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Avorter ?

Par Raymondviger

2923_186825020017_824765017_6541845_6943489_n Je n’en croyais pas mes yeux. Cela ne pouvait pas m’arriver à moi. Pourtant, à regarder le résultat du test, il n’y avait aucun doute. J’étais enceinte.

À 38 ans, après plusieurs années d’essais, j’en étais venue à croire que c’était peut-être impossible, que j’étais infertile. Et voilà qu’à peine un mois dans une nouvelle relation, même avec protection, sans prévenir…une grossesse. Pendant un doux moment, je ne pouvais effacer le sourire formé sur mes lèvres. Pour moi, c’était comme un miracle.

Ma joie fut vite assombrie par la triste réalité de ma situation. Je retournais au pays après 6 ans d’absence pour faire le point sur ma vie. Je voulais changer de carrière et prendre le temps nécessaire pour faire un choix réfléchi. Je n’avais pas d’emploi stable et je n’en voulais point. Je souhaitais explorer différents métiers, écrire, faire de l’escalade et voyager.

L’avortement, un choix ?

Ne sachant pas moi-même que faire de ma vie et comment subvenir à mes besoins, comment pouvais-je même penser à subvenir adéquatement aux besoins d’un enfant ? L’avortement semblait être un choix sain et responsable.

D’un autre côté, cela faisait 11 ans que je voulais un enfant. Je savais que mon horloge biologique me rapprochait du jour où une grossesse serait impossible. Était-ce ma seule occasion de devenir mère ? En choisissant de ne pas avoir cet enfant, n’était-ce pas aussi un peu prendre le risque de renoncer à la maternité à tout jamais ?

Mère monoparentale, adoption, avortement ?

Tous les scénarios possibles et imaginables se bousculaient dans ma tête. Élever un enfant avec un homme que je connaissais à peine, être mère monoparentale, le mettre en adoption, avorter, un million de détails… tant de possibilités. Bien que le choix fut difficile, j’optai finalement pour l’avortement. Je ne me sentais pas capable de donner à cette nouvelle vie tout ce dont elle avait droit et besoin. En tout cas, pas maintenant.

Je commençai donc à chercher où l’on pratiquait des avortements à Montréal. À mon grand étonnement, il était impossible de prendre rendez-vous immédiatement. Il y avait au minimum une semaine d’attente partout, à part le centre Morgentaler, plus dispendieux. Je savais que je n’étais pas la première à faire ce choix, mais j’étais loin de me douter du nombre de femmes qui avaient besoin de ce service également.

En cherchant sur Internet, j’ai appris qu’il y avait environ 46 millions d’avortements par année sur notre planète. J’étais une des chanceuses qui avait accès à des infrastructures médicales sécuritaires puisque le Canada a légalisé l’avortement. Mais ce n’est pas le cas partout dans le monde. Vingt millions de femmes par année n’ont pas cette chance; elles mettent sérieusement leur vie en danger en choisissant l’avortement. J’étais ahurie devant ces chiffres. Je ne croyais pas qu’on en était encore là en 2007.

Centre de santé des femmes de Montréal

Je réussis à obtenir un rendez-vous au Centre de santé des femmes de Montréal deux semaines plus tard. L’attente m’apparut interminable. Mentalement, ma décision était prise et je n’ai jamais changé d’idée par la suite. Mais ce n’était pas parce que j’avais décidé de ne pas le garder que j’étais moins enceinte. Tout au contraire !

Mon corps se transformait sous mes yeux. À 5 semaines de grossesse seulement, mes seins avaient déjà grossi au point que la plupart de mes soutiens-gorge ne me faisaient plus. Non seulement mes seins étaient-ils gigantesques, ils étaient aussi hyper sensibles et me réveillaient la nuit. J’avais également des crampes semblables à celles des menstruations. Extrême fatigue, acné, flatulences, constipation, nausée et changement du goût de certains aliments se mirent également de la partie. Pour moi, tous ces changements étaient d’autant plus difficiles à supporter que j’avais décidé de ne pas poursuivre ma grossesse. Je voulais seulement retrouver mon rythme de vie et mon corps d’avant.

La journée précédant l’avortement, je me rendis au Centre pour une rencontre afin de remplir les documents nécessaires, déterminer le stade de la grossesse et m’informer de la procédure du lendemain. Quel soulagement de me retrouver dans un endroit accueillant qui ne ressemblait en rien à un hôpital !

Le centre était un logement converti. Il y avait un salon et même une grande cuisine. Les intervenantes, toutes des femmes, étaient calmes, chaleureuses et compréhensives. Elles ont su me rassurer et me mettre en confiance immédiatement. La docteure a déterminé que j’étais dans ma sixième semaine de grossesse et qu’aucune complication n’était apparente. On pouvait donc procéder à l’avortement le lendemain.

Le jour de mon avortement

Le jour J, à ma demande, on m’a donné des calmants et une injection pour m’aider à me détendre. Le centre donne toujours à chaque femme le choix des médicaments. Bien que j’avais confiance et aucun doute sur mon choix, j’étais nerveuse et je craignais la douleur qu’une telle procédure pourrait provoquer. Quoiqu’on m’avait assuré qu’un fœtus de cet âge ne se discernait qu’au microscope, j’avais peur de voir un minuscule bébé tout bien formé de quelques centimètres aspiré hors de moi.

J’étais consciente durant toute la procédure. Il y avait trois femmes avec moi dans la salle: la docteure, son assistante et une accompagnatrice à mes côtés pour me parler, me rassurer, m’expliquer ce qui se passait. La procédure ne dura que quelques minutes. Bien qu’inconfortable, cela n’a pas été atrocement douloureux. C’était comparable à des grosses crampes de menstruation. J’ai demandé à voir ce qui avait été retiré. À mon grand soulagement, je n’ai même pas pu identifier le sac embryonnaire. Tout était trop petit pour ressembler à quoi que ce soit. Ensuite, on m’accompagna dans une salle de repos.

Je n’oublierai jamais cette expérience. Bien qu’un avortement ne soit pas un événement souhaitable, je suis reconnaissante de l’avoir vécu dans un endroit aussi chaleureux et compatissant que le Centre de santé des femmes à Montréal. Dire qu’il y a quelques mois à peine, je me trouvais en Turquie. Je n’ose même pas imaginer ce que mon expérience aurait pu être là-bas…


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