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Schizophrénie et stock-options

Publié le 30 septembre 2009 par Bernard Carlier

Schizophrénie et stock-options, par Pierre-Yves GomezExtrait d’un article très intéressant du Monde.fr

Le comportement de certains dirigeants de la société EADS qui ont, selon le rapport de l’Autorité des marchés financiers (AMF) publié en juillet, cédé leurs stock-options quelques jours avant de rendre public un retard considérable dans la production de l’A380, est symptomatique des contradictions de la gouvernance actionnariale des entreprises.

(…)

Sans renier cette conception, la théorie néolibérale des années 1980 a établi que l’efficacité du dirigeant se prouve au final par l’accroissement de la valeur du capital de l’entreprise. Plus le prix de l’action monte, plus le dirigeant paraît compétent. Or, selon la logique libérale, le dirigeant sert d’autant mieux les intérêts des actionnaires s’il sert en même temps ses propres intérêts. C’est pourquoi il convient de lui attribuer des stock-options. Comme le cours de l’action n’augmente que s’il y a des profits futurs, l’actionnaire est assuré que l’entreprise est bien gérée.Si la théorie est simple, la pratique a créé des effets inattendus. Car, s’il est bon investisseur, le dirigeant doit lever ses stock-options lorsqu’il est sûr que le cours est au plus haut.

C’est le cas lorsque la croissance de l’entreprise atteint un palier et qu’on ne peut plus espérer une augmentation significative des profits ; ou bien lorsque l’entreprise va connaître des difficultés, et qu’il est donc raisonnable de vendre avant que le cours baisse.

Or, le dirigeant a, par définition, des informations de première main sur l’évolution de l’entreprise. Comment l’empêcher de les utiliser à son avantage, puisque la recherche de son intérêt financier est aussi supposée le motiver ?

S’il vend ses stock-options avant une chute de l’action, deux interprétations sont possibles : soit c’est un bon manageur qui est au courant d’éventuelles difficultés futures de l’entreprise et, comme c’est aussi un bon investisseur, il vend ses titres ; on peut alors, à bon droit, l’accuser de délit d’initié.

Soit il n’est pas au courant des difficultés de l’entreprise. C’est un investisseur peut-être avisé, mais, manifestement, c’est un mauvais manageur dont l’incompétence ne justifie pas les revenus. Dans les deux cas, il a agi selon ses intérêts d’investisseur, comme on l’a incité à le faire…Une troisième hypothèse est possible : bien qu’il connaisse les difficultés qui attendent son entreprise, il ne vend pas ses stock-options, en dépit de son intérêt personnel. C’est alors un bon manageur… mais un mauvais investisseur.

Il fait preuve d’une belle abnégation vertueuse, qui n’est pourtant pas ce que recherchent les investisseurs qui, eux, spéculent sur ses décisions…

Pourquoi l’avoir donc conduit à agir comme un investisseur si, finalement, on attend de lui qu’il ne se comporte pas toujours… comme un investisseur ?

Alors que l’on glose souvent sur la schizophrénie des salariés-actionnaires, on devrait s’intéresser davantage à celle qui peut menacer des dirigeants incités à agir, au plus haut niveau, selon des injonctions paradoxales.

Pierre-Yves Gomez est professeur à l’EM Lyon et directeur de l’Institut français de gouvernement des entreprises (www.ifge-online.eu)


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