
A la notable différence de la France où elle est assez maîtrisée pour qu’on lui consacre un ministère qui vaque également à l’immigration et à l’intégration, l’identité arabe est tout sauf inamovible et éternelle. Au gré des individus, cette « identité » joue de ses constituants multiples où figurent en bonne place les dimensions arabe et musulmane bien entendu, mais aussi la référence nationale, en dépit d’accessions à l’indépendance qui, dans bien des cas, ne remontent qu’à quelques dizaines d’années.
Sans avoir suivi de séminaires en géopolitique, les artistât (pour le sens à donner à ce mot, voir ce billet) le savent bien, elles qui n’hésitent pas à faire vibrer la corde nationale pour susciter, au sein d’un public réunissant des Arabes de différentes origines, une saine émulation, laquelle peut se traduire par une surenchère de grosses coupures glissées à qui mieux mieux sous les quelques centimètres de tissu disponibles dans leurs tenues de travail.
Ne bénéficiant pas forcément des mêmes atouts, les chanteurs jouent pourtant sur la même corde sensible en se drapant, eux, chaque fois qu’ils le peuvent, dans les plis de l’emblème national de leurs auditeurs, avec le risque, parfois, de se prendre les pieds dedans !

Avec quelques soucis, là encore, tant le code des pavillons recèle de subtilités politiques… Durant l’été 2008, Khaled a ainsi connu toutes sortes d’avanies, allant de l’agression physique à l’annulation de concerts, lors de sa tournée marocaine. A en croire la presse (article par exemple sur le site alarabonline), le public local réagissait ainsi aux informations selon lesquelles l’auteur de Didi s’était permis de brandir, lors d’un concert en Espagne, l’emblème national du Polisario.

Khaled, qui n’a pas la réputation d’un fin tacticien, avait donc bien des choses à se faire pardonner par le Maroc, le pays de son épouse, et c’est peut-être ce qui l’a poussé à se confier à la presse marocaine lors de sa nouvelle tournée, l’été passé. Il a affirmé en particulier combien les dirigeants des deux pays, dont il serait l’intime, souhaitaient l’un comme l’autre « tourner la page » pour ce qui est de la question de leurs relations mutuelles. Cette fois le chanteur a réussi à provoquer un véritable tollé dans sa patrie d’origine. Il faut dire que, selon un article dans Liberté, il aurait été jusqu’à comparer l’expulsion des Marocains d’Algérie, au milieu des années 1970, à la déportation des juifs par les nazis ! Clouant au pilori « Khaled le Marocain », le quotidien algérois, réputé proche du pouvoir, rappelle que l’expulsion de milliers de Marocains, au plus fort des tensions entre les deux pays, n’était que la juste réponse à des persécutions marocaines remontant… aux temps de l’émir Abdelkader ! Et comment croire que la politique algérienne puisse renier des engagements pris, dès 1963, par le ministre des Affaires étrangères de Boumediene, le très jeune Bouteflika à peine plus âgé alors que ne l’est aujourd’hui Jean Sarkozy - à qui l’on souhaite la même longévité politique - au moment où il se porte candidat à la tête de l’EPAD…
La polémique s’est éteinte aussi rapidement qu’elle s’était allumée grâce à un autre article, publié dans le quotidien Ennahar Eldjedid, dans lequel Cheb Khaled a farouchement nié avoir jamais prononcé de telles paroles. Pour une fois, le chanteur aura donc « mis son drapeau dans sa poche » !

