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Rue de la plage...

Publié le 11 août 2009 par Ashtraygirl

Rue de la plage...

"A peine de retour de "vacances" (humpf), sur la très encaissée et très isolée Pointe du Médoc, me voici au rapport. Car non, même à la plage, pas de répit pour les salles obscures, a fortiori quand une si petite ville que Soulac-sur-mer possède un cinéma (et qu'il n'y a rien d'autre à faire dans un périmètre de 20 kilomètres).
Soulac m'a donc permis de découvrir une autre forme de cinéma, loin des multiplexes et autres structures spécialisées dans les films d'auteurs: le ciné de proximité.
Imaginez un peu, en pleine rue commerçante, engoncé entre une banque et l'office du tourisme, noyé sous un déluge d'affiches et pancartes en tous genres vantant les mérites de l'école de surf du coin ou du glacier face à la plage, un cinéma si riquiqui-pouce-pouce qu'il devrait être signalé par une balise GPS. Bref, une fois situé le bougre d'animal, l'enchantement commence. Un guichet, et un seul, qui délivre des tickets imprimés façon tombola, pour une file d'attente, et une seule, pour un film... et un seul. Car l'Oceanic ne dispose que d'une salle, chers amis. Une unique arène pour deux à trois séances par jour.
Déjà, je me sens bien. De votre côté, vous pensez déjà que c'est fort limité. Et vous aurez tort!
Certes, la programmation est réduite. Certes, on n'a pas le choix entre douze films avec de grandes affiches en fronton sous lesquelles défilent les horaires de diffusion. Certes, on ne peut aller au ciné qu'après 17h (mais, en même temps, n'est-ce pas le meilleur moment de la journée pour se détendre devant un bon film?).
Mais.
Loin d'être tenu à l'écart du reste du territoire, l'Oceanic propose non seulement des retrospectives récentes (Gran Torino), mais surtout les dernières sorties nationales. Et le trait de génie dans tout ça, c'est de proposer, chaque jour, une programmation différente, à même de contenter tout un chacun. Impossible de s'ennuyer ou d'hésiter entre deux séances se chevauchant: chaque jour, la carte évolue. Les films restent "à l'affiche" plusieurs jours, en réserve (Harry Potter 6) mais ne sont pas servis à toutes les sauces, ce qui permet d'éviter l'indigestion. Point d'ennui, et point de favoritisme. Tous les genres sont représentés.
En bref, la gestion de l'Oceanic est idéale.
Rue de la plage...
Et puis, après, il y a le decorum. Alors, certes, point de lourds rideaux de brocard ou de balcons pâtinés par le temps comme dans ces anciens cinémas aux allures d'opéra. Mais la simplicité d'une structure unique, optimisée au possible, avec d'amples fauteuils de velours rouge et de la place pour étendre ses jambes. Il y a même une mezzanine.
Le charme opère.
Enfin, outre le plaisir sans mélange d'assister chaque soir à la projection d'un film différent conditionné par un choix restreint mais pas aliénant, et de se caler confortablement dans son fauteuil trop profond, il y a les incidents techniques, qui glorifient un peu plus ces instants cinéphiliques rares. L'écran est large, quasi neuf, et l'image ne saute pas. Le son fuse de toutes parts, sans grésillements (on sent que la rénovation est récente). Les bandes-annonces déboulent, le plus souvent en rapport avec le film que l'on est venu voir, et - pour le côté pittoresque - les annonces publicitaires concernent non pas Häagen Dasz ou Miko, mais le coiffeur du coin ou le centre de Spa à la mode. Bref, ça roule, comme sur des roulettes. Alors, lorsque, après 1h30 de film sans accroc, Denzel Washington et John Travolta se mettent à déclamer leur texte sur un ton robotique, et que l'image est parcourue de sursauts inquiétants ne pouvant en aucun cas être le fait de Tony Scott, on sait qu'en salle de projection, quelqu'un a oublié de pédaler. La bande son agonise avant de s'éteindre tout à fait, et l'écran devient désespérément noir. Et c'est là, à cet instant précis que l'on prend conscience d'être dans un cinéma à part. Dans une grande ville, les râleurs auraient pris le dessus, les commentaires mécontents auraient emplit la salle, et l'agacement aurait prédominé. Pas là. Dans une bonne humeur contagieuse, tout le monde a encouragé l'équipe technique, attendant patiemment que le métro 123 reprenne son parcours, sur le ton de la plaisanterie. Ambiance bon enfant. Ciné de vacances.
Bref, cette petite salle, dans laquelle j'ai passé trois soirées, a été un havre salvateur dans le paysage parfois morne de mes vacances, et une raison de plus d'excécrer mon multiplexe citadin. Car ailleurs, la simplicité a décidément bien meilleure saveur, et sublime l'instant de cinéma que d'autres bafouent allègrement à grand renfort de marketing outrancier et de vastes espaces confinés.
 
Vive le cinéma de quartier!"


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