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Payés pour leur présence

Publié le 02 octobre 2009 par Soseducation

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Ce n’est pas seulement une mesure gadget – une de plus – que vient de mettre en place, à titre d’expérimentation, l’académie de Créteil, c’est une véritable provocation et une dangereuse innovation. Il s’agit de rémunérer lesdits élèves lorsqu’ils consentiront à se rendre en classe au lieu de faire l’école buissonnière !

Six classes, choisies dans trois lycées professionnels de cette académie, se verront proposer ce prétendu remède à l’absentéisme : les élèves recevront en début d’année une « cagnotte » fictive de 2 000 euros, qui augmentera tous les deux mois jusqu’à atteindre 10 000 euros s’ils font preuve d’assiduité. Remise aux élèves à la fin de l’année, elle leur permettra de se payer un voyage ou des leçons pour passer le code de la route.

Cette « expérience » est scandaleuse à plusieurs égards.

En premier lieu, l’enseignement en France est obligatoire et gratuit – or ce cadeau inestimable est considéré comme un dû, voire comme une corvée. Les élèves français – y compris ceux qui sont issus de l’immigration et qui font souvent partie des « populations défavorisées » prioritairement visées par l’innovation de l’académie de Créteil – ont oublié qu’étudier est une chance qui n’est pas donnée à tous les adolescents dans le monde. Il n’en va pas de même ailleurs.

Au Maroc, par exemple, la scolarisation est théoriquement obligatoire et gratuite pour les enfants de 6 à 15 ans depuis 2002, mais en pratique, le taux national de fréquentation dans le secondaire sur la période 2000-2007 ne dépasse pas 39 % pour les hommes et 36 % pour les femmes, selon l’Unicef.

Au Mali, le taux de fréquentation dans le secondaire est de 15 % pour les garçons et 11 % pour les filles.

En Inde, où l’enseignement est théoriquement gratuit et obligatoire de 6 à 14 ans depuis le mois d’août dernier, 70 millions d’enfants ne fréquentent pas l’école. Les taux de fréquentation dans le secondaire sont de 59 % pour les garçons et de 49 % pour les filles.

Il est pour le moins immoral de rémunérer la présence des élèves en classe en France, alors qu’ils profitent de la chance qui leur est donnée d’accéder aux études et au savoir afin de préparer leur propre avenir !

Par ailleurs, cette mesure représente une véritable insulte faite aux enseignants, aux élèves eux-mêmes et à l’ensemble des citoyens.

Insulte aux enseignants et aux chefs d’établissement, dont le rectorat bafoue l’autorité en « achetant » les élèves pour qu’ils acceptent d’assister aux cours.

Insulte aux élèves, que l’on tient pour incapables de comprendre par eux-mêmes l’intérêt de faire des études.

Insulte aux citoyens, qui déboursent déjà près de 60 milliards d’euros pour abonder le budget de l’Éducation nationale, premier poste budgétaire de l’État. C’est déjà un effort considérable. Est-il concevable d’en exiger davantage de leur part pour « récompenser » une attitude qui représente le minimum que l’on puisse attendre d’un élève ?

Il existe 1 687 lycées professionnels en France, dispensant leur enseignement à plus de 700 000 élèves. En admettant que l’on attribue 10 000 euros à deux classes dans chacun de ces établissements, comme c’est le cas dans chacun des trois lycées choisis pour cette expérience, le coût de la mesure s’élèverait déjà à plus de 33,7 millions d’euros. Mais pourquoi s’en tenir à deux classes et aux seuls lycées professionnels ? Il existe en France 9 651 collèges et lycées…

Enfin, on peut s’interroger sur les conséquences de cette mesure aberrante au sein même des classes. Les établissements qui sont le plus concernés par l’absentéisme sont souvent aussi ceux qui sont le plus touchés par la violence scolaire. L’éventuelle baisse de cette cagnotte risque d’accroître les tensions, en particulier lorsqu’on annonce une forte épidémie de grippe. Si des élèves tombent malades, leurs camarades ne leur tiendront-ils pas rigueur de leur absence ?

Pour toutes ces raisons, les 80 000 membres de SOS Éducation demandent à Luc Chatel, ministre de l’Éducation, de mettre fin à l’expérience en cours dans l’académie de Créteil et de renoncer aux mesures-gadget, qui coûtent cher et ne règlent rien.


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