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Carte IGN 2621 E (1)

Publié le 18 octobre 2007 par Jlhuss

par Chambolle

Rappel de la règle du jeu: L’itinéraire est une boucle. Il peut être reconstitué sur la carte titre à l’aide des nombreux indices semés dans le texte. À l’exception des hameaux comptant, au plus, dix maisons, aucun nom de ville, village ou bourg n’est cité.

Le village de départ dont le nom (*) viendrait (peut-être) d’un Gallo-Romain nommé Maevius gît par (environ) 47° 41’ de latitude nord et 3°33’ de longitude est ou, soyons moderne, près des coordonnées 541-5280 de votre GPS. Qu’on vienne du nord-ouest ou du sud-est on y arrive toujours par la départementale 111. On s’y gare facilement sur la place que bordent une modeste pièce d’eau et l’obligatoire école-mairie, modèle III° République, sans laquelle il n’est pas de village digne de ce nom.
On quitte la place par la gauche, en suivant la rue de la Petite Fontaine. C’est un passage de fantaisie, venelle plutôt que, rue qui, conduit à la petite route communale qui grimpe pour rejoindre la Nationale 151 à une demi-lieue de là.
Aussitôt après les dernières maisons, il faut prendre le bon chemin qui s’ouvre derrière le tout neuf abri-bus. En ce moment, l’alambic communal y stationne car le village cultive la vigne et le cerisier. On respire au passage une délicieuse odeur de marc et de bois brûlé et on entame, en direction de la vallée Boyer, la première grimpette de la journée. Après un semblant de raidillon qui dégourdit les jambes et nettoie les poumons, arrive une patte d’oie. Il faut choisir le chemin de gauche qui s’en va, en longeant la Côte de Maubout jusqu’à une petite route. Là on tourne à droite et on avance jusqu’au croisement avec la nationale où, entre les Aubues et Beauregard, l’ancien chemin d’Auxerre file vers le sud.
On marche entre une haie et des champs caillouteux. L’herbe de la piste est trempée de rosée (qui n’arrête pas plus le randonneur que le pèlerin) et on distingue loin devant, les toits des hangars du hameau des Moulins qui brillent au soleil du matin.
En arrivant aux Champs Quantin, au-dessus de Vau Chétif, on descend à droite jusqu’à rejoindre, une fois de plus, la nationale qu’on traverse avec une prudence justifiée par la vitesse avec laquelle arrivent automobiles et poids lourds. C’est dans des moments pareils qu’on éprouve pour les hérissons, un profond sentiment de solidarité. Une fois le danger surmonté, on suit la petite route qui descend au fond du vallon où coule un ruisseau si mince qu’il n’est pas porté sur la carte. Après l’avoir traversé, on oblique à droite, par la côte Morin, pour rejoindre le second village de la journée. Ils sont trois, dans notre département à porter ce nom (*) qui leur viendrait de leur ancien statut de propriété épiscopale. Pour les différencier, ils ont adjectifs ou compléments. L’un est dit « La Vallée » et l’autre « sur Yonne », le nôtre est « Sec ». On y entre par la rue du château. J’ai, sans doute, mal cherché mais je n’y ai rien vu qui ressemble même au simple manoir d’un gentilhomme campagnard. Tout juste, perché sur la crête qui domine le village, un gigantesque silo visible des kilomètres à la ronde et dont la forme, brouillard ou distance aidant, évoque un fantastique et moderne donjon.
Est-ce l’héritage des évêques, l’église est de taille respectable. On la contourne et on monte tout droit, une petite route interdite aux poids lourds qui mène aux premières maisons de la seconde partie du village, laquelle, comme elle surplombe le reste de la commune porte le qualificatif de «le Haut ». On y prend à gauche un chemin qui passe au-dessus de La Faute (on ne dit pas laquelle) et des Champs Callots pour atteindre l’altitude, proprement phénoménale dans l’Auxerrois, de 362 mètres. A partir de là et pendant les quelques kilomètres qui vont suivre, on voit le monde en grand. A droite, la Forterre, pièces et morceaux de champs dont les machines ont élargi les dimensions sans en rompre l’équilibre. Plus loin, noyant ses bois et ce qui reste de ses haies dans le bleu de ce beau jour d’automne, la Puisaye se devine plutôt qu’elle ne se laisse voir. Il y a aussi, entrevus au hasard d’un vallon un hameau, tapi à l’abri du vent, sous un repli de terrain ou, dressée au bord d’un pré une citadelle de rouleaux de paille, nid à souris et à moineaux qu’une buse mélancolique, perchée sur un noyer sans noix, couve d’un œil qu’on imagine concupiscent. A gauche, ce sont les coteaux de la vallée de l’Yonne, forêts, vignes, cerisiers et parfois, sur les crêtes, ce qui reste des anciens moulins. La chose n’a pas échappé aux industriels de l’éolien qui ont semé l’endroit de mâts destinés à mesurer la force et la vitesse des vents. Verra-t-on ici se dresser les faramineux moulinets qui, Don Quichotte étant bel et bien mort, foisonnent en Espagne ? « Ecologique mais moche » me disait (en castillan) un confrère pèlerin sur la crête de la Sierra del Perdon où le Chemin de Saint Jacques passe sous une impressionnante rangée d’éoliennes et où un panneau touristique à vocation poétique (?) proclame (toujours en castillan) : « Ici le chemin des étoiles croise le chemin du vent… ». Moche c’est certain, écologique ? Il y a doute. Mais le pire n’est jamais sûr et, pour l’instant, rien n’empêche le regard d’aller se perdre en direction d’Irancy et de Saint Bris par dessus les bois de la Faîne, de Couarde et du Pignon Rouge. Loin devant, il y a Vézelay, Clamecy et le Morvan dont on ne distingue que l’entassement grisé et qui n’est pourtant qu’à une journée de marche.
Par les Champagnes, le Moulin des rosiers (encore un), les Terres d’Ally et les Petits Chiens, on arrive au Suchois où, à côté de l’ancien abreuvoir, depuis longtemps à sec, un chemin part franchement vers la gauche en direction de la vallée. La descente est régulière, sans rupture de pente, ornières traîtresses ou cailloux faux-jetons toujours prêts à rouler sous le pied de l’innocent et rêveur randonneur. Si on est parti vers neuf heures on arrive vers midi, au gros bourg où une supérette, un café et un restaurant permettent d’envisager avec optimisme la halte de la mi-journée.

(*) Ces étymologies sont tirées du Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France de MM A. Dauzat et Ch. Rostaing Librairie Guénegaud 10 rue de l’Odéon – Paris VI°
Autre note : Mes traductions du castillan étant très approximatives, il convient de les prendre avec des pincettes.

(à suivre)


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