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Demaerd et les Droits de l’Homme

Publié le 03 octobre 2009 par H16

Dès l’avènement des nouvelles technologies, Demaerd Industries, la société tentaculaire, a très vite compris l’importance des nouveaux médias et a rapidement décidé de les utiliser pour accroître son potentiel commercial. C’est pourquoi la multinationale, qui a su s’imposer par ses produits spécifiques et ses slogans simples ( »Un produit vraiment pas cher ? C’est un produit Demaerd !« ) emploie maintenant des douzaines d’internautes : ils sont chargés de trouver, sur le réseau des réseau, des sociétés, des associations, des corporations dont la communication n’est pas efficace et que la plus grosse multinationale mondiale va pouvoir aider.

Cette fois-encore, c’est la filiale Demaerd Political Deep Thinking de Demaerd Corp., célèbre pour ses propositions vestimentaires, qui s’est intéressée au cas troublant de la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme (la FIDH). Cette dernière a réussi a produire une vidéo assez perturbante.

Pour que le lecteur se fasse une opinion, la voici :

Comme on peut le constater, le message est particulièrement ambigu et mal fichu, comme l’a développé Demaerd Political Deep Thinking dans son rapport gracieusement remis à la Fédération au cours d’un cérémonie où aucun petit four n’aura été épargné, d’autant qu’ils ne sont pas payés  par Demaerd Corp mais … par vous.

Ce rapport développe en effet les points ci-après.

Dans ce clip, on remarque que même si les personnes présentes dans le bus discutent en effet librement d’hommes et de partis politiques, aucun sujet typiquement politique n’est abordé. On parle ainsi beaucoup de forme ( »ministre télégénique »), mais absolument pas de fond.

Or, le but du petit clip de propagande est de montrer que dans un monde normal, les gens devraient pouvoir émettre, justement, des opinions politiques sans risquer des réactions adverses.

Il apparaît cependant évident que ces interlocuteurs vivent dans le monde bisounours de la FIDH :

1. Le bus n’est pas totalement plein.

C’est une erreur manifeste. Car chacun sait que les bus, dans les métropoles, sont toujours dans deux positions :

  • quasi-vides, offrant ainsi au chauffeur et à une ou deux vieilles à cabas à roulettes l’occasion de cramer 40L de diesel au 100 km en écoutant la radio dégoiser ses angoissants messages de lutte contre la pollution et pour les économies d’énergie…
  • sur-bondés, permettant ainsi un contact intime, prolongé (et efficace pour la propagation de la grippe A) des voyageurs entre eux pendant la courte heure et demie que va durer le trajet de 4km dans des embouteillages monstrueux provoqués par l’aménagement sadique et répétitif de couloirs de bus mal bigornés dans les artères les plus passantes.

L’idée qu’il puisse exister des bus peu plein (mais pas vide), roulant manifestement sans problème dans les rues fluides d’une grande ville européenne ne peut être émise qu’après l’ingestion massive de champignons hallucinogènes.

2. Le bus est plein de gens jeunes et au courant des actualités.

La filiale de Demaerd Corp. ne peut qu’inciter les producteurs de cette édifiante boutade publicitaire à se rendre dans un vrai bus, aux heures de pointe.

Ils y trouveront des gens dont l’appétit de discussion (politique, médicale, financière, météorologique, ou même musicale) est généralement extrêmement ténu, non parce qu’ils n’ont pas le droit mais parce qu’en général, ils n’en ont pas envie.

Ils pourront aussi noter qu’en moyenne, lorsque deux jolies pouffes discutent, c’est plus que rarement de politique.

Ils s’apercevront ensuite que les gens qui trainent dans les bus sont, en substance, ceux qui n’ont pas eu l’occasion de prendre leur voiture particulière soit parce qu’ils sont trop jeunes, trop vieux ou trop pauvres à force de ponctions répétées de l’état pour faire fonctionner les lignes de bus, tram, train et métro déficitaires.

Autrement dit, l’image ridicule d’une brochette frétillante de jeunes cadres dynamiques discutant spontanément de people ou de politique au milieu d’un bus est tout simplement trop improbable pour retracer quelque réalité que ce soit.

3. Les opinions exprimées sont violemment édulcorées

Demaerd Political Deep Thinking propose que la FIDH refasse une nouvelle vidéo dans laquelle les opinions seraient un tantinet plus tranchées, beaucoup plus proche de ce qui pourrait se passer en réalité.

On pourrait ainsi envisager un bus parisien dans lequel un ou deux militants UMP viendraient faire de la retape, distribuer des flyers de propagande aux classes moyennes entassées dans le véhicule moite. Tout de suite, le dialogue s’installerait : certains, passablement remontés par les hausses continues et accélérées d’impôts et de taxes, s’empareraient des petits cartons pour les faire avaler à l’un des militants.

busfidh

Dans la panique, on pourrait nettement voir quelques énergumènes festifs en profiter pour carotter un ou deux téléphone portable, pendant qu’au fond, un SDF très aviné, au milieu d’une foule pourtant tenue à l’écart grâce à ses effluves corporelles, se décide à soulager son estomac sur un des fauteuils judicieusement laissé libre à côté de lui.

Les affaires seraient à peine calmées par l’irruption d’une volée de contrôleurs et de policiers lourdement armés qui, passant dans les rangs, interpelleraient une vieille dame incapable de sortir sa carte vermeil, pendant que les loustics, deux rangs plus loin, négocient la revente du portable à  la victime du vol.

Le chauffeur, de plus en plus pressé d’en finir avec son service, conduirait le bus avec la finesse et la douceur qui caractérisent les transports en communs parisiens, ponctuant chaque dépassement de taxi par un bon coup de klaxon rageur.

A la fin de la scène, l’un des deux militant UMP serait expulsé du bus à moitié nu dans un abribus normal, c’est-à-dire massivement tagué et dont la poubelle a récemment brûlé pendant que l’autre négocierait une trêve par l’achat d’une carte au NPA à un délégué syndical venu en renfort des contrôleurs pour constater les conditions de travail pénibles du chauffeur et déclarer une grève dans les 8 heurs suivantes.

Voilà, en procédant ainsi, on montrerait un vrai débat citoyen dans un bus, tel qu’il est vécu, avec ce petit côté documentaire animalier qui donne une force toute particulière à ces spots à caractère informatifs.

Demeard vous remercie de votre attention.

Vous pouvez à présent retourner sur France 2.


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