Allaitement maternel : la France doit mieux faire

Publié le 15 octobre 2007 par Willy

En France, un nourrisson sur deux est allaité au sortir de la maternité. Une proportion guère satisfaisante si l’on se réfère aux recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé, l’OMS. Cette dernière en effet est formelle : jusqu’à l’âge de six mois, les bébés n’ont besoin pour grandir et se développer, que du lait de leur mère ! Et ceci à l’exclusion de tout autre aliment.

L’allaitement au sein doit se poursuivre jusqu’à l’âge de deux ans, voire plus longtemps si les qualités du lait de la maman le permettent. Car au-delà de la relation affective évidemment irremplaçable qu’il établit entre la mère et son petit, le lait maternel est le plus parfaitement adapté aux besoins du nourrisson.

A l’occasion de la Semaine mondiale de l’allaitement maternel, du 15 au 22 octobre, associations et professionnels de santé nous rappellent que le lait de Maman est tout simplement inimitable !

Il est le seul à donner à Bébé tous les nutriments, les anticorps, les hormones, les facteurs immunitaires et autres antioxydants dont il a besoin. Mieux que tout autre aliment donc, il stimule le système immunitaire. Et il est amplement prouvé qu’il réduit l’incidence des diarrhées, des infections de la sphère ORL ou du système respiratoire…

Pour l’OMS et l’UNICEF, l’allaitement maternel est à ce titre un droit de l’enfant. Comme tel il doit être protégé, encouragé. Et pas seulement dans les pays en développement. En Europe aussi. Et en France particulièrement.

D’après des chiffres publiés par le ministère de la Santé en 2003, 56% seulement des nourrissons bénéficieraient d’un allaitement au sein exclusif au sortir de la maternité. Cette pratique se développe dans notre pays puisqu’ils n’étaient que 45% en 1998. Mais c’est encore insuffisant.

L’allaitement maternel domine chez les mères qui sont cadres ou membres de professions intermédiaires. Ces dernières allaitent dans respectivement 80% et 74% des cas. En revanche, il est moins répandu chez les ouvrières, puisque à peine une sur deux donne le sein.

Une durée d’allaitement trop courte

De fortes disparités subsistent également selon les régions. A titre d’exemple, 7 bébés parisiens ou isérois sur 10 sortent de la maternité au sein de Maman. Ils sont seulement 36% dans le Pas-de-Calais, 48% en Ille-et-Vilaine, 54% en Gironde ou 59% en Charente-Maritime.

A l’échelle européenne, la France fait figure de mauvais élève. Notamment face aux performances réalisées en Norvège où… 99% des nourrissons sont allaités à la sortie de la maternité. Ils sont également 95% en Finlande, 90% en Suède et au Danemark, 85% en Allemagne et 75% en Italie.

Autre mauvais point pour l’Hexagone : la durée de l’allaitement maternel y est particulièrement courte. Seulement 42% des enfants continuent d’en bénéficier après huit semaines. C’est très largement inférieur à ce qui se passe en Norvège, où l’allaitement au sein concerne encore 86% des nourrissons de 3 mois.

Faible proportion de nourrissons allaités, durée de l’allaitement trop courte : en 2001, la promotion de l’allaitement maternel était l’un des neuf objectifs du premier Plan national Nutrition Santé (PNNS). « Pour la première fois, l’allaitement maternel entrait dans le domaine de la santé publique » avaient alors lancé les associations.

Bonne nouvelle pour ces dernières, la promotion de l’allaitement au sein figure toujours dans le PNNS 2, lancé en 2006. Avec cette fois-ci, un premier objectif chiffré : passer de 56% à 70% d’allaitement exclusif à la sortie de la maternité d’ici 2010.

Pour parvenir à leurs fins, les autorités misent principalement sur la communication. Et pour cela, elles comptent beaucoup sur les professionnels de santé. Ainsi, la promotion de l’allaitement maternel doit être faite systématiquement lors de la visite du quatrième mois de grossesse. Et chaque future maman doit quitter la consultation avec en mains, un dépliant d’information et de sensibilisation…

En France, comme nous l’ont expliqué des associations telle la Leche League, un grand nombre de femmes tente d’allaiter puis abandonne si les premières tétées ne se déroulent pas bien. Trop de mamans ont aussi l’impression que leur lait n’est pas « bon ». Ou bien qu’elles n’en ont « pas assez ».

La confiance est primordiale

Or, la confiance de chaque mère dans sa capacité à nourrir son enfant est essentielle pour un allaitement satisfaisant. Voilà pourquoi le rôle des professionnels de santé est majeur, pour guider et informer les futures mamans.

Cela commence par leur expliquer des choses simples comme la durée du congé de maternité. Ses modalités viennent de changer. Finies les 6 semaines avant et les 10 semaines après la naissance. Ce mécanisme rigide est remplacé par un panier de 16 semaines. Chaque mère peut ainsi prendre ses congés comme elle le souhaite, avec un minimum de 3 semaines avant la naissance.

Quant à la reprise du travail, elle ne signe pas automatiquement la fin de l’allaitement. L’utilisation d’un tire-lait permet à la mère d’entretenir sa lactation, d’éviter les engorgements et de constituer au jour le jour des stocks de lait.

L’Agence française de Sécurité sanitaire a édité récemment une brochure très pratique destinée aux femmes qui allaitent. Intitulée « Bien recueillir, conserver et transporter le lait maternel en toute sécurité », vous pouvez la télécharger sur le site internet de Destination Santé, dans la Bibliothèque PDF, rubrique Santé de l’enfant.

Le Code du Travail prévoit que les mères allaitantes disposent d’une heure par jour pour allaiter leur enfant pendant les heures de travail. Et cela pendant un an à compter du jour de la naissance. En théorie, cette loi permet à la mère de recevoir son enfant sur son lieu de travail pour l’allaiter. En théorie seulement…

Une chambre d’allaitement au travail ?

Par ailleurs, saviez-vous que toute entreprise employant plus de 100 femmes doit obligatoirement mettre à la disposition des mères une « chambre d’allaitement » ? Il s’agit d’un local répondant à des critères précis d’hygiène où les mamans peuvent venir allaiter.

Mais là encore, il semble qu’il y ait un décalage important entre les textes du code du travail et la réalité. Une enquête parlementaire pourrait d’ailleurs être lancée prochainement pour faire un état des lieux de ces pratiques en France. La publication d’un rapport parlementaire est en tous cas prévu dans le PNNS 2.

Quelques conseils enfin si vous êtes enceinte. La décision d’allaiter doit idéalement se prendre en début de grossesse pour avoir le temps de s’y préparer. De se documenter, de rencontrer des mères allaitantes et de se rendre compte que l’allaitement est un geste naturel.

Prévoyez aussi quelques objets comme des coussinets absorbants et des coquilles en plastique. Elles seront nécessaires pour récupérer le lait, pour stimuler la lactation et éviter le frottement des vêtements en cas de crevasses.

Après l’accouchement, mettez bébé au sein sans attendre. C’est à ce moment que son réflexe de succion est le plus fort. Pour favoriser la montée de lait, gardez-le contre vous le plus possible. Et ne vous inquiétez pas, la montée de lait peut mettre plusieurs jours à venir. En attendant, Bébé reçoit le colostrum.

Ce liquide jaunâtre, secrété par les glandes mammaires durant les premiers jours qui suivent l’accouchement, est particulièrement riche en cellules extrêmement actives sur le plan immunologique, et en anticorps maternels. C’est en quelque sorte le premier vaccin du bébé, et son passeport pour la vie.

Ce lait-là, contient aussi des facteurs de croissance qui aident l’intestin à se développer. Il est riche en vitamine A, qui protège les yeux et réduit les risques d’infection. Il stimule enfin l’évacuation des selles, ce qui permet d’éliminer rapidement le méconium qui encombre les intestins du nouveau-né.

Et pour en savoir davantage, notamment sur la semaine mondiale de l’allaitement maternel, rendez-vous sur www.coordination-allaitement.org. Quant aux coordonnées des associations susceptibles de vous renseigner, vous les trouverez dans notre rubrique Liens utiles.

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