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Le syndrome du Titanic ; Nicolas Hulot

Publié le 06 octobre 2009 par Chezfab
affiche.jpg Que dire de ce film… Ca se complique avec monsieur Hulot.

D’un côté, nous ne pouvons qu’apprécier que son documentaire ne soit pas un documentaire zoologique ou sublimant la nature. Non, c’est bien un pamphlet contre la société de consommation qui est ici présenté.

Et l’appel à la prise de conscience est salutaire, nous ne devons pas le nier. Mais le fond et la forme laisse parfois à désirer grandement.

C’est le cas déjà du choix de parler à la première personne. Oui, Nicolas Hulot, vous l’aurez dans les oreilles durant tout le film. Et nous constatons malheureusement que c’est… fatigant ! Déjà par le côté très moralisateur qu’il emploie. Nous sommes presque dans le religieux là aussi (c’est un peu la filiation avec Home de Yann Arthus Bertrand). La première phrase du film, détournée de Simone de Bauvoir, qui est : « Je ne suis pas né écologiste, je le suis devenu » pose le ton du film. Nicolas Hulot va vous expliquer comment lui est sur le bon chemin, et comment il va faire pour vous (nous) sortir de l’ornière… Sauf que nous restons sur notre faim côté solutions !

Bien sur le film souligne pas mal de choses intéressantes. Parfois avec une côté assez dérangeant quand aux choix : les mégapoles surpeuplées sont presque toutes… asiatiques. Drôle d’orientation que de montrer uniquement cela. Nous en venons à nous demander, au final, s’il n’y aurait pas une forme de rejet d’une partie de la population, malgré les bons sentiments affichés. Peut être un simple choix maladroit, mais qui laisse un drôle de goût.

Au niveau des constats, le film est assez bon. Le problème, orienté comme il l’est, le métrage n’offre pas de solution.s Et ce n’est pas l’empilement de personnalités mondialement connues qui peut offrir l’éclairage nécessaire, tant elles sont réduites au plus simple … Alors oui vous croiserez, sous différentes formes, Robert Oppenheimer, Muhammad Yunus, Nelson Mandela, Salvador Dali, Al Gore, Hubert Reeves, Lula, John Fitzgerald Kennedy… Mais tout cela n’offre qu’un constat presque d’échec tant l’agencement n’est pas positif. Une erreur de montage, sans doute.

Mais au-delà de ça, si le film dresse un constat intéressant, il a aussi un côté « moi, animateur de télévision, je détiens le seau de la moral ». C’est ainsi qu’une phrase très agaçante comme « Je m'améliore chaque jour un peu plus. J'essaye de m'extraire de la société de consommation mais pas encore suffisamment », tant elle suinte la prétention, nous est assenée. Suivez mon exemple brave gens, je détiens la vérité.

Sauf que c’est là que le bas blesse. Le film n’apporte pas de réelles solutions tant il cherche à ménager, à l’habitude d’Hulot, chèvres et choux. Nous sentons poindre une envie de dire que le capitalisme et le productivisme sont la cause de tout cela, mais non, ça ne sortira jamais réellement dit ainsi. De la même façon, le rôle de l’oligarchie dirigeante et des multinationales est inexistant ou minimisé. C’est plus que gênant, mais nous comprenons d’un coup, avec un certain désarroi, que Nicolas Hulot n’a pas l’intention d’aller plus loin que le constat et quelques pics sur les consommateurs (car eux sont prêts à entendre).

Et là le malaise s’installe. Nous repensons à la phrase de Gandhi : « L’exemple n’est pas le meilleur moyen de convaincre, c’est le seul ». Alors nous nous plongeons dans les interviews données autour de la sortie du film. Et c’est dans Gala (déjà rien que la référence est amusante) que nous lisons les choses les plus étonnantes. ( Ref : http://www.gala.fr/l_actu/on_ne_parle_que_de_ca/nicolas_hulot_le_super_heraut_188720).

Il dit clairement dans cette interview qu’il est fatigué. Mais personne ne lui a demandé d’être un martyr ! Va-t-il essayer de nous faire croire qu’il souffre de son positionnement ? Que cela a entravé sa vie comme elle entrave celle de millions de combattants des droits de l’homme ou pour la nature de par le monde ? Aurait il cette indécence lui qui émarge à 30 000 € par mois ? Et bien oui, il suffit de lire :

Le super héraut de l’écologie est fatigué. Voilà vingt ans qu’il se bat pour sauver la planète grâce à sa fondation. «Une vie», lâche-t-il, l’air songeur, rêvant d’une pause, d’un ailleurs.

Rien que cela… Pauvre Nicolas, vous avez tant souffert… Désolé du ton un peu ironique, mais nous ne pouvons nous empêcher de penser à ces syndicalistes enfermés, à ces défenseurs des droits de l’homme tués, à Aung San Su Kyi, par exemple, qui vit cloitrée par ses ennemis depuis des années. Et lire que « monsieur Hulot est fatigué », cela nous laisse quand même pantois.

Mais cela ne s’arrête pas là. Oui, il nous dire faire des efforts, du vélo… Mais sa famille prend l’avion pour aller loin au moins une fois par an ! Attention, vous avez bien lu. Monsieur Hulot doit ignorer qu’un Paris / New York c’est quasiment 8000 km en Twingo en ville en terme d’émission de CO2 rejeté par personne. Donc si tous les ans sa famille fait « un grand voyage », elle annule de fait les efforts fait sur le CO2 pour 5 ans ! Et ce, chaque année…

Mais je reste humain. Je laisse encore de la place pour le superflu et l’incohérence. Il m’arrive de céder à la tentation. Une fois par an, nous prenons l’avion et nous offrons un voyage lointain.

La chose dont nous ne pouvons pas douter c’est que Nicolas Hulot est un gentil. Mais il perd de vu du coup des réalités pourtant prégnantes : c’est bien le système capitaliste qui met à mal toute la planète et l’humanité. C’est bien le productivisme qui entraîne ce vers quoi nous allons. C’est bien la dépolitisation, que prône à longueur de temps sa fondation, qui entraîne le manque de réactions.

Alors oui, monsieur Hulot, les multinationales qui vous financent le font pour se servir de votre image, et non, elles ne sont pas prêtes à changer quoique ce soit. Oui, seul un changement de société, et donc un changement politique, au sens premier du terme, pourrait nous permettre de limiter les dégâts. Non, votre approche basée sur la bonne volonté et la quasi bondieuserie autour de Gaïa n’est pas celle qui suffira à le faire.

Comme le dit assez bien Hervé Kempf, le manque de recule de Nicolas Hulot face à l’oligarchie est flagrant. Et cela donne ce passage très juste (Ref : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/10/03/nicolas-hulot-et-l-oligarchie-par-herve-kempf_1248846_3232.html )

Dans le commentaire habillant les images, il dit : "Je suis perdu." Perdu ? Ah ? Je lui téléphone pour comprendre. Il répond : "Je suis perdu parce que je ne comprends pas qu'il faille autant d'énergie pour placer des évidences auprès de nos élites. Des gens qui ont une intelligence parfois fulgurante ont des angles morts, c'est-à-dire qu'ils n'arrivent pas à comprendre que leur modèle économique ne tiendra pas."

C'est le problème de Nicolas Hulot, et donc notre problème : il croit que l'action politique est aujourd'hui inspirée par la recherche du bien commun. Mais il oublie la force des intérêts : l'intérêt individuel et l'intérêt de classe. Ce qu'Hulot appelle les élites, c'est aujourd'hui une oligarchie. Elle ne veut pas entendre l'évidence de la crise écologique et de la désagrégation sociale, parce que le but principal de l'oligarchie est de maintenir ses intérêts et ses privilèges. Elle ne s'intéresse au bien commun que pour autant que cela ne remet pas en cause sa position.

Quand on est gentil, il est difficile d'assimiler le fait que les autres ne sont pas tous gentils. Nicolas Hulot est au bord de le faire, et surtout d'en tirer les conséquences. Soit : ne plus parler vaguement du "libéralisme", mais porter le couteau dans la chair des égoïsmes de classe. Il peut le faire. Mais il sait qu'alors, tout soudain, nombre de médias et de puissances plus discrètes lui trouveraient beaucoup de défauts.

Là est la limite de l’exercice et de ce film, de Nicolas Hulot et de sa fondation : il ne peut y avoir de changements en profondeur sans remise en question radicale des causes ayant entrainées la catastrophe. Encore un effort, monsieur Hulot, avant d’aller vous reposer, devenez donc un peu plus politique, pas pour en faire, mais pour commencer à réellement changer le monde et les choses. Parce que non, ce n'est pas "aux politiques de faire" mais bien à nous tous de devenir enfin conscients, donc politique.


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