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The Mist - Fear changes everything

Publié le 21 septembre 2009 par Ashtraygirl

The Mist
Je ne pleure jamais devant un film.
Jamais.
En tout cas, pas en public. C'est un principe que je respecte scrupuleusement. Je m'autorise tout au plus d'avoir les larmes aux yeux, et il est bien rare que je finisse par en verser réellement, même lorsque je suis toute seule.
En ce sens, The Mist représente un double choc, pour moi. Le choc du film en lui-même, percutant, abrupt, et celui de perdre tout contrôle sur mes émotions, me laissant pantelante et désemparée.
J'en suis encore toute tremblante...
Mais laissez-moi vous éclairer sur le pourquoi du comment de cette réaction épidermique à nulle autre pareille...
Une histoire terrifiante de Stephen King

Stephen King. Encore lui. Ce type est partout, en librairie ou sur grand écran. Formidable conteur, véritable alchimiste de la peur, l'auteur est mondialement (re)connu, ça on le sait. J'avoue pourtant ne jamais vraiment avoir accroché avec son univers, faute de l'avoir compris. Souvenez-vous de mon désarroi face à la Chambre 1408, qui m'a plongé dans un tel brouillard - c'est le cas de le dire - que j'en étais frustrée au possible (et sacrément remontée). En son temps, Shining m'avait bien fait rire (si on le regarde au second degré, c'est très possible, je vous assure), et la seule de ses oeuvres qui ait trouvé grâce à mes yeux s'avère être le moins terrifiant de ses romans: La Ligne Verte. J'ai trop souvent, à tort sans doute, assimilé son oeuvre à une recherche complexe sur la peur et ses provocateurs, sans réellement voir le fond de son propos. Je l'ai cantonné, de façon caricaturale, à "l'écrivain à succès qui veut à tout prix faire peur". Aussi suis-je passablement déstabilisée - et agréablement surprise - d'entrevoir autre chose de son oeuvre par la biais de The Mist. Peut-être suis-je encore en train de me méprendre, mais je crois pouvoir affirmer, dorénavant que quelques unes de ses adaptations ciné se recoupent, que la peur n'est qu'un prétexte dans sa manière d'écrire et, qu'au fond, ce qui intérresse Stephen King, et ce dont il parle le mieux, c'est l'Homme. L'Homme et ses travers. L'Homme et son imperfection. L'Homme et sa belliquosité. L'Homme et ses peurs. L'Homme, dans toute sa médiocrité. Je pense que bien peu d'adaptations ont mis l'accent sur cet aspect de son oeuvre autant que Frank Darabont dans The Mist. C'est sans doute la raison pour laquelle je n'ai pris conscience de la teneur profonde des récits de King que ce soir.
The Mist
Il y a quelque chose, dehors...
Ce n'est pas parce que je viens de lui découvrir une conscience que Stephen King en devient un parfait philosophe pour autant. Une histoire de lui reste ce qu'elle est: un récit terrifiant à faire trembler les morts, peuplé de créatures effrayantes et de châtiments divins.
The Mist part d'un concept simple, mais diablement efficace: après une violente tempête dans une région montagneuse du Maine, une petite ville se retrouve submergée par un étrange brouillard, opaque, plombant, et dans lequel les personnes disparaissent dans d'atroces circonstances, comme si la brume les tuait. Les clients d'un supermarché se retrouvent coincés contre leur gré dans l'établissement, contraints de cohabiter les uns avec les autres en attendant que le brouillard se dissipe. Malheureusement, ils vont très vite s'apercevoir qu'à l'extérieur, la menace est bien plus grande qu'ils ne l'avaient imaginé. D'étranges créatures guettent leurs proies à l'abri de la brume...
Le récit met beaucoup - trop - de temps à prendre ses marques. La menace arrive un peu de nulle part - c'est le cas de le dire - tandis qu'un climat de tension factice s'instaure The Mist laborieusement au sein du supermarché. En clair, au début, on y croit pas vraiment. Le brouillard, c'est efficace, mais les bestioles, ça le fait moins.
Ainsi, au bout d'une bonne vingtaine de minutes, on fait la connaissance d'un des habitants du dehors, un truc plein de tentacules qui a décidé d'arrêter le régime et de se faire plaisir. Les vilaines bêtes ont décidé de manger de l'humain, et il va être difficile de les en empêcher. Problème n°1: lesdites créatures ne font pas très crédibles, dans la mesure où l'on a l'impression d'avoir affaire à des monstruosités moitié cybernétiques, moitié préhistoriques. Et, très sincèrement, on se pose un peu les mêmes questions que les protagonistes, à savoir: que sont ces saloperies, et d'où diable sortent-elles? A la différence près que eux sont contraints d'y faire face, bon gré mal gré. Nous, on reste sceptique tandis que les morts s'entassent (il faut des victimes pour étayer la dangerosité de la situation).
Se pose alors le problème n°2: pourquoi en situation de crise, et ce, dans tous les films, les personnages s'entêtent-ils à ce point à être stupides? Est-ce une fatalité que tout un chacun fasse tout en dépit du bon sens? La réponse est bien evidemment "oui". Mais, dans le contexte, cet état de fait va mettre un assez long moment à prendre tout son sens. Si les mauvaises décisions prise par le groupe font partie intégrante du récit, elles pêchent par défaut de conviction, donnant l'impression d'avoir affaire à des décérébrés. Et tandis que les conneries collectives et/ou individuelles s'accumulent, les sympathiques bestioles dehors font dans la diversité (c'est à se demander d'où ils les sortent, quand même) et le pas joli-joli. Dans la surenchère, encore et toujours. Côté frayeurs et dégoût, on sera servis, sans faute. On aura même une bonne dose d'hémoglobine, conformément aux codes du genre. De quoi titiller le côté bestial qui est en nous. De quoi justifier l'autre aspect du récit, plus sombre, plus pesant, plus sournois.
Plus implacable.
The Mist
Mais les pires créatures ne sont pas celles que l'on croit...
The Mist joue sur deux tableaux: le sensationnel à tendance globules rouges, et le relationnel à tendance dynamite. Et le second tableau prime sur le premier, à mesure que l'on avance dans le récit, à mesure que la situation devient franchement préoccupante pour les victimes de cette étrange catastrophe. Dans la seconde partie du film, la tension monte d'un cran, plus subtilement, et l'oppression ambiante à l'intérieur du supermarché commence à suinter de l'écran. Peu à peu, on étouffe, à l'instar des protagonistes, prisonniers de ce fouttu brouillard. L'autarcie de ce groupe disfonctionnel devient de plus en plus pesante, de plus en plus manifeste, et le sentiment d'insécurité et de frustration finit par nous gagner. On suffoque, littéralement. Y'a-t-il une issue à ce cauchemard dont on ne sait rien? Que se passe-t-il? Que va-t-il arriver maintenant? Pourquoi? Comment? Tandis que les questions affluent, les réponses les plus fantasques se font jour, et le fanatisme religieux vient s'insinuer comme la gangrène dans cet espace restreint où les consciences s'échauffent. La foi comme barrage. Dieu comme seule réponse. Et son cortège d'insanités pour légitime défense. Et tandis que l'illuminée de service récite sa litanie inlassablement, les personnalités explosent, les principes vacillent, la raison défaille. Enfin, le drame humain peut se jouer. Vaste réflexion sur le pouvoir de la peur et ses collatéraux - violence, désespoir, panique, remords, versatilité - The Mist s'interroge aussi sur le principe de la dynamique du groupe, et sur le pouvoir de celui-ci, allant jusqu'à la démesure, la déraison. L'exercice appliqué ici est de décrypter, pour un individu donné - ce qui explique la relative caricature des personnages principaux - les effets de la peur sur l'intellect, au fur et à mesure qu'elle n'empire. Ainsi, on a droit à un renversement de situation bien plus fantastique que ce qui se passe au-dehors: la frénésie collective, adjuvée à quelques milliers d'années de moeurs discutables, qui définira une fois pour toutes les limites de l'individu, seul ou en groupe, et révèlera une vérité désormais connue de tous mais toujours difficile à admettre: dans quelque situation que ce soit, le véritable fléau, c'est l'Homme. Une réflexion profonde et pertinente, donc, menée avec brio et intensité, qui compense largement un scénario relativement léger et déclassifie ainsi un film dit "de genre". The Mist n'est plus seulement un thriller fantastico-gore. Il est aussi un drame, savamment mis en scène et distillé avec soin.
The Mist
These wounds won't seem to heal...

Il va être difficile de vous parler de ce qui m'a le plus bouleversé dans ce film sans dire le moindre mot à ce sujet. Toute la portée de The Mist, tous ses véritables enjeux tiennent en dix petites minutes. Les dix dernières (que je vous déconseille fortement d'essayer de regarder sans avoir vu l'intégralité du film au préalable). En fait, je peux vous révéler ceci: si les films où les vilains monstres dévorent de pauvres hères vous rebutent habituellement parce que vous craignez pour la sérénité de vos nuits, n'hésitez pas à voir The Mist pour autant. Parce que je peux vous assurer qu'aucune des créatures de ce film ne viendra vous hanter dans votre sommeil. Pas la moindre. En revanche, évitez de le visionner si vous prévoyez de vous lever de très bonne heure le lendemain, parce que ce qui est également certain, c'est que vous aurez bien du mal à trouver le sommeil après ces dix dernières minutes (l'heure de publication de cet article vaudra ce que de droit). Et si vous avez vu, ou si vous voyez un jour The Mist jusqu'au bout, alors peut-être comprendrez-vous pourquoi j'ai subitement éclaté en sanglots alors que je riais la minute d'avant. Peut-être pourrez-vous comprendre pourquoi ce film m'a bouleversé comme peu d'autres, et laissé une marque indélébile, et une sensation de désespoir incommensurable.
Peut-être...



EN BREF:
*Indice de satisfaction:

The Mist - Fear changes everything

*2h00 - Américain - by Frank Darabont - 2008
*Cast: Thomas Jane, Laurie Holden, Marcia Gay Harden, Tobie Jones, Andre Braugher, William Sadler, Frances Sterhagen, Nathan Gamble...
*Genre: Il n'y a pas de Ciel, juste l'Enfer...
*Les + : Une interprétation convaincante, une mise en scène efficace, une atmosphère éprouvante et une fin (vraiment) sans concession.
*Les - : Des créatures répugnantes, une exposition trop longue et quelques longueurs dans la première moitié du film.
*Liens: Fiche film Allociné
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*Crédits photos: © TFM Distribution


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