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Crise financière : les conséquences inattendues de la réglementation

Publié le 30 septembre 2009 par Unmondelibre

Crise financière : les conséquences inattendues de la réglementationJohan Norberg, le 30 septembre 2009 - La plupart des banquiers méritent le contrecoup qu'ils subissent en ce moment. Les erreurs absurdes et la bêtise pure que nous avons vues sur les marchés financiers dans la dernière décennie ne sont pas ce que nous devions attendre des Maîtres de l'Univers. Et le coût des sauvetages donne un nouveau sens à l’expression « braqueur de banque ».

Mais les banquiers ne sont pas les seuls que nous devrions considérer sous un jour nouveau. L’autre victime de la crise devrait être la croyance dans les pouvoirs et les vertus de la réglementation étatique : leurs empreintes digitales se retrouvent en effet partout sur la scène du crime.

Il y a 39000 personnes qui travaillent à plein temps à réglementer les marchés financiers aux États-Unis seulement. Que faisaient-elles quand la bulle gonflait ? Eh bien, elles ont aidé à la gonfler.

Dans les années 1970 et 1980, nous avons appris que la réglementation des marchés de produits causait de nombreux problèmes. L'école des choix publics nous a enseigné que lorsque les régulateurs ont à choisir entre l'augmentation de leurs pouvoirs et leurs budgets et ce qui améliore la société, ils choisissent généralement la deuxième possibilité. Et même les réglementations bien intentionnées produisent souvent des conséquences inattendues qui transforment les petits problèmes en grands problèmes.

Mais quand les marchés financiers semblaient se porter raisonnablement bien, ce type de critique n'a jamais vraiment eu d'impact sur le monde de la finance.

La crise a tout changé ! Une anatomie détaillée de la bulle montre que bon nombre des politiques et des réglementations destinées à réduire les risques financiers les ont en fait accrus. L'exemple le plus évident est la politique de l’Etat américain de sauvetage des institutions financières afin d'éviter les crises, qui a rendu plus probable que ces institutions adoptent un comportement à risque. Et la tentative de la Fed d’abolir les récessions avec des baisses radicales des taux d'intérêt qu'elle fixe a abouti à la plus grande bulle financière de l'histoire, et l'une des pires récessions.

Mais il y a plusieurs autres exemples dans cette crise. Dans les années 1970, la SEC a donné aux grandes agences de notation un rôle régulateur. Elles ont obtenu le droit de définir officiellement des risques, et les autres investisseurs ont été contraints de s'y conformer ; de nombreux fonds n’étaient pas autorisés à investir dans tout ce qui n'était pas officiellement noté comme un bon investissement, et d'autres institutions ont été obligées de détenir plus de capital si elles le faisaient.

Cet oligopole a été accordé en vue de contrôler les risques. Mais les institutions ont utilisé leur nouveau rôle pour gonfler les cotes, et les actifs immobiliers dangereux furent soudainement considérés comme sans risques une fois titrisés. Un analyste d’une grande agence de notation a pu déclarer dans une discussion interne que ces produits auraient reçu ce traitement généreux même s’ils avaient été structurés par des vaches. Mais tout cela payait bien, et le marché était forcé de suivre leurs notations de toute façon, alors pourquoi pas ?

Les banques ne détenaient pas ces valeurs mobilières de manière transparente, mais dans l'opacité « du secteur bancaire de l'ombre », pour tenter de réduire leur risque. Les régulateurs bancaires les plus intelligents du monde industrialisé se sont réunis il y a six ans pour produire les accords de Bâle sur les exigences de capital des banques. Leurs règles ont renchéri pour les banques le coût de détenir des actifs — comme les actifs hypothécaires titrisés — dans leurs bilans, mais rendu rentable de les cacher en produits opaques financés par des prêts à court terme sur le marché.

Donc, si même si les meilleurs et les plus brillants introduisent une réglementation pour le bien –pensent-ils - de tous, il y a des conséquences inattendues. Mais les administrations et les autorités ont aussi leurs propres agendas et leurs propres intérêts, et parfois cela l'emporte sur le bien-être social. Une raison pour laquelle les régulateurs financiers n'ont pas remarqué ce qui se passait, c'est qu'ils étaient engagés dans une guerre de lobbying pour la captation d’une rente. Un ancien commissaire de la SEC a admis que son organisation n'a pas réussi à développer de marchés ouverts pour les titres hypothécaires, car elle a été « distraite ». L'objet de son temps et ressources : s’accaparer le pouvoir des autres organismes gouvernementaux en commençant à réguler les fonds spéculatifs et introduire de nouveaux types de surveillance des fonds communs.

Il faut une nouvelle approche de la réglementation. Le monde est complexe, et les progrès y sont souvent réalisés par essais et erreurs. Imposer un standard unique confine tout le monde à la connaissance actuelle des bureaucrates qui produisent ce standard, et empêche les individus et les entreprises de s’adapter aux nouvelles informations lorsqu’elles sont découvertes. Cela ne peut pas être évité dans tous les cas, mais il est toujours important d'alors évaluer le standard de manière critique et de conserver des parties de l'économie non réglementées afin que nous ne mettions pas tous nos œufs dans le même panier.

Il y a un an, les fonds spéculatifs non réglementés étaient encore debout et fournissaient des liquidités à l’économie quand tout le reste avait échoué, en partie parce qu'ils n'étaient pas soumis aux mêmes exigences de fonds propres que les autres secteurs. Si les tentatives de les réglementer devaient réussir aujourd’hui, nous donnerions le même talon d’Achille à tous les acteurs financiers. Il peut être peu probable que ce soit le talon qui sera touché la prochaine fois, mais si c’est le cas, tout le monde tombera en même temps.

Il ne faut pas trop attendre des nouvelles réglementations. La crise de demain est souvent le résultat des solutions apportées à la crise d’hier.

Johan Norberg est chercheur au Cato Institute et auteur d’un nouveau livre : « Financial Fiasco: How America's Infatuation with Home Ownership and Easy Money Created the Economic Crisis ».


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