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Si même Le Monde le dit...

Publié le 18 octobre 2007 par Roman Bernard
S'il y a bien une chose qui n'a jamais été écrite ici et ne le sera jamais, c'est que les blogs constituent une alternative crédible aux médias traditionnels. Ceux-ci, outre le fait qu'ils sont les seuls à fournir une information de qualité, reprise, analysée et commentée, voire critiquée, par la blogosphère, donnent le ton en abordant dans leurs pages "opinions" des sujets de fond que les blogueurs, souvent à la pointe de l'information, oublient de traiter, préférant l'écume à la vague.
Je n'avais encore jamais parlé du conflit israélo-palestinien sur Criticus, en grande partie parce que j'estime mes connaissances sur la question trop superficielles pour avoir la prétention d'écrire un billet. Mais l'une des chroniques du Monde d'aujourd'hui me donne le prétexte de réagir, positivement, à la thèse de son auteur, Michel Bôle-Richard : "L'État palestinien improbable".
Improbable, doux euphémisme pour qualifier deux territoires disjoints, séparés par un État ennemi, au sein duquel l'hypothèse d'un couloir reliant la Cisjordanie et la bande de Gaza relève de la science-fiction, dans son versant pessimiste.
La création d'un État palestinien serait impossible parce qu'elle donnerait nécessairement lieu à de nouveaux conflits qui toucheraient au lien entre les deux territoires : déplacements de personnes, transports d'eau, d'énergie, de marchandises, communications, etc. L'idée d'un État binational n'est pas non plus envisageable : du fait des différences de dynamisme démographique des Palestiniens et des Israéliens, il serait illusoire de vouloir faire cohabiter deux peuples antagonistes, l'un pauvre et fécond, l'autre riche et vieillissant. Le second, menacé, n'aurait pas d'autre choix que de se radicaliser, tandis que le premier verrait l'occasion de prendre sa "revanche des berceaux" (et donc des urnes).
La question qui mérite ici d'être posée est : pourquoi la bande de Gaza ne serait-elle pas rattachée à l'Egypte et la Cisjordanie au royaume de Jordanie ? Qu'est-ce qui est le plus important : la survie du peuple palestinien ou celle du projet d'État palestinien ? Et le second n'est-il pas le contraire de la première ? Quel intérêt aurait un retour aux frontières de 1967, réclamé par la communauté internationale, dans la mesure où le problème évoqué subsisterait (et s'ajouterait celui des colonies juives) ?
Il est louable de compatir à la douleur du peuple palestinien -ce qui ne veut pas dire, comme c'est trop souvent le cas dans la France antisioniste, oublier celle du peuple israélien- mais ce souci d'épargner les souffrances des Palestiniens pourrait trouver son débouché dans la solution d'une séparation des deux Palestine au profit de l'Egypte et de la Jordanie. Tout autre politique risque de faire perdurer le martyre des Palestiniens, tout en poussant Israël à se crisper davantage qu'il ne l'est déjà.
Les traits majeurs de l'identité palestinienne, vu depuis l'Occident du moins, sont l'arabité et l'islamité, qu'elle a en partage avec l'Égypte et la Jordanie. Une telle séparation serait-elle forcément tragique, si les Égyptiens et les Jordaniens acceptent d'accueillir leurs "cousins" palestiniens ?
Le cas du Pakistan, coupé en deux entre 1947 (indépendance à l'égard de l'Angleterre) et la sécession du Pakistan oriental (Bangladesh) en 1974, a prouvé le bien-fondé de ce type de solution lorsque deux territoires d'un même État sont séparés par un État hostile. Bien sûr, la situation n'est pas totalement analogue dans le cas pakistanais, mais la scission de 1974, soutenue par l'Inde, a permis de pacifier substantiellement la région.
Comme les déplacements de population entre la Grèce et la Turquie, au début des années 1920, avaient permis de régler le différend gréco-turc. Sauf, bien sûr, à Chypre, où deux États fantoches, dont l'un n'est même pas reconnu par l'ONU en raison de la présence de troupes turques, se disputent la souveraineté de l'île.
L'Europe, jamais à court d'idées généreuses et chimériques, rêve de la création d'un État chypriote unifié, dans lequel on forcerait des Grecs et des Turcs à vivre artificiellement ensemble alors que seuls des transferts massifs de population avaient permis, en séparant les deux peuples, de mettre fin aux conflits.
Là encore, pourquoi un État chypriote absurde et pas un partage de l'île entre la Grèce et la Turquie ? Même question pour le Kosovo, dont l'indépendance, au détriment du bouc émissaire de l'Europe, la Serbie, pourrait intervenir prochainement. Pourquoi pas un transfert de population pour faire émerger deux territoires, l'un, musulman et albanophone, qui serait rattaché à l'Albanie, et l'autre, chrétien orthodoxe et serbophone, qui serait rattaché à la Serbie ? On pourrait poursuivre le raisonnement pour la minorité magyare de Roumanie, le couloir flamand qui coupe Bruxelles de la Wallonie, ou encore la Moldavie, qu'on pourrait séparer entre la Transnistrie, qui serait rattachée à l'Ukraine, et le reste du pays, qui irait naturellement renforcer la Roumanie. Ce ne sont là que des pistes de réflexion, sur lesquelles je vous invite à réagir. L'essentiel est de considérer, dans ces cas de figure, qu'en géopolitique, la bonne volonté n'est pas une excuse, et qu'il faut parfois tourner le dos à des principes humanistes pour mieux les défendre.
Il peut être préférable de séparer deux peuples que de les forcer à vivre ensemble. L'exemple de la Tchécoslovaquie le prouve bien. Qui, à Prague ou à Bratislava, se plaint de la scission d'un État qui devenait intenable ? Qui, à part les Serbes -mais on peut les comprendre- se plaint de l'éclatement de la Yougoslavie ? L'identité nationale repose avant tout sur la langue et la religion. Il serait judicieux que nos gouvernants, qui rêvent de créer de toutes pièces une "civilisation européenne" qui n'existe pas, ne l'oublient pas. On pourra m'objecter que ce billet entre en contradiction avec celui défendant l'unité de la Belgique. La différence, dans le cas belge, est que l'indépendance de la Flandre risquerait de provoquer des conflits dans toute l'Europe, en exacerbant les revendications séparatistes des régionalistes. Alors que, dans les autres cas, les solutions avancées pourraient peut-être en éviter.
Roman B.

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