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Woerth au volant, budget gourmand !

Publié le 29 septembre 2009 par H16

Pendant que la blogosphère bruisse des remugles puants de l’affaire Polanski, le gouvernement prépare presque sereinement la fin de l’année et le budget de la suivante avec un optimisme qui confine à la zénitude. Et pour conduire l’avancée majestueuse de l’Etat dans un gouffre de plus en plus profond, Eric Woerth déploie toute la panoplie positive d’esprit festif et jovial qu’il est payé pour produire.

L’optimisme béat, déconnecté de toute réalité et qui fait penser à une ingestion massive d’alcool ou de stupéfiants qui font rire, est parfois nécessaire. Le déni, psychologiquement, est une arme redoutable permettant de survivre sereinement en n’affrontant pas la réalité, avec cependant des effets adverses à long terme qui se terminent par la chambre capitonnée. Et à ce stade d’insouciance bienheureuse, on peut réellement parler de déni.

Pour l’optimisme, il suffit de voir ce que dit Woerth dans le domaine du budget, son occupation actuelle. Il aurait pu être maraîcher ou peintre en bâtiment, il est ministre du budget et c’est donc avec la gouaille goguenarde d’un fier commerçant qu’il nous fait l’article. Il évoque ainsi, un joli sourire aux lèvres, une amélioration de 110 à 115 milliards d’euros l’an prochain, car l’économie ira mieux. La croissance sera de retour, et de l’ordre de 0.75%. On lui collerait presque un assent méridional juste pour le plaisir de l’entendre raconter des blagues.

Puisqu’il le dit.

Le souci, c’est que si le gouvernement nous a surpris, ce n’est pas spécialement avec la solidité de ses prévisions, qui ont dernièrement pêché par … optimisme. Super-sérénité ou import direct d’afghane bien mûrie, on n’en saura rien, mais on se souvient qu’en mars de cette année, les prédictions de déficit et de croissance s’établissaient à 100 milliards et -1.5%, pour parvenir, mine sombre de Fillon en prime, à 140 milliards et -2.25% .

Une erreur de 40%, c’est, certes, plus précis que les patouillages approximatifs du GIEC par exemple. Mais se fourrer le doigt dans l’oeil à 40% près, c’est risque de se l’enfoncer profond dans … la narine. Original, mais ça reste une belle marge, d’autant qu’il s’agit de l’argent du contribuable et de ses enfants dont la dette à rembourser atteint maintenant des sommets stratosphériques. Les poupons qui éclosent actuellement seront heureux de savoir qu’ils vont bosser plus tard pour les petits-fours de Woerth, Fillon et Sarko.

Woerth au volant, budget gourmand !Oh la belle rouge !

Si l’on regarde d’où l’on vient, et qu’on voit là où Fillon et Woerth estiment pouvoir nous emmener, on ne peut qu’être plongé dans un océan de perplexité ; c’est la négociation épileptique de chicanes poussée au rang d’art.

Car, je le rappelle, il n’est pas à l’ordre du jour pour le gouvernement de faire de réels efforts en matière de dépenses, et même plutôt du contraire. Et question morosité, la crise ne semble pas du tout, mais alors pas du tout finie : un des indicateurs principaux de la santé économique française, les mises en chantiers de logements neufs, n’indique pas de frémissement. En fait, c’est même plutôt un dépérissement :

Sur les trois derniers mois, la baisse est de 42% pour les logements individuels purs et de 14,3% pour les individuels groupés. Pour les logements collectifs, les mises en chantiers chutent de 24,3% sur le trimestre.

Comme « quand l’immobilier va, tout va », les perspectives semblent sombres. Et ce qui est vrai pour les mises en chantiers se confirme avec les ventes, tant dans le neuf que dans l’ancien : les prix plongent. Il est bizarrement loin le temps où l’on pouvait lire « l’immo, c’est du sûr, ça ne peut pas baisser« .

On pourrait ici parler – pour rire :( – du chômage, je l’ai déjà fait dans de précédents articles, ou multiplier les coupures de presse relatant toutes un tableau sensiblement moins rose que celui qu’on voudrait nous faire gober, Strauss-Kahn en tête. Mais il faut tout de même se ranger à l’évidence : si la crise est finie, on a bien du mal à expliquer la vague d’emmerdes qui se précise à l’horizon.

Woerth au volant, budget gourmand !

Or donc, pas de diminution du train de vie trépidant de l’état : on se contente de ne pas renouveler 33.000 postes dans la fonction publique (qui en compte des millions). A ce rythme, et pour la diminuer de moitié, il faudra plusieurs dizaines d’années. Mais Woerth pérore que nous n’aurons qu’un mini-gouffre déficitaire l’année prochaine (en lieu et place du macro-trou que nous avons maintenant).

Il faudra donc … augmenter les rentrées.  Et ça tombe bien : troquer un problème gigantesque (la dette) pour des milliers de petites emmerdes épuisantes (les taxes), c’est devenu une habitude.

Puisque la croissance sera au rendez-vous (et 0.75%, quelle aubaine, ça c’est de la vigueur !) et que le pays dispose d’une confortable marge en matière de taxation et de fiscalité (comment ça, vous ne le saviez pas ?), il sera facile d’éponger les soucis avec de judicieux petits prélèvements quasi-indolores :

  • disparition de la prime à la casse.
  • taxe carbone légère et court-vêtue (et temporaire, hein, qu’on vous dit).
  • taxation des plus-value mobilières et immobilière ; dans un marché qui sombre, c’est finement joué.

Bref, que du bon sens : on cogne sur tout ce qui bouge et on aplatit ce qui dépasse. Le pouvoir d’achat va encore visiblement augmenter : entre la fabuleuse croissance et la diminution des taxes, les Français vont subitement se sentir plus riches. C’est évident.

Depuis des douzaines d’années, la promesse d’un budget à l’équilibre a été repoussé, de façon constante (et prévisible, elle), à « dans trois ou quatre ans ». Et la situation n’était pas celle d’une économie mondiale en crise. Évidemment, il est maintenant plus facile de mettre sur le dos des difficultés rencontrées l’impossibilité d’aboutir à ce fichu équilibre budgétaire de dans trois ans qu’on y est mais qu’on n’y est pas du tout.

En attendant, le résultat est le même : pour le budget en équilibre, vous pourrez vous brosser, on a perdu l’habitude.

Enfin, le plus beau : toutes les petites charges qui s’accumulent sur votre salaire permettront de se faire encore moins bien rembourser par la Sécu. Quel bonheur !

C’est dans ce genre de performances, relatées ici dans Le Monde, que notre Woerth se dépasse.

On note tout d’abord un petit rappel essentiel, terriblement paillettes & petits fours :

« Nous avons l’un des meilleurs systèmes d’assurance-maladie au monde… Mais nous avons aussi celui qui assure la couverture maladie la plus large et la plus équitable. »

Voyez ? Pas de quoi pleurnicher.

Bon, certes, après ce petit orgasme patriotique, il doit admettre que « notre système est menacé par les déficits. » Mais le bougre nous rassure tout de suite :  « Grâce un effort sans précédent de maîtrise des dépenses, le déficit de l’assurance-maladie a été divisé par deux entre 2005 et 2008″.

« Effort sans précédent de maîtrise des dépenses » qui aboutit à … un déficit. Mais saperlotte, un effort sans précédent aurait été que le déficit soit résorbé, pas amoindri alors que la croissance affichait encore des choses avant la virgule ! Tout se passe maintenant comme si le fait de faire moins de dettes, moins de gabegie, moins de trous constituait un exploit !

Et aussitôt passé la stupéfaction de le voir tout frétillant de bonheur à l’idée d’avoir moins cochonné son budget que les autres, il enquille direct sur, patatras, « le déficit sera supérieur à 10 milliards en 2009″ et pareil en 2010. Zut et rezut.

La médiocrité érigée en but à atteindre.

Moyennant quoi, on va diminuer les remboursements, et on va axer l’agitation cosmétique sur « l’efficacité de l’hôpital » dont les effets, nous dit dame Roselyne, se feront sentir « dès l’année prochaine » . Notez que les effets de toute politique ne se font jamais sentir tout de suite. Comme pour les budgets équilibrés, c’est toujours pour plus tard.

La conclusion est savoureuse : « Il faut maintenant affronter la réalité« .

Oui. La réalité, c’est qu’au vu de l’averse de taxes, l’Etat n’a plus un rond et la Sécu non plus.

Heureusement, on a Polanski.

Ça fait mousser les peoples.


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