sociale, une tendance individualiste. En Occident Platonisme / Épicurisme (et autres courants matérialistes individualistes), en Chine Confucianisme et Taoïsme. Puis survient un « Moyen âge », non matérialiste : Bouddhisme en Chine, Christianisme en Occident (dans les deux cas, il s’agit d’une traduction peu fidèle d’un original étranger), et enfin un retour au matérialisme social (comme tendance dominante), « Renaissance ».

Différences…

À partir de ce substrat commun, la pensée occidentale et la pensée chinoise s'opposent exactement. Le plus simple est probablement de partir de la pensée anglo-saxonne, qui est l'extrême occidental.

L’Anglo-saxon ne peut pas imaginer qu’il puisse exister une volonté au dessus de la sienne, son monde est celui de l’individu (de l’atome), un individu qui prétend pétrir la nature comme de la glaise, mais qui, pour cela sait employer de grands moyens guerriers, « guerre à » est une expression familière aux USA depuis la dernière guerre (un exemple récent étant la « guerre au terrorisme » de M.Bush). Dans le monde anglo-saxon, l’homme est laissé à ses instincts, l’équilibre de la société étant une question de lois.

Pour la Chine tout est continu et en continuelle transformation. Les opposés n’existent pas, ils sont deux phases d’un même phénomène, l’un étant en train de devenir l’autre. En conséquence, l’homme, qui fait partie de ce tout et le contient, doit chercher à s’inscrire dans ce mouvement. Mais, puisqu’il appartient à la fabrique de l’univers, il peut aussi influencer son devenir. En fait, cette opération ne semble pas aller de soi. Il y aurait deux moyens de la réussir : le Confucianisme propose d’y parvenir par l’étude ; le Taoïsme, au contraire, cherche en soi l’universel. D’ailleurs l’homme n'a pas un rôle insignifiant : probablement parce que tout est lié, il est essentiel à l’ordre cosmique.

Comme dans les films de Robert Redford, le Chinois recherche donc le geste parfait, l’accord parfait avec l’ordre (en mouvement) du monde. L’homme doit se pénétrer si bien des lois de la nature, qu’il puisse faire ce qu’il désire sans le moindre effort, naturellement. S’il y avait un mal dans cette civilisation, ce serait l’activisme anglo-saxon. Tout le travail de sainteté consiste à se débarrasser de son égo, de sa violence, bref de son caractère anglo-saxon. Le saint est un miroir, il prend le point de vue des choses.

Pour les Confucianistes, parvenir à la sainteté consiste en une longue étude du monde, par l'action, qui permet de se pénétrer du « sens de l’humain », c'est-à-dire de la conscience de l’importance de la société pour l’homme, et des rites qui l’organisent, et qui sont le reflet exact des lois naturelles. Le saint n’a pas de libre arbitre, il fait le bien comme il respire, puisqu’il fait ce que réclame la morale sociale.

L’ordonnancement, l’harmonie semblent fondamentales pour cette pensée. Chaque chose doit avoir sa place, et c’est à l’homme, et en particulier au saint, l’empereur des Confucianistes, de la leur donner. (Les légistes, se méfiant de la qualité humaine, confient ce rôle aux institutions, et remplacent les rites par des lois.) Pour cela il doit occuper ce que nous traduisons par « le milieu », la « position » (la sainteté) qui permet d’ordonner l’univers. (L'empire du milieu n’est donc pas « l’empire du centre », mais le principe d’organisation du monde, et ce qui est en dehors c’est la terre et le ciel : pas d’autres hommes, juste quelques désagréables parasites ?) La pensée Confucianiste est éminemment politique.

Et efficacités comparées

Qui a la meilleure pensée ? Les Chinois. Leur conception du monde semble beaucoup plus proche de ce que nous dit la science que nos idées reçues occidentales. Mais, paradoxalement, c’est peut-être ce qui a causé leurs déconvenues. Alors que tout chez eux vise à l’action, et que tout chez nous est pensée, le résultat que nous avons obtenus les uns et les autres est à l’envers de ce qui était espéré. Les Chinois se sont enfoncés dans une réflexion tellement parfaite qu’elle s’est suffi à elle-même, alors que notre illusion de pouvoir comprendre les lois universelles par la « raison », notre pensée sommaire a donné du monde un modèle simpliste qui nous a fait croire que la fortune était à portée de main, et à l'image de Colomb et de son oeuf, nous a jetés dans des conquêtes qui ont fait notre gloire. Bien entendu, notre action enthousiaste et approximative a aussi eu des effets imprévus, qui nous inquiètent aujourd’hui.

Compléments :

  • Dernier paradoxe, alors que leur pensée encourage les Chinois à comprendre le principe des choses, ils semblent totalement incapables de percevoir celui des pensées étrangères : ils ont fait une transformation du Bouddhisme qui n’a pas grand-chose à voir avec l’original (mais qui me semble plutôt un apport au Taoïsme) et j’ai le sentiment qu’il en est de même pour notre pensée (La pensée en Chine / Cheng).
  • Comme l’observe Histoire de l'Inde / Keay, les grandes pensées se seraient formalisées aux environs du 5ème siècle avant JC : Bouddhiste, Chinoise, Grecque, Hébraïque.

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